/news/faitesladifference

Quand la surveillance remplace l’intervention en itinérance

GEN-SANS-ABRI-CAMPEMENT

Photo d'archives, Agence QMI

Dans la dernière année, afin de respecter les mesures de distanciation, plusieurs hébergements en itinérance de Montréal et Gatineau ont dû revoir leur capacité d'accueil à la baisse. Des hébergements d’urgence temporaires ont été mis en place pour répondre aux besoins non-comblés. Dans ces services, qui sont maintenant en opération depuis plusieurs mois, on constate une tendance alarmante à faire appel à des agents de sécurité au détriment d’intervenants.  

Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), le Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO) et la Table des organismes communautaires Montréalais de lutte contre le Sida (TOMS) dénoncent cette situation inquiétante pour le respect de la dignité et la sécurité des personnes, témoignant aussi de l’absence de reconnaissance de l’intervention psychosociale et de la pair-aidance dans un contexte d’hébergement d’urgence. 

Conséquences négatives

Les personnes en situation d’itinérance sont surjudiciarisées et leurs relations avec les figures d’autorité sont souvent empreintes de répression. À Montréal, par exemple, entre 2012 et 2019, elles ont reçu près de 40 % de l’ensemble des constats d’infraction émis en vertu des réglementations municipales et des réglementations de la STM (Bellot et al., 2021). 

La présence importante d’agents de sécurité dans l’espace privé fait écho à ce vécu et transporte ces dynamiques négatives dans un lieu qui devrait être sécuritaire et digne. Elle rappelle une approche carcérale plutôt que communautaire. 

À Gatineau, le groupe de sécurité Tactic proposait une fouille visuelle à toute personne entrant en hébergement d'urgence au nom de la sécurité. Ces fouilles sont une intrusion directe au droit à la dignité et à l'intimité sans pour autant réduire les enjeux de sécurité. 

Les conséquences de cette approche sont nombreuses: perte du lien de confiance, escalade des situations de crise, refus d’accès aux services lorsque la personne est intoxiquée, comportements inappropriés à l’endroit des personnes marginalisées. Dans certains cas rapportés, il est explicitement question de violence physique, verbale et psychologique de la part du personnel de sécurité. 

Alors que le Québec vit présentement la pire crise de surdoses de son histoire, la présence de personnel de sécurité au profit d’intervenants nous fait craindre le pire. Une importante partie des personnes qui utilisent les hébergements d’urgence font usage de drogues. Pour elles, l’approche utilisée par les agences de sécurité est dangereuse. Alors que ses employé.es composent une importante partie des agents de sécurité dans les ressources temporaires en itinérance à Montréal, la firme GardaWorld a déclaré ne pas avoir la tâche d’administrer la naloxone, principal moyen de renverser temporairement une surdose d'opioïde et donc de sauver la vie d’une personne en détresse. 

Des solutions

Le recours aux agents de sécurité démontre un manque de reconnaissance de l’expertise en intervention et n’est pas une solution viable face à un défi de recrutement. Malgré la pénurie de personnel dans plusieurs secteurs publics, jamais il ne serait toléré de remplacer des éducatrices, des enseignantes ou des infirmières par du personnel de sécurité. Pourquoi en est-il ainsi pour l'intervention psychosociale, qui représente, elle aussi, une profession à part entière? 

Il faut plutôt s’attaquer aux causes des difficultés de recrutement. En valorisant le travail en intervention, en finançant les organismes communautaires à la mission afin d’offrir une stabilité aux employés et en plaçant les besoins des personnes au centre des réflexions dans le développement de services. 

La réponse passe entre autres, par des conditions de travail dans des environnements dignes et non par des coupures de services au profit de la surveillance et de la répression. 

Face à cet important recul, engageons-nous collectivement à respecter la politique nationale de lutte à l’itinérance. Revoyons les modèles d'hébergement et de services afin que chaque personne soit traitée avec respect et dignité humaine. 

Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)

Mariana Racine Méndez, organisatrice communautaire

Table des Organismes Montréalais de Lutte contre le VIH/SIDA (TOMS)

Émilie Roberge, chargée de concertation communautaire sur les surdoses

Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO)

Alexandre Deschênes, organisateur communautaire

Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM)

Marie-Andrée Painchaud, coordonnatrice

Réseau Alternatif et Communautaire des Organismes en santé mentale de l’île de Montréal (RACOR en santé mentale)

Aurélie Broussouloux | Directrice générale

Réseau d'action des femmes en santé et services sociaux (RAFSSS)

Diana Lombardi, Coordonnatrice

Table des groupes de femmes de Montréal (TGFM)

Véronique Martineau, Coordonnatrice

Table régionale des organismes communautaires autonomes de l’Outaouais (TROCAO)

Daniel Cayley-Daoust, Directeur Général

Table régionale des organismes volontaires d’éducation populaire (TROVEP) de Montréal

Julie Corbeil, coordonnatrice

Table Ronde des Organismes Volontaires en Éducation Populaire de l’Outaouais (TROVEPO)

Geneviève Tremblay-Racette, Coordonnatrice

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?