/news/world

Un complotiste français interrogé après l'enlèvement d'une fillette

Rémy Daillet, figure des milieux complotistes et soupçonné d'être impliqué dans l'enlèvement de la petite Mia, en avril dans l'est de la France, est arrivé mercredi à Nancy (est) où son interrogatoire a commencé devant les magistrats chargés cette affaire.

• À lire aussi: Un complotiste français possiblement impliqué dans un enlèvement extradé

• À lire aussi: Fillette enlevée en France: sa mère inculpée pour enlèvement de mineur en bande organisée

«Je vous informe que l'interrogatoire de première comparution de monsieur Daillet vient de commencer», a déclaré le procureur de la République de Nancy François Pérain dans un communiqué publié en fin d'après-midi.

Le Français de 54 ans, sa compagne et leurs trois enfants ont été arrêtés fin mai sur l'île touristique malaisienne de Langkawi où ils étaient installés. Ils ont été expulsés dimanche par la Malaisie, car leurs visas étaient expirés.

Mais leur expulsion vers la France a été interrompue lors d'une escale à Singapour, où la compagne de Rémy Daillet, Léonie Bardet, enceinte, a été brièvement hospitalisée. La procédure a ensuite pu reprendre et la famille a pris l'avion mardi soir en direction de Paris où elle a atterri mercredi matin.

«J'espère qu'avec leur arrivée sur le sol français, la présomption d'innocence reprendra ses droits, mais aujourd'hui je constate qu'il est préjugé coupable, qu'il est désigné comme une sorte d'ennemi public numéro un et qu'on en fait beaucoup trop sur cette affaire», a regretté l'avocat de Rémy Daillet, Me Jean-Christophe Basson-Larbi.

«J'espère qu'en ayant accès au dossier, en discutant avec mon client et en apportant notre défense auprès du magistrat instructeur, que nous pourrons préserver sa liberté, mais j'ai peu d'espoir», a-t-il enchaîné.

Rémy Daillet, ancien cadre du MoDem (parti centriste français), dont il a été exclu en 2010, faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international émis dans le cadre de l'enquête sur l'enlèvement de la petite Mia, 8 ans, perpétré à la mi-avril dans les Vosges (est).

L'enfant avait été retrouvée quelques jours plus tard en Suisse avec sa mère qui n'en avait plus la garde.

Coup d'État populaire

Le Français est soupçonné, selon le procureur de Nancy, d'être l'«animateur» présumé de la «mouvance» anti-système dans laquelle évoluaient les ravisseurs.

La petite Mia résidait chez sa grand-mère quand elle avait été enlevée le 13 avril par plusieurs hommes à la demande de la mère de l'enfant qui n'avait plus le droit de la voir seule.

La mère et la fillette avaient été retrouvées cinq jours plus tard en Suisse, dans un squat de la commune de Sainte-Croix.

Dans une vidéo mise en ligne après l'enlèvement, Rémy Daillet avait tenté de se justifier. Sans évoquer nommément Mia, il réfutait le terme d'enlèvement.

Dans d'autres vidéos plus anciennes, il soutenait l'idée d'un coup d'État populaire et se disait opposé aux impôts, aux vaccins, aux masques ou à la 5G. Celui qui est déjà père de sept enfants d'un premier mariage prônait par ailleurs l'éducation par les parents à la maison.

Dans cette affaire, dix personnes au total, dont la mère de la fillette, ont déjà été mises en examen et sept d'entre elles ont été placées en détention provisoire.

La justice s'interroge aussi sur le rôle de Rémy Daillet dans une autre affaire, celle d'un couple qui vivait en vase clos dans le Doubs (est) et s'était retranché à son domicile en novembre, refusant de confier ses quatre enfants aux assistantes sociales comme le demandait un juge.

C'est au contact d'un certain «Rémy, vivant en Malaisie, ancien membre du MoDem», que le couple aurait décidé de déscolariser ses enfants puis de se couper du monde.