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Déjà une année faste pour les fraudeurs

Quebec

Photo d'archives, Stevens LeBlanc

L’année 2021 pourrait être l’une des plus coûteuses au chapitre des pertes financières liées à des fraudes à travers le pays. Selon le Centre antifraude du Canada (CAFC), après seulement quatre mois, les voleurs ont empoché au moins 66,7 M$.

À titre de comparaison, pour toute l’année 2020, les fraudes financières avaient coûté 104,4 M$ aux entreprises ou aux citoyens canadiens. 

Ce montant n’inclut pas les sommes déclarées par des étrangers ayant subi une arnaque en provenance du Canada, ainsi que les fraudes liées à la PCU, dont le montant est encore inconnu par l’Agence du revenu du Canada.

L’an dernier, ce sont 71 023 signalements qui avaient été enregistrés par le CAFC. Entre janvier et avril, l’organisation a traité 33 455 nouveaux dossiers et le nombre de victimes s’élève déjà à 19 610.

Ce sont les fraudes liées aux investissements qui ont fait le plus de dégâts, ces derniers mois, d’un point de vue financier. Environ 260 victimes ont perdu ensemble plus de 17 M$, entre janvier et mars. Le CAFC fournit seulement les données ventilées par catégories de façon trimestrielle.

Au Québec, ce sont 38 personnes ou entreprises qui ont été victimes d’une arnaque liée à l’investissement durant cette même période. Le butin des malfaiteurs a atteint 2,09 M$.

En avril, Le Journal écrivait que de nombreux Québécois qui avaient investi dans la cryptomonnaie MRS avaient vu leur argent partir en fumée, dans ce qui ressemble à une fraude financière classique.

Harponnage et rencontres

La deuxième fraude la plus coûteuse est le harponnage, où les fraudeurs prennent souvent le temps de recueillir plus de renseignements sur leurs cibles avant de les contacter. Ce stratagème a rapporté 11,6 M$ au premier trimestre. Environ 180 personnes ou organisations, dont 44 Québécois, se sont fait escroquer. 

En troisième proposition, on retrouve les stratagèmes de rencontre, qui ont coûté 7,39 M$ à 190 Canadiens.

En ce qui concerne les victimes, ce sont les arnaques liées à l’extorsion (660), aux marchandises (fausses annonces, 857), aux hameçonnages (courriels, 345) et aux renseignements personnels (1135) – dont le montant des pertes est inconnu par la CAFC – qui ont les pires statistiques entre janvier et mars.

Ces derniers mois, plusieurs entreprises ont aussi été ciblées par des pirates informatiques. Cela a notamment été le cas du quincaillier Canac et de l’entreprise Boutin, spécialisée dans le transport routier de marchandises.

Pas une surprise

Pour le spécialiste en cybersécurité Steve Waterhouse, il n’est pas surprenant de voir un si grand nombre de fraudes et il s’attend à ce que ces données continuent de grimper au cours des prochains mois. Il est également d’avis que les gens dénoncent peut-être davantage, aujourd’hui.

« Il y a eu plus d’hameçonnages et de rançongiciels qui ont apparu. Les rançons ont aussi augmenté, avance-t-il. Les gens étant plus isolés, c’est certain que les fraudeurs ont tenté de toucher les émotions, notamment avec les rencontres. [...] Certaines personnes ont aussi voulu faire de l’argent facilement. Elles ont tenté le tout pour le tout », dit-il.

Pour Patrick Rousseau Mathieu, expert en sécurité informatique et cofondateur du Hackfest, cette augmentation des pertes financières liées à des fraudes n’est pas non plus une surprise. Il s’attend, lui aussi, à ce que ces chiffres continuent de croître. 

« Chaque année, les types de fraudes et les piratages informatiques augmentent, avance-t-il. On voit qu’il y a encore un manque de sensibilisation et un manque au niveau de la détection et de la prévention », poursuit-il, déplorant le peu de ressources mises en place par les gouvernements pour épauler les PME victimes d’attaques.

Le CAFC note que moins de 5 % des victimes de fraude font un signalement. 

La fraude au pays depuis le début de l’année  

Nombre de signalements : 33 455

  • (71 023 en 2020)

Nombre de victimes : 19 610

  • (42 130 en 2020)

Pertes financières liées aux fraudes : 66,7 M$

  • (104,4 M$ en 2020)

Source : Centre antifraude du Canada, en date du 30 avril 2021