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Le roi des RPA Réal Bouclin doit payer 11,7 M$ à un ex-associé

Michel Desbiens/AGENCE QMI

Le roi des résidences pour personnes âgées au Québec et redoutable homme d’affaires Réal Bouclin devra payer plus de 11 millions $ à un ex-associé et ami de longue date dans un litige qui date de 2016, a tranché la Cour supérieure, le 9 juin dernier.  

Malgré tout, l’ex-mari de Caroline Néron considère la décision de la cour comme une victoire. « Nous sommes heureux que le tribunal nous ait donné gain de cause dans ce dossier », fait valoir sa porte-parole, Mylène Dupéré. M. Bouclin a refusé notre demande d’entrevue.  

Le litige opposait le riche propriétaire de Groupe Sélection à Rémi Vigneault, vice-président et copropriétaire de l’entreprise du début des années 2000 à 2012. Quand les deux amis conviennent du départ de M. Vigneault, en 2013, ils signent une entente qui donne des droits d’option à Réal sur les 28,53 % de parts que possède Rémi dans l’entreprise. Le boss a jusqu’au 31 décembre 2015 pour racheter son vieux chum.  

Mais les choses ne se passent pas comme prévu et traînent en longueur. Début 2016, toujours pas de transaction. Rémi amène l’affaire en cour. Il accuse Réal d’oppression, soit de le traiter injustement, et lui demande 25,2 M$ pour ses parts.  

Le 20 février 2020, Réal lui verse 13,8 M$ et considère « qu’il a payé à Rémi tout ce qui lui était dû », lit-on dans la décision de la cour. Pour le juge Brian Riordan, les parts de Rémi valent plutôt 18,5 M$. Il ordonne donc à Bouclin de payer 4,7 M$ à Vigneault, plus 10 % d’intérêt. En plus, le roi des résidences privées pour aînés doit verser 10 % sur les 18,5 M$ pour la période du 19 mai 2016 au 21 février 2020, soit 6 972 275 $.  

Total des courses : 11,7 M$, payable avant le 19 juin. Racheter son vieil ami aura finalement coûté plus cher à Bouclin qu’avant les procédures judiciaires : 25,5 M$, soit 300 000 $ de plus que ce que demandait Vigneault.  

Les allégations d’oppression à son endroit ont toutefois été écartées, ce dont il se réjouit. « Ce qui est important pour M. Bouclin, c’est que la cour confirme qu’il a traité son ex-associé de façon équitable », assure sa porte-parole.  

L’avocat de Rémi Vigneault, pour sa part, ne souhaite pas commenter. « Nous attendons de voir ce que les parties vont faire », se contente de dire Me Doug Mitchell. 

Un géant des résidences pour aînés  

Groupe Sélection s’est taillé une place de choix – la première – dans le marché des résidences privées pour aînés au Québec, où près de 20 % des personnes de 75 ans et plus – plus ou moins 100 000 individus – vivent dans de tels logements. Dans le reste du Canada, ce sont plutôt de 5 à 10 % des 75 ans et plus qui optent pour ce type d’habitation.  

L’entreprise construit et exploite ses propres immeubles. Sa croissance a été fulgurante : si le portefeuille de Sélection comptait un peu plus d’une dizaine d’immeubles en 2013, il en compte aujourd’hui 45, pour un total de 11 422 appartements, le tout exclusivement au Québec. Et Réal Bouclin et son équipe ne sont pas près de s’arrêter : Sélection est en train de construire de nombreuses autres résidences, ici comme ailleurs au Canada. 

Ces appartements pour aînés se louent en moyenne 1844 $, indique la Société canadienne d'hypothèques et de logement, ce qui donne – hypothétiquement – à l’entreprise du puissant homme d’affaires des revenus mensuels de 21 M$ en loyer.  

L’entreprise ontarienne Chartwell, leader incontesté du secteur au Canada, est cotée en Bourse à Toronto et possède 173 immeubles pour plus de 25 000 logements au pays, dont 44 résidences et 10 780 appartements au Québec. 

Le marché des résidences pour aînés est l’affaire de très peu d’entreprises au Canada, comme le montrent les plus récentes données compilées par CBRE, un important cabinet de services-conseils en immobilier. En effet, 40 % des appartements pour personnes âgées sont la propriété de 15 entreprises. Le top 5 est composé de Chartwell (173 immeubles), Revera (96), Sélection (45), Cogir (43) et Groupe Maurice (33).