/news/politics

Pensionnats autochtones: Trudeau sermonne l’Église catholique

Le premier ministre Justin Trudeau a dénoncé l’attitude de l’Église catholique dans le dossier des pensionnats autochtones, et a lancé un appel aux catholiques du pays de «passer le message» au clergé afin qu’il reconnaisse «sa part de culpabilité».

• À lire aussi: Dépouilles d'enfants à Kamloops: l’archevêque de Montréal croit que l’Église catholique doit des excuses aux Autochtones

• À lire aussi: Faire parler les dépouilles des 215 petites victimes

• À lire aussi: Pensionnats autochtones: l'absence d'excuses de l'Église est «honteuse» selon le ministre Miller

«En tant que catholique, je vais avouer que je trouve ça très difficile que l’Église catholique refuse encore de s’excuser et de participer au processus important de vérité et de guérison dans lequel nous embarquons», a déclaré vendredi le premier ministre.

M. Trudeau a rappelé qu'il avait déjà tenté de «passer le message» lui-même au plus haut représentant de l’Église catholique dans le monde, mais qu’il se serait heurté à un mur de silence sur la question des pensionnats.

«Quand je suis allé au Vatican il y a quelques années, j’ai demandé directement au pape François d’être là pour aider les gens à guérir, pour reconnaitre le rôle que l’Église catholique a eu dans cette tragédie. Malheureusement, depuis plusieurs années, on n’a pas vu ce mouvement, incluant par les autorités catholiques ici au Canada», a-t-il regretté.

«Alors je demande qu’en plus de la pression que le gouvernement va continuer à mettre sur l’Église et toutes les institutions de reconnaitre leur rôle [dans ce drame], a poursuivi M. Trudeau, je demande aux catholiques à travers le pays de parler à leur prêtre, de parler à leur évêque, de passer le message qu’il est temps que l’Église catholique reconnaisse sa responsabilité, sa part de culpabilité, et surtout, qu’il soit là pour qu’on connaisse la vérité et qu’on permette à des étapes de guérison qui vont être essentielles.»

Mgr Lépine en accord   

L’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, a lancé vendredi une invitation aux curés, paroisses et croyants à s’unir lors de la prière du dimanche en soutien aux familles autochtones affectées. Il est d'avis que l'Église doit assumer sa part de blâme dans ce drame historique.

En entrevue avec Benoît Dutrizac à QUB radio vendredi, Mgr Lépine a offert ses excuses pour le passé trouble de l’institution au Canada et souligné que l’Église catholique «s’est faite complice, d’une façon ou d’une autre», de cette «erreur dramatique».

Il a indiqué qu’un «processus de dialogue entre les autochtones et des représentants des Évêques» était en cours pour lancer une «nouvelle démarche» auprès du pape.

En 2009, le pape Benoît XVI avait exprimé ses regrets pour les abus, dénonçant la conduite «déplorable» de certains membres du clergé.

Puis, en 2018, les députés fédéraux ont adopté une motion pour demander au Pape des excuses personnelles au nom de l’Église catholique canadienne, après s’être heurtés à un premier refus du pape François.

Les Nations Unies (ONU), par la voix de son Haut-Commissariat aux droits de l’homme mercredi, et encore par neuf experts en droits humains vendredi, ont appelé le gouvernement canadien et l’Église catholique à enquêter sur le site où ont été trouvées les dépouilles de 215 enfants autochtones près d’un ancien pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Les experts ont aussi demandé à l’Église catholique de «donner aux autorités judiciaires un accès complet aux archives des pensionnats gérés par l'institution, à mener rapidement des enquêtes internes et judiciaires approfondies sur ces allégations, et à rendre public le résultat de ces enquêtes».

Plus tôt cette semaine, le ministre des Affaires autochtones Marc Miller avait qualifié de «honteuse» l’absence d’excuses du pape François 1er et de l’Église catholique.

Il s’agit pourtant d’une demande fréquente des groupes autochtones, car le réseau des pensionnats était largement administré par les autorités religieuses du pays.

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a offert jeudi ses condoléances et sa solidarité avec les autochtones du pays, sans toutefois s’excuser.

«Les évêques catholiques du Québec partagent la peine des peuples autochtones à la suite de la récente découverte des restes de 215 enfants», a indiqué l’Assemblée dans un communiqué jeudi.

«Avec les fidèles de leurs diocèses, ils offrent leurs sympathies et l’assurance de leur prière aux membres de la communauté de la Première Nation Tk’emlúps te Secwépemc, qui pleure ses enfants», peut-on y lire.

-Avec Florence Lamoureux et l’AFP

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.