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Ruinés par un promoteur véreux

Quelques-unes des victimes devant l’un des terrains de l’entreprise qui les a floués.

Photo Pierre-Paul Poulin

Quelques-unes des victimes devant l’un des terrains de l’entreprise qui les a floués.

Une centaine de familles dans la région de Laval ont vu leur vie s’écrouler la semaine dernière lorsqu’un promoteur immobilier, qui fait maintenant l’objet d’une plainte à la police, a déclaré faillite et a disparu.

« Si ce n’était pas de ma fille de deux mois et de mon mari, je ne sais pas si je serais encore ici », confie avec émotion Jenna Quach, 32 ans.

Elle est devenue, au cours des derniers jours, la porte-parole des victimes de Luc Perrier, un promoteur immobilier à la tête de l’entreprise Bel-Habitat.

Il aurait encaissé pour plus de 17 M$ en mises de fonds auprès d’au moins 106 familles à Laval, à Blainville et à Saint-Eustache, selon le groupe qui s’est formé à la suite de la faillite du promoteur.

« On a tous reçu sa lettre la semaine dernière, comme quoi son entreprise faisait faillite. En une journée, nos maisons de rêve que l’on planifiait depuis des années ont disparu. On a aussi perdu toutes nos économies. Moi, j’accumule pour ce projet depuis mes 18 ans », s’indigne Jenna Quach.

La fausse économie  

Luc Perrier aurait utilisé un stratagème pour inciter les acheteurs à déposer une mise de fonds plus importante. Certains clients auraient même avancé jusqu’à 750 000 $.

« Il demandait de faire un dépôt de 20 % de la maison, par exemple, pour obtenir un rabais de 20 000 $ sur le prix final payé pour la construction. Plus le dépôt était gros, plus le rabais l’était aussi. Et maintenant, il a encaissé l’argent de tout le monde et on est sans nouvelles de lui », explique Mme Quach.

Le hic, c’est qu’aucune des 106 familles laissées en plan n’a la garantie de retrouver son argent, selon l’organisme Garantie de construction résidentielle (GCR).

« En effet, la GCR rembourse des acomptes sur une maison pour une somme maximale de 50 000 $. Il ne faut jamais donner plus que ça à un promoteur immobilier. On a reçu près de 70 plaintes liées à Bel-Habitat durant les derniers jours. Beaucoup de personnes ont appelé en pleurant cette semaine. C’est horrible », souligne François- William Simard, de chez GCR.

« C’est probablement le plus gros dossier qu’on a traité depuis la création de notre organisme en 2015. On veut donner toute l’aide possible aux clients dans cette situation. On a même une ligne juste pour les clients de Bel-Habitat désormais », ajoute-t-il.

Par ailleurs, la GCR confirme au Journal avoir déposé une plainte jeudi dernier contre le promoteur immobilier au bureau du Service de police de Laval.

Entrevue Ghislain Larochelle, chroniqueur immobilier au Journal de Montréal/Journal de Québec

Des plans brisés  

Henri Tang est lui aussi une des victimes de l’entreprise Bel-Habitat, désormais ruinée et sans solution.

« Mes plans de vie sont maintenant brisés. Je voulais emménager dans la maison pour fonder une famille, comme plusieurs, avec ma partenaire. J’ai même vendu ma première maison pour emménager dans ma nouvelle demeure. Plusieurs clients de Luc Perrier ont maintenant des idées noires », raconte-t-il.

Henri Tang implore désormais le gouvernement de venir aider financièrement la centaine de ménages comme le sien qui vit un calvaire et qui se retrouve à la rue. 

« On avait confiance en lui. Plusieurs familles flouées ont [fait] des études supérieures. Ça peut vraiment arriver à n’importe qui », laisse tomber le jeune homme.


« Il a vendu des terrains à des acheteurs en promettant d’y construire une maison. Mais on a appris que certains terrains ne lui appartenaient même pas. »

– Jenna Quach

« C’est un drame humain, rien de moins. Plusieurs ont eu des idées suicidaires. Ce n’est pas juste une maison perdue. Ce sont tous nos plans de vie et nos économies qui ont disparu. »

– Henri Tang

« Les gens qui nous appellent au service à la clientèle pour parler des problèmes avec le promoteur sont en pleurs. Ils sont en détresse. On va tout faire pour les accompagner. »

– François-William Simard, de la Garantie de construction résidentielle