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Facebook bloque des utilisateurs pour des raisons douteuses

Facebook a récemment promis d’intensifier sa lutte contre les fausses nouvelles, mais l’efficacité de son processus de modération est sérieusement remise en doute par des utilisateurs qui ont été bloqués ou censurés sans raison apparente. 

«Je ne comprends pas! Chaque jour, je vois des gens parler contre le vaccin ou la COVID et ils ne sont jamais bloqués, eux», s’offusque Julie Elliott, qui a été temporairement suspendue à quatre reprises le mois dernier. 

Cette étudiante en soins infirmiers affirme n’avoir jamais critiqué un tant soit peu les mesures sanitaires, encore moins diffuser des propos haineux. 

Facebook lui sert presque exclusivement à relayer des articles sur la «maladie des implants mammaires», une appellation qui fait certes débat dans la communauté médicale, mais qu’on ne peut tout de même pas qualifier de théorie du complot. Un survol du profil de Mme Elliott permet d’ailleurs de constater qu’elle ne partage que des articles de médias sérieux à ce sujet. 

«Peut-être que comme les articles que je partage critiquent souvent la FDA [l’équivalent américain de Santé Canada], les algorithmes me voient comme une complotiste? Ou peut-être que c’est quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi qui s’amuse à constamment signaler mon profil?» s’interroge Mme Elliott. 

Julie Elliott

Photo Courtoisie

Julie Elliott

Difficile de savoir pourquoi

Cette dernière n’écarte pas non plus l’idée que son compte soit ciblé parce qu’elle y parle de seins, un sujet associé à de la nudité. 

Mais elle ne connaîtra probablement jamais les vraies raisons de cet acharnement. Le plus souvent, Facebook se contente de dire qu’elle a contrevenu aux standards de la plateforme, sans citer la publication qui aurait contrevenu aux règles.

«C’est un vrai chemin de croix essayer de joindre quelqu’un pour contester une suspension!» dénonce le spécialiste du marketing sur les réseaux sociaux, Frédéric Gonzalo, qui a vu plusieurs de ses clients dans les dernières années avoir maille à partir avec Facebook. 

Sarcasme incompris

L’expert en sécurité informatique Luc Lefebvre a lui aussi constaté à quel point le système de modération pouvait être arbitraire il y a trois semaines, quand l’un de ses commentaires a été censuré. 

L’un de ses amis avait écrit un statut pour dénoncer la polarisation sur les réseaux sociaux et il avait simplement commenté à la blague: «une position modérée? Au bûcher!»

«Tout le monde a évidemment compris le sarcasme et personne n’a signalé la publication, mais Facebook a vraiment pensé que je voulais brûler du monde», raconte M. Lefebvre, qui ne sait pas s’il doit en rire ou s’en inquiéter. 

Contacté par le Journal, Facebook Canada assure pourtant que ses employés sont en mesure de comprendre les subtilités du parler québécois, en plus d’être outillés pour distinguer les contenus réellement problématiques de ceux qui sont simplement controversés. 

«Nous sommes conscients que les mots n'ont pas la même signification ou ne touchent pas les gens de la même manière selon la communauté locale, la langue ou le contexte», indique par courriel le géant numérique, qui ne reconnaît aucune faille dans son système de modération.