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Assurance-emploi: les malades du cancer laissés-pour-compte, déplore une Lavalloise

Photo AGENCE QMI, Alexe-Sandra Daigneault

Après avoir survécu à trois cancers entre 2003 et 2008, une Lavalloise a été choquée de réaliser à quel point les victimes de cette maladie sont laissées à elles-mêmes et milite depuis pour une réforme des prestations de maladie de l’assurance-emploi.

«Si ma fille a la leucémie, par exemple, j’ai droit à 35 semaines de prestations. Par contre, si moi j’ai un cancer je n’ai droit qu’à 15 semaines, ce qui ne fait aucun sens», a expliqué Marie-Hélène Dubé, en entrevue.

Forcée d’hypothéquer sa maison à trois reprises afin de pouvoir prendre le temps de guérir, la criminologue de 50 ans se bat donc depuis 2009 pour exiger la réforme du programme de prestations de l’assurance-emploi, qui n’a pas été modernisé depuis 1971.

«À l’époque, les gens mouraient quand ils avaient un cancer, a-t-elle souligné. Aujourd’hui, les taux de survie ont beaucoup augmenté, mais il n’y a pas plus d’aide. Les gens s’endettent, ils se retrouvent sur l’aide sociale et ça crée des problèmes de pauvreté, de maladie mentale, de toxicomanie et de difficultés d’apprentissage qui se transmettent sur cinq à sept générations. Ça coûte très cher à la société.»

La plus importante pétition au Canada

Afin de faire pression sur les gouvernements fédéraux qui se succèdent depuis 12 ans, Marie-Hélène Dubé a lancé une pétition signée par près de 620 000 Canadiens, ce qui en fait la pétition la plus importante au pays.

La campagne «15 semaines, ce n’est pas assez!» a alors reçu le soutien de plusieurs politiciens, tels que l’ancien député de Bourassa et ex-maire de Montréal, Denis Coderre, le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Pablo Rodriguez, ou encore Claude DeBellefeuille, députée de Salaberry-Suroît et whip en chef des députés bloquistes.

Grâce à eux, Mme Dubé a pu discuter de sa cause avec le premier ministre Justin Trudeau, dont les promesses sont finalement tombées à l’eau.

«Après notre rencontre, j’avais l’impression que le gouvernement s’enlignait sur 40 ou 45 semaines de prestations, ce qui correspond aux études qui disent que les malades du cancer ont besoin d’un minimum de 41 semaines pour se rétablir. Dans le dernier budget, les libéraux ont toutefois annoncé que les prestations seraient de 26 semaines à partir d’août 2022», a déploré la résidente de Laval.

Une fausse bonne nouvelle

Selon Marie-Hélène Dubé, cette réforme laisserait 77% des malades dans le besoin, tout en permettant aux libéraux de se débarrasser du dossier de l’assurance-emploi.

«Si c’est adopté, ça risque de rester comme ça pendant un autre 50 ans», a-t-elle dénoncé. «Ils disent qu’ils vont faire ça étape par étape, mais je n’y crois pas, parce qu’il y a toujours quelque chose comme la pandémie ou la désuétude de leur système informatique. C’est décourageant.»

Le seul espoir de Mme Dubé reste les consultations publiques prévues pour l’automne, au cours desquelles les citoyens auront la chance de contester la réforme de 26 semaines.

«Il reste un an pour faire changer le gouvernement d’idée. Il faut que la population mette de la pression, parce que si ça passe, je ne pense pas que je vais être capable de me battre pendant un autre 12 ans...», a-t-elle fait valoir.