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Chauffard qui a tué un employé du MTQ: une peine de 5 ans réclamée

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Les travailleurs du ministère des Transports sont particulièrement vulnérables et doivent être protégés contre les chauffards, a plaidé la Couronne en réclamant cinq ans de pénitencier contre un conducteur saoul qui a causé la mort de l’un d’eux, en plus d’en blesser six autres. 

« [Les victimes] étaient des personnes vulnérables qui ne faisaient que leur travail, ils mettent leur sécurité, et même leur vie en péril dans l’exercice de leurs fonctions », a lancé la procureure de la Couronne Me Anik Archambault, ce mercredi au palais de justice de Montréal.

Me Archambault s’exprimait ainsi dans le dossier de Vincent Lemay, un homme de 41 ans qui avait pris la mauvaise décision de prendre le volant après avoir beaucoup trop bu dans un bar, en février 2018. Or, s’il croyait avoir « une bonne tolérance à l’alcool », il a réalisé beaucoup trop tard que ce n’était pas le cas.

Rendu au rond-point Dorval sur l’autoroute 20, il n’a pas ralenti devant un chantier de construction. Et quand une conductrice qui n’a rien à se reprocher a tenté de changer de voie devant lui, une collision est survenue, projetant un des véhicules sur les travailleurs. L’un d’eux, Stéphane Lebel, est décédé, tandis que six autres ont été blessés. L’autre conductrice a aussi subi des blessures.

« Dans les secondes précédant la collision, il a accéléré, a rappelé Me Archambault. Il n’avait pas adapté sa conduite malgré la présence du chantier et malgré que les victimes étaient dans une situation particulièrement vulnérable. »

Des tests ont par la suite permis de déterminer que Lemay avait un taux d’alcool plus de deux fois supérieur à la limite permise.

Mauvais choix

Lors des plaidoiries sur la peine, hier, Lemay s’est confondu en excuses pour son irresponsabilité. État lui-même un travailleur de la construction, il s’est dit conscient des conséquences de son crime.

« Je me sens très mal, j’ai vraiment pris une décision ce soir-là, a-t-il dit. J’aimerais ça prendre la place des victimes. J’ai travaillé sur des autoroutes, je suis conscient des dangers, on est tous des hommes de famille. J’assume à 100 %. »

C’est que juste avant, des victimes et des proches du défunt ont livré de vibrants témoignages.

« Toutes les victimes ont eu la malchance d’être au mauvais endroit au mauvais moment », a dit la sœur du défunt dans une lettre lue à la cour.

La mère de M. Lebel a pour sa part rappelé la douleur de perdre un fils, qui a laissé un vide dans sa vie.

« Jamais je ne pourrais oublier le coup de téléphone au milieu de la nuit pour m’annoncer le décès, a-t-elle écrit dans une lettre. [Lemay] a été le bourreau de mon fils et de mes petits-enfants. »

Monsieur Tout-le-monde

Pour la Couronne, le tribunal doit envoyer un message fort voulant que l’alcool au volant n’est pas toléré. Car même si ce fléau n’est pas nouveau, trop de gens encore ne comprennent pas le danger de conduire saoul.

« Monsieur et madame Tout-le-monde doivent savoir que s’ils causent la mort alors qu’ils ont les facultés affaiblies, ils seront punis, même s’ils ont un dossier sans tache et qu’ils se sont toujours comportés en honnêtes citoyens », a-t-elle plaidé en citant des jugements dans des causes similaires.

Me Archambault a également déploré que des années de reportages à ce sujet, de campagnes publicitaires et de rencontres dans des écoles n’aient toujours pas réussi à enrayer le fléau. 

« Il y a toujours quelqu’un qui va causer l’irréparable », a-t-elle dit.

Mais si elle réclame 5 ans d’incarcération et 5 ans d’interdiction de conduire, la défense croit que la suggestion est trop élevée.

Parlant « d’accident » même s’il s’agit d’une collision évitable et causée par l’irresponsabilité de son client qui en est le seul responsable, il a affirmé que Lemay n’était pas le seul à blâmer.

« La signalisation n’était pas adéquate, la conductrice [qui changeait de voie] a une part de responsabilité », a plaidé Me Richard Dubé pour tenter d’atténuer la responsabilité de son client, même si c’est lui, et lui seul, qui a été déclaré coupable.

Ainsi, l’avocat suggère une peine de 3 ans de détention, d’autant plus que son client n’a aucun antécédent criminel.

« Les gens doivent comprendre que ce n’est pas rien pour M. Lemay, a-t-il dit. Ce n’est pas rien pour un bon citoyen. »

Le juge Pierre Dupras rendra sa décision en septembre.