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Les étudiants désertent les classes des cégeps

Avec la pandémie, le nombre d’étudiants de niveau collégial qui ont abandonné leurs cours en se prévalant des assouplissements du gouvernement a explosé, compliquant ainsi la tâche des cégeps en vue de la rentrée d’automne. 

Selon des chiffres obtenus du ministère de l’Enseignement supérieur par l’Agence QMI, de plus en plus d’étudiants ont recours à une mesure qui permet d’abandonner un ou des cours sans que la mention «abandon» soit inscrite à leur dossier. Dans le réseau collégial, on parle d’«incomplets permanents», un phénomène qui n’a cessé de bondir depuis le trimestre d’automne 2019 grâce à des assouplissements consentis pour abandonner ses cours en raison de la pandémie.

Ainsi, le nombre de cours abandonnés de cette façon est passé de 17 302 à l’automne 2019 dans l’ensemble du réseau collégial public de la province à 86 147 cours à l’automne 2020, un nombre cinq fois plus élevé.

La situation est encore pire pour le trimestre d’hiver 2020 puisque le nombre d’incomplets permanents a atteint 121 916 cours, comparativement à 14 238 dans le réseau public à l’hiver 2019.

Rentrée problématique?


Certains craignent que la souplesse du gouvernement en raison de la COVID donne des maux de tête aux gestionnaires du réseau collégial lors de la rentrée d’automne.
En l’occurrence, les étudiants qui poursuivront leurs études devront reprendre les cours abandonnés sous la mention «incomplet». Les finissants du secondaire s’ajouteront pour leur part à ceux dont le séjour au collégial s’étire. Le risque de congestion dans les classes semble inévitable.


«On doit se préparer au manque d’espace, a admis le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay. Certains étudiants devront peut-être fréquenter un cégep où il y a de la place, et ce ne sera pas nécessairement leur premier choix.»


Cette mobilité des étudiants pourrait se révéler plus facile dans certaines régions, comme sur l’île de Montréal, qui compte douze cégeps.Au cégep de Sherbrooke, la direction des études dit espérer que les nombreuses inscriptions aux cours d’été permettront de réduire la pression sur la rentrée d’automne.


Même son de cloche du côté du cégep Édouard-Montpetit où la directrice des études, Josée Mercier, a confié tout de même appréhender la rentrée automnale. «Si la règle d’un mètre de distanciation est maintenue, nous aurons des problèmes d’espace, a-t-elle soutenu. Nous sommes déjà en train de regarder pour trouver des locaux supplémentaires.»

Assouplissements nécessaires

Dans une déclaration acheminée à l’Agence QMI, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a indiqué que l’attribution «d’incomplets» représente une «bonne mesure qui a évité de nombreux abandons dans le contexte du confinement et de la crise sanitaire».


Le directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, abonde dans le même sens. «Ça a permis d’éviter du décrochage chez les étudiants, a-t-il expliqué. Pouvoir abandonner un cours sans trop de conséquences, c’est beaucoup moins décourageant que de voir les échecs s’accumuler sur son relevé de notes.» 

Qu’est-ce qu’un incomplet permanent?


Il s’agit d’une mesure d’exception qui permet aux étudiants d’abandonner un ou des cours sans que la mention «abandon» soit inscrite à leur dossier. La demande d’incomplet est habituellement accompagnée d’une recommandation d’un médecin qui justifie la requête. Avec la COVID-19, Québec a assoupli considérablement les critères d’admissibilité. Le billet d’un médecin n’est, par exemple, plus nécessaire. 

Nombre d'incomplets permanents:

- Hiver 2019: 14 238

- Automne 2019: 17 302

- Hiver 2020: 121 916

- Automne 2020: 86 147