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Un témoignage «excessivement troublant» de l’ombudsman des Forces armées

Bloc Forces canadiennes

Photo d'archives

L’ombudsman des Forces armées canadiennes (FAC) a livré mardi un discours dévastateur sur la gestion des inconduites sexuelles dans l’armée et réclame l’indépendance complète de son rôle. Son témoignage est «excessivement troublant» aux yeux de l’avocat militaire Michel Drapeau.

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«Le scandale d’inconduites sexuelles qui se poursuit dans les Forces armées canadiennes et le ministère de la Défense nationale est en train de passer de la crise à la tragédie», a lancé en guise d’ouverture Gregory Lick, qui a tiré à boulets rouges sur le leadership des deux institutions pendant près d’une heure.

«Je prends ça comme un cri du cœur. Ça fait longtemps que je suis dans le domaine public et j’ai rarement vu quelqu’un dire les choses qu’il a dites», a commenté Me Drapeau, qui a travaillé au sein des FAC pendant 34 ans.

Plombée par une série de scandales depuis le début de l’année pour un problème qui cependant dure depuis plusieurs décennies, l’armée canadienne serait affectée au point où le recrutement et la rétention de militaires présenteraient un risque à la sécurité nationale, selon M. Lick.

«Nos alliés regardent ces événements se dérouler en temps réel. Pire : ceux qui nous veulent du mal regardent aussi», a-t-il averti, décrivant un système qui récompense «l’inaction» plutôt que «l’action».

S’il n’a pas interpellé par son nom le ministre de la Défense Harjit Sajjan, Gregory Lick n’a pas hésité à le blâmer presque aussi sévèrement que les oppositions politiques en Chambre, déclarant notamment que «le concept de responsabilité ministérielle a été absent».

Il en a rajouté une couche en expliquant que «l’inaction du leadership politique à l’intérieur du gouvernement» a «érodé la confiance» des militaires envers leur propre institution.

Une mesure «incontournable»

L’ombudsman a dévoilé un document dans lequel il s’étend sur de longues pages sur le dysfonctionnement du système. Celui-ci contient non pas des «recommandations», a-t-il dit, mais des mesures «incontournables».

La plus grande réforme proposée est celle de renforcer le rôle de l’ombudsman, et de rendre le poste redevable non pas au ministre de la Défense nationale, mais au Parlement directement.

La proposition de M. Lick donnerait à l’ombudsman une «pleine indépendance structurelle et administrative» par rapport au département de la Défense. Il s’agit d’une demande qui était sur la table depuis la création du poste il y a plus de 20 ans, et qui a été soutenue par Me Drapeau.

Photo DIDIER DEBUSSCHÈRE/JOURNAL DE QUÉBEC

«Je n’ai pas confiance que ce coup de canon apportera les changements voulus parce que jusqu’à maintenant, ça tombe dans l’oreille d’un sourd. Il y a un manque de volonté politique et je ne crois pas que le ministre est à la hauteur du défi», a affirmé l’avocat.

Trudeau à la défense

Pressé de répondre aux propos de M. Lick mardi, Justin Trudeau a reconnu que des problèmes qui sévissent au sein de l’armée depuis longtemps, mais a défendu le bilan de son gouvernement pour tenter de redresser la barre.

M. Trudeau a souligné la nomination de la lieutenante-générale Jennie Carignan, qui a reçu le mandat de changer la culture de l'armée canadienne.

Il a aussi rappelé la mise sur pied récente d’un nouvel examen du système de gestion des inconduites sexuelles, qui sera dirigé par l’ex-juge de la Cour suprême Louise Arbour. Cette nouvelle enquête a été vivement critiquée en raison d’une enquête en tout point similaire à celle conclue en 2015 par une autre ex-juge de la Cour suprême, Marie Deschamps.

Le ministre Harjit Sajjan a été blâmé la semaine dernière à la Chambre des communes par tous les partis d'oppositions, qui réclament unanimement sa démission.

Ce qu’il a dit:

- «Nos chefs militaires doivent prendre cette alarme au sérieux. Leur solution ne peut plus se limiter à un autre exercice "de contrôle". Ils doivent examiner rigoureusement la culture qui, enracinée dans les forces armées, a perpétué ces problèmes et prendre des mesures pour réviser en profondeur leurs mécanismes et leurs protocoles internes de recours dans l’intention de regagner la confiance des militaires et de notre pays. Ils n’auront pas la tâche facile.»

- «Des témoins ayant comparu devant le Comité parlementaire au sujet de l’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes ont mis en lumière le fait que les victimes et les témoins sont moins susceptibles de se manifester quand ils doivent faire valoir leur point de vue en passant par un système qu’ils perçoivent comme contribuant à la création des circonstances qui ont mené à l’inconduite ou à la mauvaise gestion qu’ils ont subie.»

- «Les études et les autorités affirment toutes que, pour être efficace, le régime de surveillance ne doit aucunement être assujetti à l’influence et au contrôle de ceux qu’il vise. [...] En dépit d’un accord de principe apparent, tous les efforts faits pour négocier la mise sur pied d’un régime d’indépendance pour le Bureau ont été sabordés par les chefs militaires et les dirigeants du Ministère qui ne voulaient aucunement qu’un organisme extérieur soit autorisé à examiner leur comportement.»

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