/finance/homepage

L’enquête sur les frais monstrueux imposés par Walmart tombe à l’eau

En novembre 2020, Québec a annoncé qu’il allait présider un comité pancanadien qui pourrait déboucher sur un code de conduite pour dompter les géants de l’alimentation comme Walmart.

Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin

En novembre 2020, Québec a annoncé qu’il allait présider un comité pancanadien qui pourrait déboucher sur un code de conduite pour dompter les géants de l’alimentation comme Walmart.

L’enquête sur Walmart réclamée par l’Union des producteurs agricoles (UPA) tombe à l’eau parce que ses producteurs ont trop peur de témoigner à visière levée contre ces « frais exorbitants ».

« Le Bureau de la concurrence a clos une enquête sur des allégations selon lesquelles Walmart Canada et United Grocers Inc. auraient conclu une entente visant à imposer des augmentations de frais et/ou des réductions de coûts à leurs fournisseurs », a confirmé Jayme Albert, porte-parole du Bureau de la concurrence du Canada.

• À lire aussi: Les agriculteurs québécois au front contre les énormes frais de Walmart

En septembre 2020, Le Journal a révélé que l’UPA s’était tournée vers le Bureau de la concurrence du Canada pour qu’il ouvre une enquête sur le géant américain Walmart et ses « frais exorbitants » imposés aux producteurs.

D’après l’UPA, les agriculteurs et les transformateurs risquaient de perdre entre 100 millions de dollars et 465 millions de dollars si les autres bannières allaient de l’avant avec les mêmes hausses de frais que Walmart.

Or, neuf mois plus tard, cette enquête est close parce qu’« il n’y a pas suffisamment de preuves pour établir qu’il y a eu contravention à la Loi sur la concurrence », selon les mots du Bureau.

Peur de représailles 

Or, pour Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), il n’y a pas de doute : les producteurs québécois n’ont pas voulu dénoncer la situation au grand jour « de peur de représailles ».

« Les producteurs n’osent pas prendre le risque d’aller témoigner et d’être par la suite exclus en tant que fournisseurs de Walmart », a-t-il avancé.

À défaut de poursuivre par la voie des tribunaux, l’UPA se rabat maintenant sur le comité de travail politique fédéral-provincial piloté par le ministre québécois de l’Agriculture, André Lamontagne.

Pas question cependant de laisser le champ libre à l’industrie alimentaire, qui fait des pieds et des mains en coulisses pour imposer son propre « code de conduite ».

« On a voulu envoyer une lettre au ministre pour lui dire de poursuivre son travail et les producteurs ont même eu peur de signer la lettre », a illustré Marcel Groleau pour montrer à quel point l’omerta règne quand vient le temps de montrer les dents face au géant américain Walmart.

Hier, Walmart s’est défendue en disant qu’elle a au contraire « une excellente relation de travail avec ses fournisseurs » et qu’elle collabore avec eux pour que leurs clients aient accès aux produits.

« Walmart a une directive de la porte ouverte à l’intention de tous les fournisseurs, de petite ou de grande envergure, afin de les encourager à exprimer toutes les préoccupations qu’ils pourraient avoir », a souligné son porte-parole Steeve Azoulay.

« Au cours des 12 derniers mois, Walmart a acheté près de 11 milliards de dollars de produits provenant de plus de 840 fournisseurs canadiens de produits alimentaires afin de soutenir l’économie canadienne », a-t-il conclu.


L’été dernier, l’UPA avait dénoncé le fait que Walmart Canada impose des « frais de développement des infrastructures » de 1,25 % et de « développement du commerce électronique » de 5 % pour les produits vendus sur le site de Walmart.ca ou de l’un de ses partenaires, pour un total de 6,25 %.