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Ils témoignent de l’horreur des pensionnats

Solitude, déshumanisation, viols : des survivants des pensionnats autochtones ont témoigné de ce qu’ils ont vécu en silence il y a des années. Voici quelques-uns de ces témoignages, rapportés par la Commission de vérité et réconciliation, qui ont mis en lumière l’horreur qu’ont subie ces enfants de 1867 aux années 1990. 

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André Mowatt

« Il y avait quelqu’un qui se promenait dans les lits, et il amenait un jeune. Au début, je ne savais pas c’était pourquoi. Il se faisait amener entre les lits, et il partait. Après ça, le jeune revenait en braillant, avec des bonbons et des sucettes », relate-t-il, en pesant ses mots, la gorge serrée. 

En prenant une pause, il baisse la tête, visiblement encore chamboulé. « C’est par après que j’ai su que ce jeune-là avait été violé », lâche-t-il. 

Marthe Basile-Coocoo (du Québec)

Marthe Basile-Coocoo se souvient d’avoir ressenti un frisson la première fois qu’elle a vu le pensionnat, à 6 ans.  

« C’était quelque chose comme une journée grise, une journée où y’a pas de soleil. C’était l’impression que j’avais. Les religieuses nous ont séparés, mes frères, puis mes oncles. Je ne comprenais plus », se rappelle-t-elle. 

« Puis ça a été une période de souffrance, des soirées en pleurs. On s’entassait ensemble dans un coin. On se rassemblait et on pleurait. Nos soirées étaient comme ça », poursuit-elle. 

Gilles Petiguay (du Québec)

À l’école de Gilles Petiguay, les religieux attribuaient un numéro aux enfants à leur arrivée, pour les compter pendant qu’ils descendaient du camion, du bus ou de l’avion. 

Ce numéro devenait leur nouvelle identité, leur nouveau nom, même. Il était ensuite inscrit sur leurs affaires. 

« Je me souviens le premier numéro que j’ai eu au pensionnat à l’été 95. Je l’ai eu un an de temps ce numéro-là, 95. Le deuxième numéro, ça a été le 4. Je l’ai eu encore plus longtemps. Le troisième numéro, ça a été 56. Celui-là aussi je l’ai gardé longtemps », raconte-t-il. 

Paul Dixon (de l’Ontario et du Québec)

Le sentiment de solitude dans les pensionnats était insupportable, rapporte Paul Dixon, ancien pensionnaire d’écoles au Québec et en Ontario.  

« On entendait les enfants pleurer dans leur lit. Mais on devait pleurer en silence. On n’avait pas le droit de pleurer, et on avait peur que quelqu’un nous entende. Si un enfant était surpris à pleurer, tout le monde était dans le trouble ». 

« Ils vous frappaient entre les jambes ou vous tiraient par les cheveux pour vous faire sortir du lit, même si on était dans le lit du haut. La nostalgie nous habitait constamment, tout comme la faim, la solitude et la peur. »

Marie-Thérèse Kistabish (du Québec)

Marie-Thérèse Kistabish, une des pensionnaires de l’école Amos, explique avoir été agressée sexuellement par un prêtre dans le confessionnal de l’église. 

« Il m’a dit de me mettre à genoux. Je l’ai fait, et il a alors commencé à lever sa robe, sa tunique. Quand il a levé la robe, j’ai commencé à crier et à pleurer. J’ai crié et il m’a finalement laissé partir », a-t-elle confié.  

DE JEUNES DÉFUNTS   

3200 DÉCÈS recensés par la commission dans le registre des décès confirmés de pensionnaires. On estime que 25 000 enfants pourraient avoir été enterrés en secret partout au pays.

32 % Proportion où l’on ne connaît pas le nom de l’élève

23 % Pourcentage où l’on ne connaît même pas le sexe de l’élève

49 % Proportion pour laquelle la cause du décès est inconnue

L’HORREUR DES ANNÉES 1940  

De 1941 à 1945, le taux de mortalité dans les pensionnats était de 4,90 fois plus élevé que le taux de mortalité général des écoliers canadiens.

TOUJOURS INACCEPTABLE PLUS TARD 

Dans les années 1960, le taux de mortalité des élèves de pensionnats est resté deux fois plus élevé.

Source : Rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015