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«C’est honteux pour l’industrie», dit un éleveur de poulets

Alors qu’il s’apprête à faire euthanasier 32 000 poulets, Alain Bazinet, un éleveur de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, qualifie la situation de «honteuse» pour l’industrie.

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La grève qui perdure à l’usine d’Exceldor de Saint-Anselme est un véritable casse-tête logistique pour les fermiers comme M. Bazinet, mais la situation pèse lourd sur leur moral également.

«Moralement, c'est difficile. On passe de la fierté à nourrir les Québécois à une certaine honte, en fait. C'est honteux d'euthanasier des poulets», dit le propriétaire de la ferme Amédée Bazinet.

Malgré tout, Alain Bazinet ne peut s’empêcher de penser aux restaurateurs qui commencent à rouvrir leurs portes après une année déjà difficile.

«Je pense à mes amis restaurateurs qui rouvrent, qui vont être dans l'obligation de payer de la viande de poulet hors de prix ou de rayer carrément le poulet du menu parce qu'ils ne seront pas capables de s'approvisionner», regrette-t-il.

L’euthanasie de ces bêtes est inévitable. Il n’y a pas moyen d’envoyer les poulets en trop dans des abattoirs ailleurs au Québec ni même en Ontario et aux États-Unis. Tout est plein.

«Tout a été fait. Tout le monde a été sollicité. Puis avec les mois d'été qui arrivent, il y a encore moins de capacité pour les autres usines de prendre les surplus», indique M. Bazinet.

Son fils, Xavier, qui l'aide au quotidien est tout aussi désemparé face à la situation.

«C'est des semaines de travail. Et reste que c'est du vivant, donc c'est plate de se dire que ça aura servi seulement qu'à ça, que notre travail aussi aura servi qu'à ça», s’indigne-t-il.

En moyenne, un poulet prend de 35 à 38 jours, selon le poids recherché, avant d’atteindre la maturité et se retrouver sur les tablettes à l’épicerie.

Mais force est d’admettre que ces poulets finiront par être asphyxiés au CO2 pour ensuite être jetés aux ordures.

Vers une loi spéciale? 

Mais avant qu’une pénurie grave ne frappe le marché, le duo père-fils demande au gouvernement et aux partis d’oppositions d'agir, quitte à devoir adopter une loi spéciale.

«Sans nécessairement les obliger à revenir 100% au travail, au moins en alternance, 50% qui travaillent, 50% qui grèvent. Ça ne peut pas continuer comme ça très, très longtemps», lance Alain Bazinet.

En entrevue sur les ondes d’«À vos affaires», le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a lui aussi déploré la situation.

«Ça m’affecte énormément. C’est quelque chose que je vois venir depuis longtemps et c’est très triste qu’on ait un environnement qui fasse des choses comme ça en 2021. Ce sont des choses qui ne devraient pas se passer», indique-t-il.

M. Lamontagne assure être en constante communication avec le ministre du Travail, Jean Boulet, et qu’un conciliateur travaille avec les parties prenantes du dossier. Mais malgré 11 rencontres, l’impasse persiste toujours.

«Le message que j’ai à passer (...), c’est qu’il y a une responsabilité sociale qui découle de ce conflit-là. Et puis c’est de se dépêcher et de s’en aller à la table de négociations et de négocier de bonne foi pour trouver une solution», mentionne-t-il.

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