/news/faitesladifference

Crise dans le milieu des CPE : pour les enfants, je continuerai à me battre avec mon cœur

Little child playing with toys in kindergarten

Photo Adobe Stock

Je suis éducatrice en petite enfance depuis près de 4 ans. Croyez-le ou non, j’étais fonctionnaire au gouvernement fédéral auparavant. Salaire plus que respectable, fonds de pension béton, assurances collectives plus que parfaite. J’ai donc nivelé ma propre qualité de vie vers le bas, désirant contribuer au bien-être des tout-petits.  

J’ai ressenti le besoin de contribuer à la société de façon positive et tangible. Je savais bien dans quoi je me mettais les pieds: les conditions salariales étaient déjà, à mon retour sur les bancs d’école en 2016, peu alléchantes. Elles se détériorent toutefois à un rythme effréné, surtout au cœur de la crise pandémique actuelle. C’est drôle car on dirait que ce n’est pas la COVID qui veut nous rendre K.-O. C’est notre gouvernement. Ce n’est peut-être pas si drôle finalement. 

Sous-financement

D’abord, rendons-nous à l’évidence : les CPE sont sous-financés. Ceci a un impact direct sur notre travail puisque les CPE n’ont d’autres choix que de faire preuve de créativité pour sauver des coûts. 

Voici quelques mesures observées au CPE où je travaille: réduction du temps alloué à la planification; surcharge du ratio global d’enfants; directrices s’improvisant éducatrices spécialisées et conseillères pédagogiques, autopauses (pause/dîner où une seule éducatrice doit surveiller constamment deux groupes à la fois, afin de sauver les coûts d’une éducatrice supplémentaire). 

Tout ceci en exigeant plus de la part des éducatrices: produire bi-annuellement un portrait de l’enfant et ce, pour chaque enfant de son groupe; former les éducatrices non-formées « sur le tas »; retarder ses journées de congés par manque de personnel. 

Cette pression supplémentaire amène son lot de tracas et affecte la santé mentale des travailleuses. Bon nombre de mes collègues sont tombés au front avec les années: burn-outs, dépressions, blessures. Résultat? Mon salaire en est diminué, indirectement : prime d’assurances collectives revues à la hausse obligent. Et vlan, un coup direct au flan. 

Anxiété pour les enfants et les parents

Abordons la problématique du ratio global. Des groupes boostés d’enfants remplaçants qui se font chahuter à droite et à gauche, ne respectant aucunement l’enfant et son lien d’attachement envers son éducatrices et ses pairs. 

Le sentiment d’insécurité qui habite les yeux de l’enfant quand je lui annonce qu’il devra passer sa journée dans un autre local que le mien me hante à chaque fois. 

Nous sommes témoins quotidiennement de l’effet de la pandémie sur les parents. Ceux-ci sont anxieux, stressés, épuisés de leurs propres enfants, qui eux aussi démontrent plus de signes de détresse psychologique (voir les enquêtes de l’Observatoire des Tout-Petits). 

Ces parents qui nous laissent leurs tout-petits, même si ceux-ci sont malades. Même s’ils font du télétravail. Même s’ils gardent le grand frère ou la grande sœur qui a congé d’école pour la journée. 

Et les enfants! Parlons-en des enfants, qui n’auront pas de vacances du CPE cet été. Parce que les parents prennent des vacances sans eux, ou n’en prennent pas du tout. Et je me permets de parler de mes propres enfants qui devront peut-être fréquenter le CPE (alors qu’ils sont d’âges scolaires) durant l’été, à défaut d’avoir trouvé du personnel pour me remplacer durant mes vacances. 

Est-ce que je regrette mon choix de carrière? Pour la première fois, mon « non » n’est pas un non catégorique. J’aime les enfants. Parler à n’importe quelle éducatrice, elle vous donnera une réponse assurément similaire. Mais quand une éducatrice se questionne sur son avenir dans ce milieu et sur la nécessité de son rôle, on peut se questionner sur les enjeux sociaux auxquels on fait face. 

Et le gouvernement est chanceux. Car la seule chose que le gouvernement ne peut atteindre au combat est mon cœur. Pour les enfants, je continuerai à me battre, avec mon cœur. 

Catherine Robert, Éducatrice en petite enfance Sainte-Catherine

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?