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Dans trois grandes villes du Québec : elles veulent devenir mairesses pour faire changer les choses

PHOTO COURTOISIE

C’est un fait : peu de jeunes et peu de femmes sont élus à la tête de leur municipalité. En novembre 2021, trois femmes, toutes âgées de moins de 35 ans et convoitant le poste de mairesse de grandes villes du Québec, pourraient changer la donne. Le «24 heures» les a réunies pour comprendre ce qu’elles observent sur le terrain.

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Les candidates 

Dès qu’elles se connectent à notre appel Zoom, c’est évident : Catherine Fournier, Évelyne Beaudin et Maude Marquis-Bissonnette – respectivement candidates à la mairie de Longueuil, Sherbrooke et Gatineau – ont des affinités.

Il faut dire qu'elles ont des points en commun.

Catherine Fournier, 29 ans, est candidate à la mairie de Longueuil et fondatrice et cheffe de Coalition Longueuil. On la connaît pour son rôle de députée de Marie-Victorin depuis 2016; c'est la plus jeune femme de l'histoire à avoir été élue à l'Assemblée nationale du Québec.

Évelyne Beaudin, 32 ans, est candidate à la mairie de Sherbrooke et cheffe de Sherbrooke Citoyen. Elle siège actuellement comme conseillère municipale du district du Carrefour dans cette ville.

Maude Marquis-Bissonnette a également 32 ans, est candidate à la mairie de Gatineau et cheffe du parti Action Gatineau. Elle siège comme conseillère municipale du district du Plateau, dans cette ville.

Le municipal prend de l’importance 

Ce n'est pas juste parce qu'elles ont des parcours semblables que les trois femmes semblent se connaître au début de notre discussion : elles ont déjà l’habitude de partager leur quotidien dans un groupe privé sur Facebook.

«Malgré le fait qu’on ne soit pas dans la même ville, on fait face, comme jeunes femmes, aux mêmes défis. Ça nous permet de nous soutenir et de partager ouvertement nos expériences», explique Maude Marquis-Bissonnette.

L’un de ces défis est de faire connaître la politique municipale, ses pouvoirs et son rôle auprès du citoyen. Catherine Fournier l’avoue : avant d'être députée, elle ne connaissait pas grand-chose au municipal.

«C’est un palier qui est méconnu. On en parle moins dans les médias. Mais je crois qu’on est à une époque où les gens s’intéressent de plus en plus à ce qui se passe autour d’eux et la pandémie a exacerbé ça», explique-t-elle.

Un sentiment partagé par Évelyne Beaudin. «Je sens que quelque chose se passe. Il y a une vague qui s’installe. Le municipal est devenu la place où il faut que tu regardes ce qu’il se passe.»

L’environnement, ça se passe au municipal 

L'environnement est au cœur de l'implication politique des trois femmes. Sans être Ottawa ni Québec, qu’est-ce qui peut être fait au niveau des villes pour lutter contre les changements climatiques?

Évelyne Beaudin répond du tac au tac à la question. «C’est pas compliqué, c’est au municipal qu’elle se joue la question environnementale. C’est le palier le plus important pour la question environnementale et ce n’est pas quelque chose de nécessairement encore connu», estime-t-elle.

Maude Marquis-Bissonnette est bien d’accord, ajoutant que les villes sont au front pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). «Au Québec, le plus grand émetteur de GES est le secteur des transports, soit un peu plus de 40% des GES. Le transport, c’est le navettage entre le travail et la maison et ce sont les villes qui ont des leviers. La bataille, elle se gagne ici et c’est au municipal qu’il faut la mener.»

«Ce sont les villes qui s’occupent de l’aménagement du territoire», ajoute Évelyne Beaudin. Québec et Ottawa ont les grands projets, comme les traités internationaux et la fixation des objectifs. Mais concrètement, tout s’opérationnalise sur le terrain, dans les communautés.»

Catherine Fournier admet que ce n'est pas facile pour les villes de limiter leur développement, même lorsqu'il est néfaste pour l'environnement, puisque leur financement repose sur la taxe foncière. D'où l'idée d'avoir des leaders avec des convictions. «Il faut avoir des gens conscientisés à la tête des municipalités pour agir différemment. Il faut que ça provoque des réflexions aux paliers supérieurs, comme le gouvernement du Québec», dit-elle.

«Le message qu’on peut passer aux gens qui votent au provincial et au fédéral parce qu’ils sont préoccupés par les enjeux de transport et d’environnement, c’est que c’est au municipal qu’ils doivent aller voter parce que les solutions sont là», conclut Maude Marquis-Bissonnette.

Il faut des femmes pour en recruter d’autres 

On est loin de la parité en politique municipale : au Québec, on compte seulement 18,8% de mairesses et 34,5% de conseillères municipales, selon les chiffres de l'Union des municipalités du Québec (UMQ). Le recrutement n'est pas simple, mais il semble que plus il y a de femmes en politique, plus c'est facile d'en recruter d'autres.

«Il y a moins de références sur l’image qu’on se fait d’une femme en politique et il faut définir ce rôle-là, lance d’abord Maude Marquis-Bissonnette. Je constate que ça prend des femmes pour recruter des femmes en politique», affirme-t-elle.

«J’ai une plus grande facilité à recruter des femmes depuis que j’ai fondé mon propre parti au municipal, remarque Catherine Fournier. J’ai déjà fait du recrutement pour mon ancien parti politique aux élections québécoises et ça a été extrêmement difficile. J’étais en charge de recruter des candidatures féminines et il fallait que je multiplie les rencontres pour finalement avoir un "non".»

Cette difficulté de recrutement s’explique en partie par un manque de confiance observé chez les femmes, d’après Évelyne Beaudin. Même la population est moins habituée à voir des femmes se porter candidates, comme elle s'en est rendu compte quand elle faisait du porte-à-porte aidée de son père en 2017.

«Quand les gens ouvraient la porte, ils s’attendaient à ce que ce soit le monsieur qui parle! Ça leur prenait un moment avant de réaliser que c’était moi qui se présentais», se rappelle-t-elle, sourire aux lèvres. La politicienne trouve du positif là-dedans : «avant même d’ouvrir la bouche, ils avaient l’impression que je leur amenais du changement».

«On est des femmes d’expérience, ajoute Maude Marquis-Bissonnette, qui a récemment pris les rênes du parti du maire actuel de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. On est jeunes, mais on est des femmes d’expérience. On a fait preuve d’audace et on connaît la machine. Maintenant, on espère que les gens nous feront confiance pour prendre la relève.»