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Le courage de dénoncer son agresseur grâce à Maki

La chienne Maki, de la Fondation Leski, a assisté la survivante Isabelle lors de son témoignage avec Le Journal.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

La chienne Maki, de la Fondation Leski, a assisté la survivante Isabelle lors de son témoignage avec Le Journal.

Une survivante estime qu’elle a eu le courage de témoigner en cour contre celui qui l’a agressée sexuellement grâce au puissant lien l’unissant à Maki, une chienne d’assistance qui l’a accompagnée durant le processus judiciaire.

« Pendant une audience, j’ai demandé une pause, car les questions de l’avocate de la défense allaient très loin. J’avais besoin de sortir de la salle et je me suis lancée sur Maki. Sans elle, je serais partie chez moi, j’aurais lâché », raconte Isabelle, qui a demandé à taire son nom complet.

Ce jour-là, elle témoignait à l’enquête préliminaire. Elle a dû relater chaque détail de l’agression qu’elle a vécue.

« Maki sentait que j’étais anxieuse, elle a mis sa tête sur ma cuisse pour que je la flatte. Sa présence m’aide à me recentrer. Je me suis sentie prête à retourner dans la salle pour continuer », se remémore-t-elle.  

Maki est l’un des six chiens d’assistance de la Fondation Leski, qui offre de l’accompagnement notamment pour les victimes d’actes criminels (voir autre texte).

La survivante a fait la connaissance de la chienne de race terre-neuve par le biais de son intervenante, Isabelle Turcotte.

Aucun consentement 

En décembre 2016, Isabelle et des collègues de travail séjournaient dans un hôtel de Québec dans le cadre d’un gala. Réal Beauregard, son contremaître, l’a embrassée à plusieurs reprises lors de la soirée. Il lui a aussi touché les seins, toujours sans avoir obtenu son consentement. 

Le lendemain, la Montérégienne portait plainte contre lui. Le processus judiciaire s’est avéré « long et pénible », mais elle n’a pas abandonné, grâce à Maki, dit-elle.

« Par exemple, j’avais peur de croiser mon agresseur au palais de justice. Je me suis préparée mentalement avec [mon intervenante] et Maki à ne pas baisser les yeux et à le regarder. J’ai réussi. C’est lui qui a baissé les yeux », raconte-t-elle.

En janvier, Réal Beauregard a plaidé coupable à un chef d’accusation d’agression sexuelle, évitant ainsi un procès. Le sexagénaire a obtenu une absolution inconditionnelle, mais il est inscrit au registre des délinquants sexuels pour 10 ans. 

Se reconstruire 

Encore aujourd’hui, Maki aide la survivante dans sa reconstruction. La chienne l’accompagne lors de sorties où elle ne se sent pas à l’aise, par exemple à des rendez-vous à l’hôpital ou chez le psychologue. 

« Ce n’est pas parce qu’il a reconnu son crime que je suis guérie complètement, explique-t-elle. Je suis encore stressée dans des salles d’attente, des foules ou avec des inconnus. » 

« Il faut en parler, exprimer ses émotions. C’est vraiment important parce qu’il y a de l’espoir. Il y a une vie après », insiste-t-elle.

– Avec Kathleen Frenette

Les chiens aidants enfin reconnus  

En octroyant une subvention à la Fondation Leski, le ministère de la Justice reconnaît pour une première fois le travail d’intervention des chiens d’assistance auprès des victimes d’actes criminels, se réjouit cet organisme de la Montérégie.

« Il y a encore de l’éducation à faire, mais c’est un premier pas vers la reconnaissance de l’assistance canine. Ça doit maintenant être fait à plus grande échelle, par exemple en santé », lance Marie-Hélène Paquin, présidente de la Fondation Leski.

L’organisme a reçu une subvention de 150 000 $ permettant l’embauche de trois intervenants sociaux, qui travaillaient auparavant bénévolement.

Un modèle unique  

La Fondation est la seule à offrir aux personnes dans le besoin de l’assistance canine jumelée à un intervenant.

« Un intervenant et le chien peuvent accompagner une victime au procès contre son agresseur ou lors de rendez-vous médicaux, cite en exemple Mme Paquin. On peut aussi aider un enfant ayant un trouble du spectre de l’autisme à aller chez le dentiste. »

« Je n’étais pas une mauvaise intervenante avant, rigole Isabelle Turcotte, mais je vois vraiment que ça les aide à s’ouvrir et à exprimer leurs émotions. »

Les six chiens de la Fondation ont suivi un entraînement pour reconnaître et apaiser les signes d’anxiété. Par exemple, ils appuient leur tête sur les cuisses de la personne anxieuse afin de se faire flatter. 

Pour la survivante Isabelle, la chienne Maki pouvait être présente au palais de justice, mais pas dans la salle de cour. 

« On s’est préparé longtemps pour mon témoignage [à la cour]. C’est sûr que je n’y allais pas sans Maki et mon intervenante. Ils ont été dans mon équipe jusqu’à la fin », rapporte la survivante Isabelle.