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Discothèques et vaccin COVID: une étude sur la fièvre du samedi soir

Danser sur la musique du DJ Laurent Garnier pour faire avancer la recherche sur le COVID: deux semaines avant la réouverture des discothèques, une expérimentation aura lieu samedi à Paris pour y évaluer le risque de transmission chez des fêtards non masqués mais vaccinés.

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Baptisée «Reviens la nuit», cette expérience a pour but d'évaluer «la transmission du SARS-CoV-2 lors d'événements ‘’clubbing’’ en intérieur, à jauge pleine, chez des gens vaccinés», a expliqué le coordinateur du projet, le Dr Jérémy Zeggagh, mercredi lors d'une visioconférence.

Cette expérimentation, dont les résultats sont attendus fin juillet, intervient quinze jours avant la réouverture des discothèques le 9. Elle n'aura donc pas d'incidence sur les mesures déjà annoncées: vaccination ou test négatif, jauge de 75% du public, port du masque recommandé.

Mais elle peut «apporter des réponses scientifiques pour pouvoir adapter ces mesures» après l'été, espère une autre responsable, la Dr Jeanne Goupil.

«On est trois jeunes infectiologues et au moment du plan de déconfinement, on s'est rendu compte que les boîtes étaient les grandes oubliées», en raison d'un manque de données scientifiques, souligne le Dr Zeggagh.

Pilotée par l'agence de recherche ANRS/Maladies infectieuses émergentes avec l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris), l'expérience aura lieu de 23h00 samedi à 06 heures du matin dimanche, dans deux salles, le Cabaret sauvage (XIXe arrondissement) et la Machine du Moulin Rouge (XVIIIe).

Les soirées y seront animées par des DJ réputés: le vétéran Laurent Garnier, Étienne De Crécy, Pedro Winter, Kiddy Smile, Chloé, Bambounou, Mad Rey, Roni et Rag.

4 400 volontaires à recruter

Au total, 4 400 volontaires de la région parisienne âgés de 18 à 49 ans doivent être recrutés d'ici samedi. Il faut qu'ils soient complètement vaccinés (deux doses ou une seule pour ceux qui ont déjà eu le COVID, le tout depuis au moins 14 jours) et n'aient pas de comorbidités qui les expose à un risque de forme grave.

Seuls 2 200 de ces volontaires participeront aux soirées, sur tirage au sort. Cela permettra de comparer les deux situations pour savoir si le fait d'avoir été en discothèque augmente le risque de contamination.

Pour cela, les volontaires devront faire un test PCR (par prélèvement de salive) dans les trois jours avant la soirée, puis un deuxième sept jours après.

L'entrée ne sera pas conditionnée au résultat du test, même s'il est positif malgré la vaccination. En effet, l'objectif est d'obtenir «des informations sur la transmission chez les personnes vaccinées», selon le Dr Zeggagh. Les participants pourront même consommer normalement au bar.

Dans le même ordre d'idée, un concert-test d'Indochine avait été organisé le 29 mai à Bercy, mais cette fois avec 5 000 spectateurs testés négatifs et masqués, sans accès au bar. Les résultats de cette première expérimentation sont attendus début juillet.

«C'est Laurent Garnier qui m'a passé un coup de fil et m'a parlé de ce projet. J'ai tout de suite accepté», raconte Pedro Winter, manager de Daft Punk à ses débuts.

Selon lui, cela peut permettre de «soutenir le secteur des clubs et des discothèques, qui a été un peu muselé depuis plus d'un an».

Secteur toujours fermé

En France, il s'agit du seul secteur resté fermé depuis le début de la pandémie, soit 15 mois. Il a donc accueilli avec soulagement l'annonce de la réouverture du 9 juillet, ainsi que de la reprise des concerts avec du public debout le 30 juin.

Ces réouvertures ont à l'inverse suscité des critiques dans le milieu médical, puisque les lieux en intérieur sont particulièrement à risque, surtout si la ventilation n'est pas suffisante.

Le délai de trois jours pour le recrutement est court, mais «on est assez confiant vu l'affiche et les communautés de fans», a assuré le troisième responsable, le Dr Liem Binh Luong Nguyen.

Les candidats peuvent postuler sur le site www.revienslanuit.org. Et les organisateurs comptent aussi sur les étudiants en médecine et les professionnels de l'AP-HP, vaccinés depuis longtemps.

D'un bout à l'autre, le processus dure dix jours, avec les deux prélèvements et la soirée. Le recrutement vise donc «des gens engagés», souligne la Dr Goupil: «L'idée n'est pas de participer à une soirée mais bien à un projet de recherche».

«Nous, on y va pour faire danser les gens jusqu'au bout de la nuit, ce qu'on n'a pas fait depuis longtemps: moi je me couche à 21h00 depuis un an!», plaisante de son côté Pedro Winter.

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