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Les excuses de l'UPAC «cowboy»

Tout s'est passé hier à l'image de cette saga UPAC-Machûrer-Guy-Ouellette: de manière étrange et surprenante.

Frédérick Gaudreau, patron de l'UPAC, s'est présenté dans le hall du parlement avec le député (indépendant depuis 2018) Guy Ouellette pour lui présenter des excuses formelles et senties.

«Les faits ont démontré que l’arrestation de M. Guy Ouellette résulte d’une enquête fautive à certains égards et que cette arrestation était injustifiée», a-t-il affirmé.

Ce geste met fin à la poursuite intentée en 2019 par l'ancien policier Ouellette. Il réclamait 550 000 $ de l'État pour les dommages subis. L'entente à l'amiable implique sans doute un dédommagement pour Ouellette.

Chagnon 

Le 25 octobre 2017, des policiers l'attirent grâce à un leurre sur la Rive-Sud de Québec, loin de l'Assemblée nationale, et le mettent en état d'arrestation. Ouellette n'est libéré qu'en soirée.

Il ne fut jamais accusé formellement. Le président de l'Assemblée nationale de l'époque, Jacques Chagnon, outré qu'on s'en soit pris à un parlementaire bénéficiant de certaines immunités, avait lancé quelques jours plus tard son célèbre «qu'on s'excuse ou qu'on accuse».

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La contrition s'est finalement exprimée hier, quatre ans plus tard. Quatre ans de rebondissements, étranges et surprenants, qui n'ont fait qu'obscurcir le portrait.

Les excuses de Gaudreau mettront-elles fin à l'affaire? Non, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a commencé à se pencher sur cette affaire en 2018 et, en février 2021, a signifié que, compte tenu de la «complexité du dossier», il en avait encore pour... deux ans!

Et au fait, l'enquête Mâchurer sur la corruption présumée au PLQ n'est pas encore officiellement abandonnée.

Discrédit 

L'affaire Ouellette, depuis 2017, a fini par discréditer l'UPAC aux yeux du public.

2011-2017 fut l'ère de l'UPAC hyperactive, spectaculaire. Lancement de Mâchurer. Chute de la maison Vaillancourt à Laval. Arrestation de Nathalie Normandeau, jour du budget. Coulage du dossier Machûrer, dans lequel on apprend que Guy Ouellette a été interrogé par l'UPAC au sujet d'une affaire de financement. Arrestation de Ouellette en lien avec les fuites médiatiques. Par la suite, l'UPAC ne fut jamais plus la même.

À propos de cette époque, Frédéric Gaudreau a eu ce commentaire, hier: «La police cowboy, moi je n’en ai jamais fait et je n’en ferai jamais.»

Force est d'admettre que les résultats de ce style policier ne sont pas reluisants en effet: échecs, impasses, poursuites; et depuis hier, excuses. Nos institutions, non seulement l'UPAC, mais le Directeur des poursuites criminelles et pénales en sortent écorchés.

Fallait-il être «cowboy» pour s'attaquer à ce que l'ancien policier Jacques Duchesneau avait appelé «l'empire malfaisant» de la corruption? Peut-être. Le cowboy n'a peur de rien, même pas des gens importants. Mais il peut aussi décider de se faire justice lui-même, ce qui n'a rien de bon.

Quel jeu, pendant ces années, fut celui de Guy Ouellette exactement? Au PLQ, certains s'en méfiaient; l'ancien ministre Pierre Moreau, notamment. L'ancien policier a été expulsé du caucus libéral après les élections de 2018. Il fut établi que Ouellette avait refilé des documents à la CAQ (alors dans l'opposition), pour nuire au gouvernement Couillard.

Encore là, c'était étrange et surprenant.