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Sécurité à la gare de triage de Pointe-Saint-Charles: des travailleurs du CN sonnent l’alarme

FD-ACCIDENT DE TRAVAIL

MICHEL DESBIENS/AGENCE QMI

Des employés du Canadien National (CN) sont inquiets pour leur sécurité depuis le décès d’un collègue survenu le 6 janvier dernier à la gare de triage de Pointe-Saint-Charles, à Montréal.

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Malgré l’accident de travail ayant coûté la vie de Yoan Morneau, un travailleur avec sept ans d’expérience qui a été écrasé par un train, les conditions de sécurité ne semblent pas s’être améliorées selon des employés qui ont témoigné de leur situation à CTV News.

Au Canada, environ deux cheminots par an perdent la vie dans la pratique de leur métier. Une tendance stable depuis une décennie.

En deux ans et demi au CN, la plus grande entreprise ferroviaire du Canada, cinq chefs de train sont décédés dans des gares de triage. Et un sixième a connu lui aussi une fin tragique en 2017.

La plupart des travailleurs étaient au début de leur carrière, dont un qui était encore en formation. Tous faisaient ce que l'industrie appelle des «activités de changements» dans les gares de triage, ce qui est considéré comme un travail dangereux.

La restructuration en cause?

Certains employés du CN, passés et présents, ont souligné que la restructuration de l'entreprise ces dernières années a mené à la suppression de nombreuses mesures d’encadrement, y compris le démantèlement d'une équipe de sécurité de longue date.

Les départs croissants des baby-boomers vers la retraite et les embauches massives de nouvelles cohortes d’employés inexpérimentés ont aussi creusé un fossé entre les générations, affectant la transmission des savoirs. Le CN s’est retrouvé avec peu de travailleurs en milieu de carrière, dans la quarantaine et la cinquantaine, qui connaissaient bien les ficelles du métier.

Le changement de PDG en 2018 ainsi que ceux apportés à la liste des cadres supérieurs auraient mené à la suppression de tous les postes de sécurité, sauf un ou deux, a déclaré un ancien superviseur à CTV News sous le couvert de l’anonymat.

Des contrôles ponctuels et des audits ont continué d’avoir lieu, mais le travail a été réparti entre les superviseurs déjà affectés aux gares de triage, a poursuivi l’homme.

Les tâches des superviseurs ont ainsi été augmentées. En plus de gérer le travail de triage, on leur demandait de se rendre à d'autres gares à travers le pays pour des audits de sécurité, et on leur demandait de continuer à effectuer des contrôles ponctuels, mais sans que les gestionnaires de risques ne supervisent les résultats, a déclaré un ancien superviseur du CN à la chaine anglophone.

Les superviseurs sont encore à ce jour tenus d'effectuer des contrôles ponctuels de sécurité quotidiens sur leurs employés. Ils les regardent travailler en cachette, exposant «des moments carrément alarmants», a ajouté un superviseur actuellement à l’emploi du CN.

Contacté par la chaine, le CN n'a pas souhaité commenter. La société a indiqué que les «leaders» en matière de sécurité avaient maintenant encore plus de contacts avec les employés qu'auparavant, sans expliquer qui sont les «leaders» en question.

«Au cours des deux dernières années, nous avons apporté d'importants ajustements de gestion pour inculquer profondément une culture de la sécurité dans l'ensemble de l'organisation», a ajouté la société dans une déclaration.

Les mesures actuelles comprennent des séances d'information sur la sécurité au travail, des contrôles ponctuels hebdomadaires et des discussions régulières sur les «expositions potentielles associées à une tâche», a-t-on également indiqué.

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