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Vaccination: un dépliant mensonger distribué auprès d’adolescents

Des parents d’ados et des écoles sont consternés de voir un mouvement québécois distribuer des tracts qui visent à «effrayer» et à dissuader les jeunes de recevoir un vaccin contre la COVID-19. 

Ces tracts contre la vaccination sont distribués dans plusieurs villes du Québec par des bénévoles, entre autres devant des écoles secondaires. Certains d’entre eux vont même jusqu’à dire aux jeunes que le vaccin «viole leur corps», peut-on voir dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

«À première vue, ça ressemblait vraiment à un pamphlet gouvernemental», dénonce Jean-Félix Bérubé, un élève du secondaire âgé de 17 ans qui fréquente l’École polyvalente Saint-Jérôme.

Il a été interpellé lundi dernier par une femme, tout près de son établissement scolaire. 

Caroline Lessard a lancé un appel à des bénévoles dans plusieurs villes du Québec sur son compte Twitter pour distribuer 60 000 copies de ce dépliant.

Capture d'écran, Facebook, Caroline Lessard

Caroline Lessard a lancé un appel à des bénévoles dans plusieurs villes du Québec sur son compte Twitter pour distribuer 60 000 copies de ce dépliant.

Celle-ci lui a remis un dépliant censé «l’informer» sur les vaccins. 

Il était en fait bourré d’informations trompeuses ayant pour but d’effrayer son lecteur, selon des experts consultés par Le Journal.

«Quand tu reçois un pamphlet, des fois, tu le lis juste en diagonale, pense Jean-Félix Bérubé. On peut se faire berner assez facilement et je crois que ça peut avoir quand même un gros impact [sur la vaccination chez les jeunes].»

Pas de consentement   

Jeudi, des élèves de l’école secondaire La Voie, à Montréal, se sont vu remettre le même document devant l’établissement par un militant anti-mesures sanitaires qui a diffusé le tout en direct sur Facebook.

«Ne prenez pas le vaccin COVID-19!» s’exclamait-il avant d’être interpellé par des policiers qui lui ont remis une amende pour entrave à la circulation devant le bâtiment du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). 

Jean-Félix Bérubé dénonce le dépliant qu’on lui a remis devant l’École polyvalente Saint-Jérôme.

Photo Martin Alarie

Jean-Félix Bérubé dénonce le dépliant qu’on lui a remis devant l’École polyvalente Saint-Jérôme.

Marc-Étienne Deslauriers, président du comité de parents du CSSDM, estime aberrant qu’on fasse de la désinformation devant un lieu d’enseignement. 

Nadine Brochu, porte-parole du Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord, à Saint-Jérôme, déplore que cette sollicitation « [aille] à l’encontre des efforts des centres de services scolaires » qui souhaitent vacciner le plus de jeunes possible. 

Complotistes  

Ce mouvement semble avoir été lancé par des adeptes des théories du complot, selon des publications qui circulent sur Twitter et Facebook.

«On a besoin de bénévoles pour faire la distribution de pamphlets d’infos sur le vaccin COVID-19 dédiés aux jeunes de 12 à 17 ans», a publié sur Twitter Caroline Lessard, dont les publications en ligne regorgent de théories du complot. Elle espère voir 60 000 copies être distribuées.

Contactée par Le Journal, celle-ci a nié être à l’origine du mouvement. 

Un individu s’est filmé jeudi pendant qu’il distribuait des copies devant l’école secondaire La Voie, à Montréal.

Capture d’écran, Facebook

Un individu s’est filmé jeudi pendant qu’il distribuait des copies devant l’école secondaire La Voie, à Montréal.

«On fait cette action pour informer les jeunes. Il n’y a rien de mieux que d’aller devant les écoles pour qu’ils soient au courant», rétorque Mme Lessard.

Mais, pour le président de l’Association des microbiologistes du Québec, Christian Jacob, la brochure contient de fausses informations et donne une importance exagérée à certains éléments pour créer une peur injustifiée des vaccins.

Par exemple, il est faux d’affirmer que des milliers de décès sont dus directement aux vaccins aux États-Unis. 

«Ce sont des décès qui sont survenus après la vaccination, mais qui ont une causalité autre que la vaccination», soutient-il.

Jonathan Jarry, communicateur scientifique à l’Université McGill, souligne que le dépliant distribué imite le design du feuillet de renseignement du gouvernement afin de berner autrui.


Au Québec, un jeune peut consentir à recevoir un vaccin ou le refuser à partir de 14 ans.