/finance/homepage

Les contribuables risquent de payer plus pour le Grand Prix

Les nouveaux paddocks (derrière sur la photo) ont été érigés juste à temps pour l’édition 2019 du Grand Prix du Canada.

Photo d’archives

Les nouveaux paddocks (derrière sur la photo) ont été érigés juste à temps pour l’édition 2019 du Grand Prix du Canada.

Même si les gouvernements ont annoncé le sauvetage du Grand Prix de Formule 1 du Canada, les contribuables ne sont pas au bout de leurs peines. L’entrepreneur qui a construit les nouveaux paddocks réclame plus de 10 M$ pour des factures qu’il estime impayées.

Notre Bureau d’enquête a appris que l’entrepreneur général Groupe Geyser et la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD) étaient à couteaux tirés depuis des mois.

C’est Geyser qui a érigé les garages pour le compte de la SPJD, inaugurés lors de l’édition 2019 de la course sur l’île Notre-Dame, à Montréal.

Les deux parties s’échangeaient encore des lettres d’avocats en coulisses pendant que l’ex-ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, la ministre fédérale du développement économique Mélanie Joly et la mairesse Valérie Plante annonçaient à la fin avril que l’entente pour la tenue du Grand Prix était prolongée jusqu’en 2031.

Selon nos informations, 44 entreprises québécoises, soit Groupe Geyser et 43 plus petits fournisseurs qui travaillaient pour lui comme sous-traitants, n’auraient pas encore reçu toutes les sommes facturées.

Vendredi, Groupe Geyser a déposé une poursuite en Cour supérieure contre la SPJD.

Pas d’entente  

La firme dit avoir demandé des rencontres avec le parc depuis novembre 2020 pour dénouer l’impasse, « sans résultat ».

« À ce jour, aucun suivi n’a été fait par SPJD quant aux demandes de médiation pour régler l’ensemble des différends liés à l’exécution des travaux et SPJD refuse de payer les sommes dues à Geyser », écrit dans la requête l’avocat de la firme, François Beauchamp, du cabinet De Grandpré Chait.

L’entrepreneur général allègue que « 444 situations de changement ont perturbé le déroulement des travaux », et qu’une « grande partie » de ces modifications au chantier est « imputable à la SPJD ».

Les travaux pour lesquels des sommes demeureraient impayées sont en lien avec le forage des pieux, la plomberie, la structure en acier et plusieurs travaux mécaniques et électriques, notamment.

« Tenant compte de la date ferme et inamovible pour la tenue du Grand Prix 2019, Geyser a dû déployer des efforts exceptionnels pour pallier les lacunes importantes des documents d’appel d’offres et ainsi accélérer les travaux », poursuit la requête.

Infiltrations d’eau  

On comprend dans les procédures que le parc Jean-Drapeau a refusé de payer une partie des sommes en alléguant que des travaux avaient été réalisés de façon non conforme.

Entre autres, il y aurait plusieurs infiltrations d’eau dans les paddocks flambant neufs dues au « manque d’étanchéité générale du bâtiment ».

Le coût des nouvelles installations du Grand Prix du Canada a sans cesse augmenté depuis l’annonce du projet en 2014 (voir ci-contre). Alors que la somme de 32,6 M$ avait été annoncée au départ, le contrat octroyé à Groupe Geyser en mars 2018 a finalement frôlé les 60 millions $. 

Au total, les fonds publics investis au circuit Gilles-Villeneuve depuis 2017 dépassent les 90 millions $, somme qui pourrait encore être augmentée en fonction de l’issue de la dispute entre l’entrepreneur et la SPJD.

Une saga qui s’éternise  

Juin 2014
Ottawa, Québec et Montréal annoncent une entente de 186,7 M$ pour garder la F1 à Montréal pendant 10 ans. La Ville s’engage à moderniser les installations, dont les paddocks, pour environ 32 M$.  

Décembre 2016
La Ville estime maintenant que les paddocks coûteront 48 M$.  

Juin 2017
L’entente avec la F1 est prolongée jusqu’en 2029 en échange de 64,2 M$ de fonds publics supplémentaires d’Ottawa et de Québec.  

Décembre 2017
Le parc Jean-Drapeau lance l’appel d’offres pour la construction du nouveau bâtiment.  

Mars 2018
Groupe Geyser a déposé la soumission conforme la plus basse et obtient le contrat pour 59,9 M$, taxes incluses. Montréal paiera environ 41 M$ et le gouvernement du Québec, 18 M$.  

Juin 2020
La course est annulée en raison de la pandémie. Ironiquement, les nouvelles installations inutilisées remportent cette année-là le prix d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec.  

28 avril 2021
Le Grand Prix est annulé pour une deuxième année de suite. Les gouvernements annoncent que l’entente avec la F1 est désormais valide jusqu’en 2031, ce qui coûtera un autre 51 M$ aux contribuables.
L’avenir du promoteur Octane, dirigé par François Dumontier, semble alors sauvé, lui qui éprouvait des difficultés financières et peinait à rembourser les billets achetés pour l’édition annulée de 2020.  

30 avril 2021
Deux jours après l’annonce de la prolongation, le géant des télécommunications Bell achète le Groupe de course Octane et devient promoteur du Grand Prix.  

18 juin 2021
L’entrepreneur général qui a construit les paddocks poursuit le parc Jean-Drapeau pour 10,3 M$, affirmant que cette somme lui est toujours due en lien avec des modifications et des retards sur le chantier terminé deux ans plus tôt.