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Un gouvernement dopé, arrogant

Il serait temps que les membres du gouvernement, au premier chef François Legault, relisent les premiers discours du chef de la CAQ comme premier ministre.

Que disait-il le 18 octobre 2018, en soulignant que son caucus comptait 74 députés (maintenant 75)? Que cela lui conférait «une grande marge de manœuvre», mais qu’une telle situation n'était pas sans risque: «On pourrait être tentés de gouverner comme bon nous semble.»

Il fallait plutôt faire preuve d'«humilité», commandait-il à ses députés: «Ça nous oblige à nous élever au-dessus des considérations partisanes, dans l'intérêt supérieur du Québec et de nos concitoyens.»

Duplessis

Tous ces beaux principes, ces belles résolutions, semblent être foulés aux pieds par les membres du gouvernement, actuellement.

François Legault, un Maurice Duplessis 2.0? Je me méfie habituellement de ces rapprochements, faciles et souvent excessifs, servant simplement à démoniser une personnalité à peu de frais.

Reste que mardi, en chambre, le premier ministre servit une réponse digne du «cheuf» à la co-porte-parole de QS, Manon Massé. Il lui reprochait son refus du projet (objectivement délirant) de tunnel autoroutier Québec-Lévis à 10 milliards $: «Je comprends qu'elle a deux députés à Québec, mais on verra, l'année prochaine, combien il en reste. Puis, à ce que je sache, elle n'en a aucun dans Chaudière-Appalaches, puis ça va rester comme ça.»

Présumer ainsi des décisions des électeurs, c'est de l'arrogance politique pure.

On comprend que les sondages, dont raffole la CAQ, sont excellents. Selon la firme Léger, 82 % des Québécois seraient satisfaits du gouvernement. Du jamais vu ou presque.

La première vague de la pandémie a été une catastrophe. La deuxième, marquées par les volte-face, fut un peu mieux. Mais la troisième fut jugulée, grâce à la décision hardie du couvre-feu. Et la vaccination est un succès.

Le gouvernement ne pouvait imaginer meilleur scénario pandémique: commencer comme un cancre du Dominion. Terminer comme un champion. Quel revirement!

En plus, en matière d'identité, le projet de loi 96 est bien accueillie, même dans son aspect constitutionnel; même à Ottawa. Il réussit là où tous les gouvernements précédents se sont cassé les dents: faire reconnaître, dans la loi des lois, la spécificité du Québec.

Dopé

Ces succès se traduisent en chiffres d'appui populaire mirobolant. Mais tout cela semble doper gravement le gouvernement Legault. Or, la drogue, comme chacun le sait, fait perdre le contact avec la réalité.

C'est particulièrement manifeste chez le premier ministre et sa vice-première ministre, Geneviève Guilbault.

Tous l'ont constaté à l'étude des crédits de la Capitale, qui se transforma en passe d'armes stupéfiante avec la libérale Marwah Rizqy. Mme Guilbault faisant preuve d'une désinvolture, d'une partisanerie crasse, rappelant celle de son ancien patron Jacques Dupuis.

Même attitude hier, en chambre. Elle a, sans rire, parlé de «toile de mobilité durable» pour désigner le projet de REC (Réseau express de la capitale), dont la pièce centrale est un tunnel autoroutier; lequel congestionnera des quartiers ayant déjà assez souffert du déferlement automobile: Saint-Roch et Saint-Sauveur.

Le succès politique peut gravement monter à la tête. Surtout quand on gouverne à coup de décrets depuis un an. Et ça croît avec l'usage. Une désintox à partir des principes de 2018 ne ferait pas de tort.

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