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La série Huissiers au banc des accusés

Une image tirée de la série Huissiers, série documentaire présentée sur Noovo dans laquelle on plonge dans l’univers des huissiers.

Photo courtoisie

Une image tirée de la série Huissiers, série documentaire présentée sur Noovo dans laquelle on plonge dans l’univers des huissiers.

Fustigée par 112 organismes communautaires qui exigent son retrait des ondes, l’émission Huissiers de Noovo est accusée d’exploiter la détresse des gens. Une participante, filmée alors qu’elle se faisait évincer du logement qu’elle habitait, affirme avoir songé au suicide.

En ondes depuis 2017, la série documentaire Huissiers nous plonge, comme son titre l’indique, dans l’univers des huissiers, ces « professionnels du droit mal-aimés et mal compris », peut-on lire sur noovo.ca. On y montre beaucoup de saisies et d’expulsions qui virent au drame. Et souvent, les visages des personnes impliquées sont floutés. 

Dans un message transmis au Journal via Projet PAL, un organisme sans but lucratif d’aide aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale, Mara (un pseudonyme qu’elle a choisi pour demeurer anonyme) raconte qu’elle traversait une période sombre quand l’équipe de tournage est débarquée en compagnie des huissiers.

« C’était une journée horrible, et je n’étais pas moi-même, indique-t-elle. J’ai tout perdu cette journée-là. Je n’aurais jamais accepté de participer à l’émission si j’avais compris de quoi il s’agissait. »

Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio: 

Une épreuve  

Mara clame avoir perdu des amis à cause de l’émission. Elle craint également que d’autres personnes près d’elle, comme sa famille, voient l’épisode dans lequel elle apparaît.

« Quand ils ont fait ça, j’étais malade et mon propriétaire le savait, ajoute-t-elle. Il avait pris un arrangement avec moi, et les huissiers sont quand même venus. Ce n’est pas juste. Ça a été vraiment difficile. Il y a eu des moments où j’ai pensé mettre fin à mes jours, mais j’ai persévéré et j’ai été forte. »

Des critiques  

Ce témoignage survient après l’envoi d’une plainte acheminée à Bell Média, à Noovo et à Pixcom (la maison de production derrière Huissiers) dans laquelle des groupes communautaires et des organismes publics, dont Projet PAL, qui aide les personnes souffrant de maladie mentale, décrient la manière dont l’émission exploite la misère des locataires évincés, comme s’il s’agissait d’un « spectacle ».

« Les locataires qu’on évince dans l’émission sont possiblement en détresse », soutient Anne-Marie Gallant, intervenante en aide individuelle et en action collective à Projet PAL, en entrevue au Journal. « Ils peuvent souffrir de problèmes de santé mentale, de consommation... Ce n’est pas une façon sensible et responsable d’aborder ces enjeux. C’est réducteur et sensationnaliste. »

« Contradiction incroyable »  

La plainte reproche également à Bell, qui s’honore d’être un leader en santé mentale, d’encourager la stigmatisation des troubles du genre.

« C’est une contradiction incroyable que Bell coproduise et diffuse, par l’entremise de Noovo, cette émission. [...] Être un allié, c’est d’abord ne pas nuire », peut-on lire.

Une rencontre entre quelques délégués des organismes signataires du document et Bell s’est tenue plus tôt ce printemps. Mais aucun engagement clair n’en est ressorti, déplore Projet PAL.

Réévaluation  

Les responsables des communications de Bell Médias nous indiquent par courriel que l’entreprise est « présentement en train d’évaluer avec Pixcom quels changements peuvent être apportés » à Huissiers pour répondre aux préoccupations soulevées.

Chose certaine, une cinquième saison est attendue. Les tournages battent leur plein. Et Noovo rediffuse actuellement la première saison.

Une pétition exigeant la fin immédiate d’Huissiers dépasse la barre des 600 signatures sur change.org.