/finance/consumer

Immobilier: c'est le pire moment pour acheter

Maison à vendre. Illustration vectorielle immobilier.

Illustration Adobe Stock

Essayez de réduire un peu votre consommation d’information sur le marché immobilier. Ça vous rend anxieux, ça se voit, surtout si vous ambitionnez de posséder votre logement. Ce n’est pas bon pour le cœur. Et ça risque de nuire à vos finances. 

• À lire aussi: Marché en surchauffe: des consultations sur le courtage immobilier au Québec

• À lire aussi: Les prix de l’immobilier continuent à s’envoler

Il n’y a pas pire moment qu’actuellement pour être acheteur, et je crains qu’on ne vous aide pas à force de vous rapporter les récits de gens qui se font damer le pion. Ça crée un sentiment d’urgence, comme si bientôt il n’y aurait plus une seule bicoque à vendre. 

On relate les histoires d’acheteurs qui font monter les enchères sur des bungalows comme si leur vie en dépendait. Pour dorer leur offre, ils renoncent aux inspections et aux garanties, une aliénation qu’ils accompagnent d’une touchante lettre de motivation et d’une photo de famille. Ça crée l’impression qu’il s’agit de la « nouvelle normalité » et que pour accéder à la propriété, il faut ramper les yeux bandés. On doit au contraire se montrer plus vigilant que jamais, et même se tenir loin du marché immobilier. 

On fait nos choux gras d’une maison shoebox dont le prix approche la barre symbolique du 1 M$. Ça frappe l’imaginaire, mais ça reflète moins la valeur de l’immobilier que l’opportunisme et l’avidité d’une poignée de propriétaires.

Bref, ça ne sent pas bon. 

Mise en perspective 

Au Québec, on compte près de deux millions de résidences de type « unifamilial » en incluant les chalets et les maisons de villégiature, selon les chiffres du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation. D’après la firme de recherche en immobilier JLR, 112 000 habitations dans cette catégorie ont changé de main depuis 12 mois, soit moins de 6 % du stock. Dans le secteur de la copropriété, ça bouge plus, 13 % des logements ont fait l’objet d’une transaction. 

Oui, c’est très approximatif, et il n’y a rien là à décoder, peut-être. Ce que je veux souligner, c’est qu’il n’en faut pas tant pour que ça chauffe, juste un peu d’effervescence dans la marge. Il suffit que quelques milliers de personnes de plus se précipitent en même temps pour faire pression sur les prix (et pour faire croire à des milliers de propriétaires, qui ne font rien, qu’ils sont virtuellement millionnaires).

C’est ce qui se passe, et plus on monte ces histoires en épingle, plus les gens sont tentés de devancer leur projet d’achat de peur que les prix poursuivent leur montée, que les conditions de financement se détériorent et que leur rêve ne soit plus réalisable. 

Attendez que ça se calme 

À ce que je sais, les personnes actives dans le marché immobilier ne sont pas dans la rue. Elles louent un appartement, elles habitent leur condo ou encore leur maison.

Je vous le demande, vous qui sentez l’urgence d’emménager dans plus grand, votre situation est-elle si pénible que vous être prêt à claquer 50 000 $, 75 000 $, 100 000 $ de plus pour une maison que vous auriez boudée 18 mois plus tôt ? Votre logement actuel vous rend-il malheureux au point de risquer votre avenir financier en jetant votre dévolu sur un citron érigé sur un marécage ?

Je ne peux rien vous jurer, mais je reste sceptique à l’idée que les valeurs puissent s’effondrer, comme après l’éclatement d’une bulle. Je doute aussi fort que la hausse des prix puisse encore se maintenir longtemps.

Toutefois, de plus en plus d’acheteurs paient trop cher.

J’ai discuté avec l’économiste Hélène Bégin, de Desjardins, qui comme moi est généralement de nature optimiste à l’égard de l’immobilier. Elle n’a pas réalisé des calculs savants, mais, à vue de nez, elle estime à 10 % la prime de surenchère que déboursent les acheteurs ces temps-ci. « C’est de l’argent qu’ils ne récupéreront pas de sitôt », dit-elle.

Pour la grande majorité, ce sont des acheteurs expérimentés, donc déjà propriétaires, qui surenchérissent. La vente de leur logement leur procure une marge que n’ont pas les premiers acheteurs, les principales victimes du marché actuel. 

L’immobilier devrait progressivement revenir à la normale. Dès l’automne, quand les gens retourneront au bureau, on aura une meilleure visibilité, croit l’économiste. Le marché ne basculera pas en faveur des acheteurs, mais la pression devrait diminuer, ce qui laisse moins de place à la surenchère et, surtout, aux achats à l’aveugle.

Patienter une douzaine de mois pourrait être rentable. C’est beaucoup d’argent... à ne rien faire.