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Un oncologue en cour pour voie de fait

Cour municipale

Photo Chantal Poirier

Un chirurgien oncologue de Montréal a-t-il volontairement écrasé avec son véhicule le pied d’une agente de sécurité qui l’empêchait d’accéder à un stationnement réservé aux patients ? C’est ce que devra déterminer un juge au terme d’un procès de deux jours qui a pris fin mardi.

Accusé de voie de fait armée et d’avoir infligé des lésions corporelles, le Dr Pierre Dubé, qui pratique surtout à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, ne nie pas avoir pu causer une blessure à l’agente Jade Lemay, le matin du 21 avril 2020. Mais il nie tout geste intentionnel et plaide qu’il s’agit d’un accident.

« Mon client n’a pas fait exprès pour lui rouler sur le pied », a insisté mardi son avocat, Jacklin Turcot, en cour municipale.

Le matin de l’incident, le spécialiste se rendait au travail avec sa femme, une infirmière sortie de sa retraite pour donner un coup de main au début de la pandémie.

Peu avant 8 h, le Dr Dubé a voulu garer son VUS BMW dans un secteur réservé depuis peu aux patients de l’hôpital. Le médecin réputé n’avait pas vu le mémo interne envoyé à cet effet, a-t-il mentionné. 

Elle lui bloque l’accès

En voyant la voiture arriver, l’agente de sécurité s’est mise devant pour l’empêcher d’entrer, a-t-elle témoigné.

« La voiture m’était connue. J’ai mentionné [à Pierre Dubé] que je le reconnaissais et que je savais qu’il était employé à l’hôpital. Je lui ai demandé d’aller dans le stationnement employé », a-t-elle expliqué au procès. 

Mais plutôt que de faire demi-tour, le médecin aurait avancé avec son véhicule et son pneu serait monté sur son pied gauche, selon la version de Mme Lemay.

« Je lui ai mentionné de reculer pour pouvoir me dégager. J’ai essayé de me dégager le pied, mais j’étais coincée », a-t-elle dit à la cour avec émotion.

Elle a ajouté que Pierre Dubé aurait alors reculé, puis « a donné un coup de gaz », avant d’aller se stationner à l’endroit réservé aux employés.

De son côté, le médecin a reconnu avoir immobilisé son véhicule près de l’agente, puis qu’elle lui aurait soudainement dit : « Vous êtes sur mon pied ». 

« C’est devenu surréel dans ma tête. L’auto était immobilisée depuis la trentaine de secondes que je lui parlais. Le sang m’a glacé, ça ne se pouvait pas. Elle n’avait pas manifesté de symptômes d’inconfort », a-t-il résumé.

« Je me suis dit que je devais reculer, mais il y avait une auto en arrière et une deuxième qui était en train d’arriver. On commençait à me klaxonner », a-t-il poursuivi, mentionnant qu’il a ensuite pu faire demi-tour.

Trop en retard...

En retard pour une réunion, le Dr Dubé avoue ne pas s’être enquis de l’état de l’agente de sécurité sur le coup.

« Je ne croyais même pas que j’étais passé sur son pied [...]. Si elle a été blessée, c’est un accident. Je m’en excuse », a-t-il ajouté lors de son témoignage. 

Après l’incident, l’agente de sécurité a pris en photo la plaque d’immatriculation du véhicule. En larmes, la femme de 25 ans s’est ensuite fait escorter en fauteuil roulant par un collègue jusqu’à l’urgence. 

Les policiers ont été appelés et le médecin a été interpellé au terme de sa réunion.

À plusieurs reprises, Pierre Dubé aurait tenté d’entrer en contact avec l’agente, notamment par une lettre, pour s’excuser et expliquer sa version, mais celle-ci aurait décliné.  

Plus d’un an plus tard, elle consulte encore en physiothérapie, en ergothérapie et en psychologie, notamment. Elle a marché pendant six mois avec des béquilles et utilise toujours une canne et une attelle pour se déplacer. 

« Elle est toujours handicapée, elle a de la difficulté à être debout plus que 30 minutes. Et elle a encore des séquelles autres que physiques », a d’ailleurs rappelé le juge Stéphane Brière lors des plaidoiries. 

Dans cette affaire, le juge Brière a la tâche d’évaluer si le Dr Dubé avait l’intention ou non de blesser Jade Lemay. Le magistrat rendra sa sentence en juillet prochain.