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Un violent rapace coupable de traite de personnes

Si le proxénète Cleephord-Linecker Losse (chemise rouge sur la photo) faisait le fier auprès de ses victimes, il a tout fait pour se cacher des caméras lundi au palais de justice, avec des lunettes de soleil ou en utilisant ses proches pour lui faire écran.

Photo Martin Alarie

Si le proxénète Cleephord-Linecker Losse (chemise rouge sur la photo) faisait le fier auprès de ses victimes, il a tout fait pour se cacher des caméras lundi au palais de justice, avec des lunettes de soleil ou en utilisant ses proches pour lui faire écran.

Un violent proxénète qui a fait sombrer une jeune femme et une ado dans l’enfer de la prostitution, allant même jusqu’à pousser l’une d’elles à tenter de se suicider, a été déclaré coupable sur toute la ligne. 

« L’accusé abusait de la relation amoureuse présumée pour exercer son influence et faire travailler [l’une des victimes] dans la prostitution. Il exerçait un contrôle constant jusqu’à prendre 100 % des revenus, tout en la maintenant dans l’illusion de l’atteinte d’une vie meilleure », a commenté le juge Érick Vanchestein avant de condamner Cleephord-Linecker Losse, lundi au palais de justice de Montréal.

Losse, 30 ans, était accompagné de proches et de membres de sa famille pour le verdict. Mais sous cet air se cache un dangereux proxénète qui n’a pas hésité à s’adonner à la traite de personnes, en 2015 et en 2016.

Dans le premier cas, l’homme avait ciblé une ado de 15 ans. Cette dernière avait des problèmes financiers, et Losse l’a rapidement entraînée dans la prostitution. La seconde victime, dans la jeune vingtaine, s’est fait leurrer par l’intermédiaire d’amis du refuge pour jeunes qu’elle fréquentait.

Aucune des deux victimes n’avait connu la prostitution avant de rencontrer Losse.

Contrôle total 

« Tu m’appartiens », « je pense que je vais t’envoyer à l’extérieur » et « si tu n’arrives pas à dormir, poste [des annonces] et travaille » ne sont que quelques exemples de messages qu’il pouvait leur envoyer. 

Bien évidemment, Losse prenait les gains de ses victimes, qui ont été forcées à se prostituer tant au Québec qu’en Ontario. Et à chacune des deux, Losse faisait croire qu’il l’aimait avant de la plonger dans un univers de terreur et de violence. 

Il contrôlait ainsi tout, jusqu’à ce que les victimes pouvaient manger, sous la menace de la violence avec la matraque qu’il gardait sur lui. Quant à leurs pièces d’identité, Losse les confisquait.

« Il s’implique dans la fixation des prix, des services et de la durée, a déploré le magistrat. Il demande des comptes, fixe des objectifs et détermine les horaires et la stratégie. »

Presque tuée 

Et gare à celle qui voulait s’enfuir. Lors du procès, une femme de chambre a été témoin d’une des victimes qui a voulu s’échapper des griffes du rapace. Mal lui en a pris, Losse l’a rattrapée et l’a ramenée dans la chambre.

Quand une des victimes a tenté de se suicider pour échapper à son bourreau, ce dernier l’a même poussée à le faire, en la forçant à prendre 20 pilules de méthamphétamines. 

« Tu veux mourir, je vais t’aider, je vais te faire mourir », avait dit Losse.

Pourtant, lors du procès, Losse avait tout nié, allant jusqu’à prétendre n’avoir jamais eu de relations sexuelles avec l’ado, et en jurant que la seconde victime était une prostituée. 

Il s’était même présenté en bon samaritain qui avait tenté d’aider la jeune femme. 

Mais ses belles paroles n’ont pas leurré le juge, qui a noté de nombreuses contradictions. 

Avec en plus des textos en preuve et des témoignages de tiers, il ne faisait aucun doute que Losse était coupable de traite de personnes, mais aussi de proxénétisme, de voies de fait et d’avoir encouragé quelqu’un à se donner la mort.

Losse, qui est en liberté sous caution, reviendra à la cour en juillet pour les plaidoiries sur la peine.