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Crise du logement : les villes du Québec sous haute pression

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JuanLurduy - stock.adobe.com

Plus de huit villes québécoises sur dix traversent une crise majeure du logement, selon des données compilées par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) à notre demande. 

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Ces données, les plus récentes, montrent que la très grande majorité des localités de plus de 10 000 habitants de la province (82 %) affichaient en octobre dernier un taux d’inoccupation inférieur au seuil psychologique de 3 % à partir duquel la rareté des logements apparaît. Une quinzaine d’entre elles se trouvaient même sous 1 % d’inoccupation, un seuil où les logements abordables sont pratiquement inexistants.

La situation se détériore à peu près partout au Québec.

Marieville, en Montérégie, par exemple, qui affichait un taux d’inoccupation du logement locatif de 2,4 % en octobre 2019, n’atteignait plus qu’un maigre 0,1 % un an plus tard.

Scénario similaire à Rimouski, dans le Bas-Saint-Laurent, où le taux d’inoccupation est passé de 2,6 à 0,9 % en l’espace d’une année. Quant aux municipalités de Rawdon, dans Lanaudière de même que Prévost et Sainte-Sophie, dans les Laurentides, le taux d’inoccupation s’établit à 0 %.

Des conséquences concrètes pour les familles

En Estrie, à l’Association de locataires de Sherbrooke, Normand Couture et sa petite équipe font des pieds et des mains pour aider les familles toujours sans logement à l’approche du 1er juillet. «C’est catastrophique», affirme-t-il sans hésiter. Avec un taux d’inoccupation de 1,3 %, il s’attend au pire pour les ménages à faible revenu que son association accompagne.

S’ils ne trouvent pas de logement d’ici le 1er juillet, les ménages seront logés dans des motels jusqu’à la mi ou fin juillet, grâce à l'appui de la Ville.

«Depuis 2003, c’est environ 20 familles en moyenne par année qui se retrouvent sans logement au 1er juillet. L’année dernière, nous en avions 42 et cette année, on s’attend à ce que ce soit 60», estime M. Couture, qui déplore par ailleurs la hausse du prix des loyers. «Un quatre et demi se louait 616 $ par mois en moyenne l’an passé à Sherbrooke. Cette année, c’est 922 $ par mois.»

Des promoteurs surchargés

La situation n’est pas plus réjouissante à Granby où le taux d’inoccupation atteint un maigre 0,2 %, selon la SCHL.

«C’est tout simplement un manque d’intérêt de la part des promoteurs pour la construction de logements locatifs», explique l’urbaniste principal de la Ville de Granby, Dominique Desmet.

La demande pour l’unifamilial est très forte, observe-t-il. «On construit des quatre, des six et des huit logements, mais c’est souvent sous forme de condominiums», précise M. Desmet signifiant que ce marché ne répond pas aux besoins des locataires.

Les Îles de la Madeleine : un cas particulier

À l’autre bout de la province, les Îles de la Madeleine affichent un taux d’inoccupation de 0 %, une donnée qui n’étonne pas le maire Jonathan Lapierre. «Les Îles ont toujours été un marché de propriétaires et non de locataires. [...] Il n’y en a pas d’immeubles à logements aux Îles, [il n'] y en a jamais eu.»

La Ville s’adapte toutefois à la nouvelle demande des ménages pour les logements locatifs. « Depuis trois, quatre ans, on a investi énormément dans la communauté pour stimuler la construction de logements locatifs. Juste cette année, c’est un million qu’on a investi en subventions non remboursables pour stimuler la construction», soutient le maire Lapierre.

Des marchés épargnés

Quelques municipalités restent épargnées par la crise. À Sept-Îles, Dolbeau et La Tuque, par exemple, même si là aussi le taux d’inoccupation baisse, il demeure tout de même nettement au-dessus du seuil de 3%.

Quant aux grandes agglomérations de la province, alors que la situation s’améliore dans la grande région de Montréal où le taux d’inoccupation a augmenté entre 2019 et 2020, elle est demeurée relativement stable à Québec et dans la région de Gatineau.

Lundi, TVA Nouvelles rapportait que, selon le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), environ 360 ménages locataires n’avaient pas encore signé de bail pour le 1er juillet à l’échelle du Québec.

Top 10 des villes de 10 000 habitants et plus : 

Rang Ville Octobre 2019 Octobre 2020 

  1. Îles de la Madeleine 1,9 0 
  2. Prévost ND 0 
  3. Rawdon 1,1 0 
  4. Sainte-Sophie ND 0 
  5. Marieville 2,4 0,1 
  6. Granby 0,9 0,2 
  7. Saint-Charles-Borromée/Notre-Dame-des-Prairies 0,5 0,3 
  8. Joliette 1,3 0,4 
  9. Sainte-Marie 2,8 0,4 
  10. Saint-Georges 1,4 0,6  

Des villes épargnées par la crise 

Ville Octobre 2019 Octobre 2020 

  • Thetford Mines 6,7 4,3 
  • Sept-Îles 7,2 5,8 
  • Dolbeau 6,2 5,4 
  • La Tuque 8 5,5 
  • Shawinigan 5,2 5,2  

Les grandes agglomérations 

Ville Octobre 2019 Octobre 2020 

  • Grand Montréal 1,5 2,7 
  • Ottawa-Gatineau 1,5 1,6 
  • Québec 2,4 2,7  

Source : Société canadienne d’hypothèques et de logement

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