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Une famille véreuse de frère en frère chez Bel-Habitat

104 familles détruites

Pierre-Paul Poulin / Le Journal

Le promoteur immobilier Bel-Habitat qui a anéanti le rêve d’une centaine de familles à Laval a déjà embauché dans son entreprise controversée son grand frère, un ex-comptable emprisonné pour avoir été le complice d’un «génie de la fraude».

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Depuis que Le Journal a annoncé cette semaine que le promoteur Luc Perrier a disparu avec au moins 17 millions $ d’acomptes appartenant à une centaine de ses clients, plusieurs éléments sombres de son passé refont surface. 

Luc Perrier

Photo courtoisie

Luc Perrier

M. Perrier a été radié en 2010 de la Chambre de la sécurité financière durant 10 années pour s’être placé en conflit d’intérêts avec des clients. Selon le Registre des dossiers de faillite et d'insolvabilité, il a été libéré d’une première faillite en 1996 et la libération d'une seconde a été suspendue en 2007. 

«C’est sûr que notre système est brisé quelque part. On se demande tous comment quelqu’un avec ce passé peut être en affaires avec l’argent d’autant de familles et sans qu’on le signale», dénonce Manon Francoeur, victime du stratagème de Luc Perrier. 

Selon l’organisme Garantie de construction résidentielle (GCR), 125 clients ont été touchés par la faillite du promoteur immobilier Bel-Habitat survenue du jour au lendemain en juin dernier. 

«Génie de la fraude»   

Selon nos informations, le bras droit de Luc Perrier dans l’entreprise Bel-Habitat fut son frère Serge Perrier. Ce dernier, un ancien comptable, est un grand habitué des transactions malhonnêtes. Il a été condamné en 2013 à quatre ans de prison notamment pour fraude, vol et gangstérisme. 

À l’époque, un jury a reconnu Serge Perrier coupable puisqu’il était complice de Ronald Chicoine, surnommé le «génie de la fraude» au moment de la condamnation. M. Chicoine avait mis sur pied un ingénieux système de fausses facturations dans le milieu de la construction et d’auto-prêts avec des sociétés fictives à l’étranger. Serge Perrier avait participé à ce stratagème frauduleux qui a atteint 4,5 M$ entre septembre 2006 et novembre 2008. 

Serge Perrier

Photo tirée de Facebook

Serge Perrier

Selon des documents publics consultés par le Journal, Ronald Chicoine est aussi lié à son petit frère, Luc Perrier. Ce dernier avait emprunté à Chicoine la coquette somme de 94 900$. C’est, entre autres, pour cette raison qu’il a été radié en 2010 de la Chambre de la sécurité financière pour conflits d’intérêts. Il avait aussi emprunté diverses sommes totalisant près de 300 000 $ à plusieurs clients, dont M. Chicoine. 

Par ailleurs, les frères Perrier ont travaillé ensemble, main dans la main, dans l’entreprise Bel-Habitat. Luc aurait même versé un salaire à son frère Serge pendant qu’il était derrière les barreaux. Notons que Serge Perrier est mort en 2016 à l’âge de 55 ans.

En eaux troubles   

L’organisme Garantie de construction résidentielle (GCR) s’est engagé hier à rembourser, sous certaines conditions, une partie de l’acompte versé par les 125 clients touchés par la faillite du promoteur immobilier Bel-Habitat de Laval.

Manon Francoeur, victime de Luc Perrier, affirme que les clients du promoteur «veulent savoir pourquoi aucune institution n’a levé de drapeau rouge en voyant la feuille de route du propriétaire de Bel-Habitat». 

«Par rapport à la faillite, l’obligation qu’on a pour donner une accréditation à un entrepreneur [...], on doit s’assurer que la personne est libérée de toutes faillites personnelles ou qu’elle n’a pas été impliquée dans une faillite d’entreprise de construction depuis au moins trois ans», se défend» François-William Simard, de chez GCR. 

«Je vous rappelle que l’entreprise Bel-Habitat n’avait pas d’antécédent dans nos dossiers», ajoute-t-il. 

Un stratagème dénoncé  

Luc Perrier aurait utilisé un stratagème pour inciter des acheteurs à déposer une mise de fonds plus importante pour leur maison. Certaines familles auraient même avancé jusqu’à 750 000 $ au promoteur.

Par exemple, pour un dépôt de 20 % de la maison, un client pouvait obtenir un rabais de 20 000$ sur le prix final payé pour la construction. Le hic, c’est qu’aucune des familles laissées en plan n’a la garantie de retrouver la totalité à Bel-Habitat. 

Photo Pierre-Paul Poulin

En effet, l’organisme Garantie de construction résidentielle (GCR) peut seulement rembourser des acomptes sur une maison pour une somme maximale de 50 000 $.

Mentionnons que Luc Perrier a coupé les ponts avec tous ses clients et ses employés. Tous ignorent où il se cache désormais. Nos nombreuses demandes d’entrevue avec Luc Perrier sont d’ailleurs restées sans réponse hier. 

«Moi, j’ai mis 140 000$ dans ma maison. Même avec le remboursement de la GCR, j’ai perdu 90 000$ dans ce projet. Ce sont les économies d’une vie et mes rêves que j’ai perdus. Je dois maintenant vivre dans un 4 et demi avec mes quatre enfants. C’est horrible», conclut Manon Francoeur. 

– Avec Marie Christine Trottier