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Les sex-shops séduisent une toute nouvelle clientèle de Québécois depuis le début de la pandémie

Dr Point G

Photo Chantal Poirier

Que ce soit pour pimenter sa relation de couple ou se découvrir soi-même, les jouets sexuels attirent une nouvelle clientèle depuis le début de la pandémie, constatent des boutiques érotiques.

« Il y en a qui nous disent qu’ils n’auraient jamais osé aller dans un sex-shop de leur vie parce qu’ils sont beaucoup trop gênés, mal à l’aise. Le fait d’être chez soi, derrière son ordinateur, ni vu ni connu, ça enlève toute la gêne », note Joanie Grenier, formatrice et animatrice pour les boutiques Éros et compagnie.

En pleine saison creuse, les ventes vont bon train pour les boutiques érotiques, qui ont dû se réinventer en ligne pour répondre à la hausse des ventes de la dernière année. Plusieurs d’entre elles se sont d’ailleurs munies d’une option de clavardage anonyme, pour faciliter les échanges avec des conseillers, ce qui semble avoir attiré une clientèle plus réservée ou âgée, qui n’avait jamais osé s’y intéresser. 

Clientèle novice ou gênée

« Souvent, ce sont des dames un peu plus âgées qui vont écrire dans les commentaires de la commande : “S.v.p. colis discret” », relate Johanne Savard, copropriétaire de la boutique érotique Les Jambes en l’air, à Jonquière. « Il y a vraiment une ouverture. »

Le phénomène ne surprend pas du tout la sexologue Laurence Desjardins, qui compare l’émergence d’une nouvelle clientèle à l’arrivée de la pornographie en ligne.

« Les achats en ligne viennent toujours faciliter l’accès. Avant, la pornographie n’était accessible que dans un magasin spécifique. Il fallait louer la cassette, acheter le magazine. Il fallait être vu. Maintenant, les gens se disent : “Je vais essayer, personne ne va savoir” », illustre-t-elle.

Elle croit que la solitude peut en avoir incité certains à se trouver des solutions de rechange, puisque de nombreux célibataires ont tenu à respecter les mesures sanitaires.

« C’est long un an sans contacts sexuels, sans intimité », commente la sexologue.

Plusieurs couples se sont aussi tournés pour la première fois vers des jeux érotiques ou de la lingerie pour pimenter la relation, remarquent les boutiques.

« La pandémie affecte la libido. On sait qu’on a envie du conjoint, mais on se voit tout le temps habillés en mou, et on n’a plus rien de nouveau à se raconter, remarque Mme Desjardins. Il faut essayer du nouveau pour faire différent, parce qu’en ce moment, il n’y a rien de différent. »

Briser le stigma

La sexologue voit d’un bon œil cette ouverture à la sexualité et la diminution du stigma (préjugé) envers les jouets sexuels.

« Il y a des jouets sexuels qui n’ont pas du tout l’air de pénis, de vulve ou d’orifice quelconque, qui sont fabriqués dans des tons très discrets et qui peuvent se placer dans un tiroir sans être confrontant. On est loin du dildo beige ou brun nervuré », fait-elle remarquer.

Certains sont même conçus pour répondre à des difficultés physiques ou à des handicaps. « L’érotisme, ça n’a pas à être vulgaire. Il y a tellement de possibilités », conclut Johanne Savard.

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