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Coupable d'harcèlement envers la sœur d'Eugénie Bouchard

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Le Montréalais qui harcelait la sœur d’Eugénie Bouchard sur Instagram à coup de centaines de commentaires « très sexuels, très obsessifs et délirants » a appris à la dure que son geste constituait bel et bien une infraction criminelle, lui qui a été reconnu coupable hier.  

« C’est un coup d’envoi. J’espère que les personnalités publiques [qui sont victimes de harcèlement] vont prendre note de ce dossier et que ça encouragera les victimes à dénoncer. Elles peuvent être crues », s'est réjoui le procureur de la couronne, Me Charles Doucet, au palais de justice de Montréal.

Car pendant un an et demi, Danny Arsenault, 42 ans, s’est caché derrière des pseudonymes sur Instagram pour harceler Charlotte Bouchard, la sœur cadette de la joueuse de tennis Eugénie Bouchard, dans le but de la « séduire », a relaté hier la juge Silvie Kovacevich en rendant sa décision. 

Dès que la jeune femme bloquait l’un des comptes, le quarantenaire en ouvrait un nouveau pour recommencer son manège de plus bel. Au total, Arsenault a publié plus de 1800 commentaires harassants, de nature sexuelle, délirante et parfois même violente, sur le réseau social. 

« Il est clair que le fait d'être bloqué du compte de la plaignante signifie que la plaignante ne veut pas de communications provenant de l'accusé, a commenté la magistrate. Malgré ce fait, l'accusé crée de nouveaux sobriquets afin de continuer à afficher des commentaires. »

Michel Bouchard (père) et Charlotte Bouchard

Photo d'archives, Chantal Poirier

Michel Bouchard (père) et Charlotte Bouchard

Pas en sécurité

Certains d'entre eux réfèraient notamment à des lieux que Charlotte Bouchard fréquentait. L'harceleur a même poussé l’audace jusqu’à prendre ses propres pieds en photo devant la boutique où elle travaillait. 

« Elle ne se sent pas en sécurité à Montréal, encore moins pour marcher seule dans la rue, poursuit la juge Kovacevich. L'ensemble des circonstances décrites ne permet qu'une seule conclusion : la crainte exprimée par la plaignante est objectivement raisonnable. »

La magistrate a donc décidé de le déclarer coupable sur toute la ligne, en ordonnant qu’une évaluation de l’accusé soit réalisée avant de rendre sa décision quant à la sentence. 

« Vous faites de graves erreurs de jugement », a laissé tomber l’accusé en se disant « abasourdi » par la décision.

« Je vous conseille d’abandonner la piste de la santé mentale. Je ne suis pas schizophrène. Peut-être que j’ai une personnalité exubérante, folklorique, mais je pense que vous n’êtes pas capable de faire le discernement », s’est emporté Arsenault qui se défendait seul.

Un précédent

De son côté, le procureur de la couronne s’est dit « très satisfait » de cette décision, qui crée un précédent en matière de harcèlement criminel sur les réseaux sociaux. 

« On a une décision judiciaire forte selon moi qui va - je le souhaite -, encourager les victimes de harcèlement criminel à porter plainte », conclut Me Doucet. 

Depuis le début de la pandémie, de nombreux politiciens et célébrités ont été la cible de harcèlement, de menaces ou d’intimidation sur les réseaux sociaux, où certains internautes se permettent des commentaires parce qu’ils se sentent protégés derrière leur écran.