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Un casier judiciaire pour un gag qui a mal tourné

Lamine Zidani

Photo Chantal Poirier

Un populaire youtubeur québécois qui touchait les oreilles de ses victimes et les menaçait pour faire rire son auditoire a dépassé les limites en intimidant deux inconnus, a tranché une juge en lui imposant un casier judiciaire pour son manque d’empathie. 

« Il n’a tiré aucun apprentissage de son expérience et de la judiciarisation de son dossier [...] Il se sert de l'événement pour mousser sa visibilité et sa popularité en instrumentant l'événement et le processus judiciaire », a lâché la juge Katia Léontieff dans sa décision rendue cet après-midi à la cour municipale de Montréal. 

La magistrate n’a pas mâché ses mots pour décrire le comportement « immature » de Lamine Zidani, connu sous l’alias « Lamz » sur Youtube, où il est suivi par plus de 450 000 personnes. 

Lamine Zidani

Photo Chantal Poirier

Car le « provocateur » a franchi la limite en octobre 2018 pour une blague qui a dégénéré tandis qu’il touchait les oreilles d’inconnus contre leur gré. Il a alors proféré des menaces de violence à l’endroit d’un étudiant et d’une bibliothécaire du Collège Dawson à Montréal. 

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Cyberintimidation 

Mais malgré les accusations de voies de faits et de menaces qui pesaient contre lui, le youtubeur de 24 ans n’a pas beaucoup cheminé, fait valoir la magistrate en relevant plusieurs vidéos publiées depuis où Zidani poursuit ses gags en portant atteinte « à l’intégrité physique et au respect de ses victimes ».  

« D’autres vidéos démontrent que le délinquant banalise ses gestes, qu’il méprise le plaignant étudiant, qu’il le tourne en ridicule, qu’il n’a pas de respect pour le processus judiciaire dont il se moque allègrement dans ses vidéos », a-t-elle noté également.

« Pourquoi je suis là à me faire chier alors que j’ai touché l’oreille du gars? », a-t-il notamment dit dans une de ses vidéos après avoir fait défaut de se présenter à la cour. 

Il a par la suite omis de se présenter à la cour une seconde fois, ainsi qu'au poste de police où il devait se rendre tous les mardis comme il s’y était engagé en conditions subséquentes à six reprises. 

Pourtant, la publication de ces vidéos n’était ni plus ni moins que de la cyberintimidation, ajoute-t-elle.  

« Il filme les réactions des deux victimes sans leur consentement. [...] Cela a eu l’effet d’exposer la victime étudiante au ridicule et à la moquer dans un contexte où celle-ci percevait qu’elle était privée de moyens pour mettre fin à l’injure », relate la juge. 

Manque d’empathie et banalisation 

Si la nature des gestes ne méritait pas une peine d’emprisonnement, sa banalisation des évènements et son manque d’empathie à l’endroit de ses victimes lui auront valu un casier judiciaire ainsi que 80 heures de travaux communautaires. 

« Il est un youtubeur, un provocateur, et son but est visiblement de créer une réaction chez les victimes pour générer du contenu à publier sur sa chaîne. Son but était de repousser certaines limites », a indiqué la juge. 

Il n’aura pas non plus le droit de faire allusion de quelque façon que ce soit à l’évènement ou aux victimes sur ses différentes plateformes pour éviter qu’il tire profit de ses infractions.  

« Aucune allusion? », a réagi le jeune homme, qui est resté impassible durant toute la lecture de la décision. 

Il devra également suivre un programme de sensibilisation à la cyberintimidation.