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La vengeance de Claire

Difficile de croire l'ex-caquiste Claire Samson lorsqu'elle jure ne pas avoir agi par «vengeance» en se rangeant sous la bannière conservatrice.

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J'étais à quelques mètres d'elle en 2018, au Salon rouge, lors de la cérémonie d'assermentation des ministres. Aux applaudissements, elle fut la seule des caquistes à rester assise. Puis, elle avait quitté la pièce ostentatoirement pour rentrer à la maison!

Je n'avais jamais vu rien de tel lors de la présentation d'une équipe ministérielle.

Blessée

La décision de François Legault de ne pas lui donner un siège au conseil des ministres l'avait «terriblement déçue» comme elle me l'avait dit à QUB radio en décembre 2019. Elle avait même reconsidéré sa carrière politique avant de choisir de rester.

Ancienne gestionnaire dans le domaine de la culture et des communications (Radio-Canada, TQS, TVA, ainsi qu'à l'Association québécoise de la production médiatique), elle se voyait ministre de la Culture depuis longtemps.

Elle a beau dire que les faits remontent à «presque trois ans maintenant», qu'elle a «tourné la page», on sait que la vengeance est un plat qui se mange froid.

Sylvie Roy

Son nouveau chef Éric Duhaime a évoqué le précédent de Sylvie Roy, qui avait quitté le caucus de la CAQ en 2015.

«Quand on a le courage de se tenir debout face à François Legault, il peut y avoir des conséquences fâcheuses, mais je peux vous dire que ces mauvaises langues là, on ne leur laissera pas faire le même coup deux fois.»

Qu'évoquait-il exactement? Sylvie Roy est morte un an après sa défection, à 51 ans, d'une hépatite aiguë.

Au moment de sa démission, des «problèmes personnels liés à la consommation d'alcool avaient été évoqués». L'actuel ministre des Transports, François Bonnardel, avait déclaré à RDI: «Je ne peux pas vous raconter tous les problèmes parce que ça ne se fait pas à la télévision. Humainement, on a tout fait pour la rendre heureuse.»

Différends

Revenons à Claire Samson. Lorsqu'on lui a demandé hier quels reproches elle adressait précisément à François Legault pour quitter son parti, elle répondit d'abord ne pas vouloir en formuler «spécifiquement» à son endroit.

Elle se contenta d'exprimer sa frustration de se faire dicter des réponses par le parti en commission... Et déplora la décision du gouvernement de rejeter le rapport de la Commissaire à l'éthique dans le cas Fitzgibbon.

Sur les questions des règles sanitaires, condamnées par son nouveau chef, elle sembla plutôt... caquiste. Sur les causes humaines des changements climatiques actuels, alors que Duhaime préférait ne pas prendre position, elle répondit qu'il était «évident» qu'il y en avait.

Certes, être «simple députée» d'un parti au pouvoir n'est pas toujours gratifiant. Plusieurs s'en accommodent, en espérant qu'un jour, ils seront appelés.

Claire Samson, elle, a choisi de se faire justice. Ce faisant, elle ouvre les portes de l'Assemblée nationale au Parti conservateur et à Éric Duhaime. Un peu comme les premiers transfuges de la CAQ ont permis à François Legault de mettre les pieds au parlement en 2011.

Fait cocasse: le mode de scrutin ne sera pas changé, mais le nombre de partis présents au parlement augmente malgré tout. On est rendu à cinq, comme en 1976!

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