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Pas de permission à demander à Ottawa

Quebec

Photo Stevens LeBlanc

En plus de protéger la langue française, la réforme de la loi 101 envoie un message au reste du Canada : le Québec n’a pas à demander la permission pour s’affirmer dans la fédération, explique en entrevue le ministre Simon Jolin-Barrette. 

Le jeune ministre de 34 ans a causé toute une surprise, à la mi-mai, en proposant de modifier la Constitution canadienne pour y inscrire que les Québécois forment une nation et que le français est sa langue officielle et commune. 

Et, contrairement aux grandes valses constitutionnelles de Meech et Charlottetown, le gouvernement Legault n’entend pas demander « l’assentiment » du fédéral ou des autres provinces. Il agira unilatéralement. 

« On a un projet nationaliste de faire des gains à l’intérieur du Canada, et ça, c’est une illustration très concrète où on peut faire avancer le Québec à l’intérieur de la fédération et dire : l’État québécois existe, les Québécois et les Québécoises existent, ils sont distincts, le Québec est une société distincte », dit le ministre responsable de la Langue française, lors d’un entretien avec notre Bureau parlementaire. 

En 2006, le gouvernement Harper avait reconnu le concept d’une nation québécoise. « Je pense qu’il était temps de l’inscrire dans la constitution », lance Simon Jolin-Barrette. 

« Impacts concrets et durables » 

Les constitutionnalistes débattront longtemps sur la portée, symbolique ou non, de cette modification, mais le ministre est sans équivoque : « ça va avoir des impacts concrets et durables dans le futur ». 

« À partir du moment où la disposition est dans la constitution, lorsqu’il y a un litige constitutionnel, ça doit être pris en compte », souligne-t-il. 

Cette démarche « autonomiste » vise autant à envoyer un « message très clair » aux « partenaires de la fédération canadienne et aux tribunaux » qu’à raviver la « fierté » des Québécois. 

« C’est sûr que si nous-mêmes on ne dit pas qui on est, c’est difficile pour les autres de nous respecter et d’identifier quelle est la différence », souligne le ministre. 

Quand on lui demande pourquoi aucun autre gouvernement n’avait pensé à utiliser cette clé constitutionnelle, le ministre, reconnu pour son esprit cartésien, réprime un large sourire. 

Le passionné d’histoire et de constitution refuse d’en prendre le crédit – il cite le « travail d’équipe » –, mais visiblement, il a vécu son moment eurêka.

Dénoncé au Canada anglais

Accueillie sans faire de vagues au Québec, l’idée a provoqué un tollé au Canada anglais. Les éditorialistes du Globe and Mail ont dénoncé un « piège » tendu à Justin Trudeau à la veille de probables élections. 

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a reconnu que le Québec peut aller de l’avant avec la modification proposée, mais ne partage pas son interprétation sur sa large portée juridique et sa nature à modifier l’interprétation de la Constitution. 

La question fera d’ailleurs l’objet d’un débat, mardi, à la Chambre des communes, alors que le Bloc québécois présentera une nouvelle motion pour obliger les partis fédéraux à se prononcer sur la volonté du Québec. Chaque formation politique devra alors expliquer pourquoi elle appuie, ou non, la modification. 

Simon Jolin-Barrette se réjouit de la position de Justin Trudeau, mais rappelle que le gouvernement Legault est prêt à faire cavalier seul. 

« Je l’invite à continuer à nous appuyer là-dessus, dit-il. Mais une chose est sûre : s’il y avait un changement de position de leur part, le Québec va aller de l’avant avec cette modification, parce que ça nous appartient. »