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Une fête du Canada qui baigne dans le malaise

À une semaine de la fête du Canada, le gouvernement fédéral ne sait pas sur quel ton entamer les célébrations, alors que les drapeaux sont toujours en berne d’un océan à l’autre à la mémoire des 215 enfants autochtones enterrés sur le site d’un pensionnat en Colombie-Britannique. 

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En quelques endroits au pays, la fête du Canada est même remise en cause. La ville de Victoria, en Colombie-Britannique, a ouvert le bal en annulant des activités entourant le «Canada Day», une initiative qui a été suivie par deux autres municipalités de la province dans les derniers jours, et qui risque de faire écho ailleurs au pays.

O’Toole contre le «démantèlement» du Canada

Réuni en cette dernière journée de la session parlementaire, le caucus conservateur a eu droit à un discours du chef Erin O’Toole dans lequel il a déclaré que «le chemin vers la réconciliation, le chemin vers l’égalité, le chemin vers l’inclusion n’implique pas le démantèlement du Canada».

«Je suis préoccupé par le fait que les injustices de notre passé ou du présent sont trop souvent saisies par un petit groupe d'activistes qui s'en servent pour attaquer l'idée même du Canada», a-t-il lancé à ses députés en réponse aux nouvelles concernant les annulations de la fête du pays.

«En tant que personne qui a servi le Canada et qui demandera bientôt la confiance pour diriger notre pays, je ne peux pas rester silencieux lorsque des gens veulent annuler la fête du Canada», a poursuivi M. Toole.

«Nous ne sommes pas un pays parfait. Aucun pays ne l'est. Il n'y a pas un endroit sur cette planète dont l'histoire puisse résister à un examen minutieux. Mais il y a une différence entre reconnaître nos échecs. Il y a une différence entre la critique légitime et toujours vouloir le démantèlement du pays, être toujours du côté de ceux qui dénigrent le Canada, toujours voir le mal et jamais le bien.»

Des sentiments «partagés» au gouvernement

Ultimement, la décision de hisser ou non l’unifolié au sommet des mats le 1er juillet revient entre les mains du premier ministre, mais aucune annonce n’a encore été faite en ce sens. La mise en berne a été ordonnée le dimanche 30 mai dernier et jusqu'à nouvel ordre, quelques jours après la découverte de Kamloops.

Néanmoins, le ministre des Affaires autochtones, Marc Miller, a ouvert mercredi une fenêtre sur l’état d’esprit qui domine au gouvernement. Il s’est dit «partagé» sur les célébrations et dit comprendre «à quel point [elles] peuvent être blessantes» pour les communautés autochtones dans le contexte actuel.

«C’est dans un état de réflexion que j’aborde la fête du Canada et ce que cela représente pour les peuples autochtones. [...] Il y a beaucoup de Canadiens qui veulent célébrer ce que je crois être un des meilleurs pays au monde, mais pour plusieurs cela n’est pas une réalité qu’ils partagent. [...] Avec du recul, je crois que c’est ce qui fait que le Canada peut se regarder dans le miroir et se dire que nous ne sommes pas parfaits», a déclaré le ministre Miller.

Lui qui vient du Québec, «où la fête du Canada est parfois controversée aussi», il estime que «le temps n’est pas à l’exubérance» pour la fête du Canada, mais à la «réflexion».

La ministre des Relations Canada-Couronne, Carolyn Bennett, abonde dans le même sens que son collègue et a annoncé «un été complet de réflexion». Elle sera toutefois de la partie «afin de célébrer le meilleur pays au monde, mais qui a fait d’horribles erreurs».

Elle sera pour l’occasion vêtue d’un t-shirt orange, la couleur adoptée par les communautés autochtones pour commémorer le système des pensionnats autochtones, en vue de la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada, le 30 septembre prochain.

L’adoption de cette nouvelle journée fériée au Parlement a eu lieu le même jour que la confirmation de la découverte des dépouilles de 215 à Kamloops, le 28 mai dernier.