/finance/homepage

Un ex-dragon sous la loupe de l’AMF

Bureau de Dany Vachon

Photo Pierre-Paul Poulin

L’ancien dragon Dany Vachon est visé avec d’autres personnes par un recours de l’Autorité des marchés financiers (AMF) en lien avec la promotion illégale alléguée d’une mystérieuse firme immobilière québécoise reliée à des paradis fiscaux. 

Dany Vachon, qui faisait partie de la première cuvée de l’émission Dans l’œil du dragon en 2012 à Radio-Canada, figure sur une liste de six personnes et de trois compagnies, dont ROI Land Investments, ciblées par l’AMF.

Lors de son passage à cette émission, Dany Vachon avait été présenté comme le dragon le plus « chiche » du groupe. Il avait annoncé son départ après une seule saison, souhaitant « s’occuper » de ses entreprises.

ROI « opère dans le secteur du développement immobilier et se spécialise dans l’acquisition, le zonage et la conversion de terrains en terrains prêts à construire », selon un document cité par l’AMF. L’entreprise aurait une filiale au Luxembourg, selon les allégations.

Fausses informations 

Une photo de 2015 où l’on voit sur un yacht notamment Sébastien Cliche (à gauche) et Philippe Germain (à droite), en compagnie notamment d’administrateurs de ROI.

Photo courtoisie

Une photo de 2015 où l’on voit sur un yacht notamment Sébastien Cliche (à gauche) et Philippe Germain (à droite), en compagnie notamment d’administrateurs de ROI.

L’AMF reproche à Dany Vachon (qui n’aurait pas occupé de siège dans la haute direction de ROI) et à d’autres individus d’avoir transmis des informations « fausses ou trompeuses » à des investisseurs à propos de cette firme, qui a été inscrite à la Bourse américaine, sur le marché hors cote, à partir de 2014.

L’ex-dragon Vachon aurait personnellement incité « des investisseurs à participer à certains placements privés de ROI », selon l’AMF.

En 2016, l’AMF a frappé cette compagnie d’une interdiction d’opération puisqu’elle n’avait pas déposé certains « documents d’information périodique » comme la loi le requiert. Cette ordonnance n’aurait toutefois pas été respectée par la direction de la société, note l’AMF.

Cinq ans plus tard, cette interdiction est toujours en vigueur. En novembre 2017, un total de 213 actionnaires détenaient les actions émises par ROI.

Tentative d’entrave 

ROI aurait même tenté d’entraver le travail d’un enquêteur de l’AMF, selon le recours déposé en mars. Les sommes recueillies auprès d’investisseurs totaliseraient 47 millions $ US.

Un ami et coassocié de Dany Vachon, notamment dans la firme Impera Advisory, Philippe Germain, est aussi visé.

Il est le cofondateur de ROI, selon l’AMF. Il serait impliqué au sein « d’autres sociétés au Canada, aux États-Unis et en Europe », écrit l’AMF. Il aurait même fondé une firme aux Îles Marshall, en Océanie.

L’entrepreneur Mathieu Landry-Girouard (consultant pour ROI jusqu’en 2015) et les promoteurs immobiliers Sébastien Cliche (président et administrateur de ROI entre 2013 et 2017) et Patrick Bragoli (président de ROI en 2013 et 2014) sont aussi dans la mire. 

Un homme d’affaires du Nicaragua, Porfirio Antonio Treminio Centeno (cofondateur de ROI), est ciblé. Tout comme Tiger Gate Capital, établie aux îles Seychelles, et Hiro Corporation, en Suisse. Ces deux firmes seraient des actionnaires de contrôle de ROI.

Contacté, Dany Vachon nous a adressés à son avocat, Me Yacine Agnaou, qui a dépeint son client surtout comme une victime. « À l’audition devant le Tribunal des marchés financiers (TMF), on fera toute la lumière sur cette affaire », a-t-il dit. Les personnes visées sont convoquées par le TMF pour une audience cet été.

Des dépenses extravagantes pour très peu de résultats concrets  

« Malgré [d’]importantes contreparties, très peu de projets immobiliers se sont concrétisés entre la fondation de ROI en juin 2013 et le mois de février 2018 », allègue l’AMF dans son recours.

L’ex-dragon Dany Vachon, entre autres, aurait pourtant sollicité de petits épargnants « non qualifiés », dont des Québécois, pour investir dans ROI Land, sans détenir les permis appropriés, selon les allégations de l’AMF.

Des dépôts effectués pour l’achat de terrains en Colombie-Britannique, au Texas, au Colorado et à Dubaï n’auraient mené à aucune transaction concrète, selon l’AMF.

Projet à Beauport

L’adresse que ROI Land donne maintenant à Montréal sur son site internet. Il s’agit d’un espace de travail partagé de la rue Saint-Denis, a-t-on pu constater.

Photo Pierre-Paul Poulin

L’adresse que ROI Land donne maintenant à Montréal sur son site internet. Il s’agit d’un espace de travail partagé de la rue Saint-Denis, a-t-on pu constater.

Par exemple, en 2014, à Québec, la compagnie avait annoncé l’achat d’un terrain de près de deux millions de pieds carrés à Beauport. Aucun immeuble n’est sorti de terre depuis.

Patrick Bragoli et Sébastien Cliche étaient alors administrateurs de ROI lors des premières discussions concernant ce terrain. 

Lors de la transaction, au mois de mars, Cliche et Bragoli détenaient aussi des parts avec d’autres associés, selon nos renseignements, dans la firme qui vendait le site. ROI a tout de même versé 234 709 $ en frais aux propriétaires du terrain pour prolonger la date de transaction, selon des documents de la Securities and Exchange Commission (SEC).

Philippe Germain, qui est le cofondateur de ROI, et Sébastien Cliche avaient de plus droit à un salaire de base de 300 000 $ US par année en plus d’un bonus équivalant à 1,25 % des bénéfices de ROI, selon l’AMF.

Selon des documents de la SEC, la haute direction avait droit à une voiture de compagnie égale à la BMW Série 5. ROI devait aussi prendre en charge des frais d’assurance et d’exploitation.

Une analyse des états financiers a par ailleurs révélé « que les dépenses liées à la rémunération, aux frais de consultation et aux dépenses de voyage représentent entre 32,55 % et 84,8 % » du financement recueilli entre 2014 et 2017.

Pénalités réclamées

L’AMF demande au TMF d’interdire à ROI « toute activité en vue d’effectuer [...] le placement de ses titres » et de lui imposer une amende de 251 000 $.

L’AMF réclame une pénalité administrative de 280 000 $ pour Philippe Germain, de 155 000 $ pour Mathieu Landry-Girouard, de 189 000 $ pour Sébastien Cliche, de 79 000 $ pour Patrick Bragoli, de 25 000 $ pour Dany Vachon et de 15 000 $ à Porfirio Antonio Treminio Centeno.

Landry-Girouard et Bragoli ont limité leurs commentaires. « J’étais un simple exécutant et je leur faisais confiance, j’avais 22-24 ans à l’époque », a répondu Landry-Girouard.

« Les faits principaux reprochés à ROI sont survenus bien après ma courte présidence de six mois entre septembre 2013 et février 2014. Je conteste le bien-fondé de la procédure administrative à mon égard », a souligné Bragoli. 

Philippe Germain n’a pas rappelé Le Journal. « Je n’ai pas de commentaires sur la procédure administrative de l’AMF », nous a écrit Sébastien Cliche.

Des problèmes pour d’autres dragons    

 

  • Caroline Néron   
Grand Prix Canada - Le Grand Soir

Photo Ben Pelosse

Son entreprise de bijoux a fait faillite en 2019 et ses boutiques ont été fermées. 

  

  • Gilbert Rozon   
Appel Gilbert Rozon

Photo Chantal Poirier

L’ancien producteur de Juste pour rire a été visé par de nombreuses allégations d’agressions sexuelles depuis 2017.

  

  • Alexandre Taillefer   
Alexandre Taillefer

Photo d'archives

Taxelco, exploitant de Téo Taxi, a été sauvée de la faillite en 2019 par l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau.

  

  • Richard Speer   
Richard Speer

Photo Chantal Poirier

L’entreprise du producteur des Dragons, Attraction Média, a eu des enjeux de solvabilité en 2020. 

  

  • Martin-Luc Archambault   
Dans l'œil du dragon

Photo courtoisie

Martin-Luc Archambault se serait enrichi avec un logiciel violant la vie privée d’utilisateurs, selon un article de La Presse.