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Les consultations pour l’obésité infantile explosent

Maison de santé prévention

Photo Pierre-Paul Poulin

Le nombre de jeunes Québécois aux prises avec l’obésité est devenu si problématique qu’un organisme de santé a vu son nombre de demandes de consultation exploser dans la dernière année.

«On travaille d’arrache-pied, bénévole, les soirs, les fins de semaine», lâche la pédiatre de la Maison de santé prévention (MSP), Dre Julie St-Pierre. L’organisme, qui regroupe divers professionnels de la santé, offre plusieurs services comme des suivis pour la nutrition ou encore le diabète.

Le nombre de consultations concernant l’obésité infantile pour les jeunes âgés généralement entre deux et 18 ans a bondi de 800% dans la dernière année. Au mois de janvier 2021, la MSP a compté 70 nouvelles demandes, par rapport à environ 8, habituellement. Il s’agit historiquement de la période la plus achalandée.

Cette tendance se fait sentir dans d’autres établissements. Au Centre d'excellence sur l'obésité sévère chez les adolescents de l'Hôpital de Montréal pour enfants, le nombre de demandes de consultation a plus que doublé entre 2018 et 2021.

Perte de contrôle

La pandémie, «a amené beaucoup de difficultés: perte de routine, difficulté des parents à jongler entre télétravail, gestion des enfants, de l’école à distance», explique Maude Sirois, infirmière clinicienne à la MSP.

Le nouveau train de vie de plusieurs familles a limité l’activité physique et a augmenté l’isolement social. Chez certains de ses patients, Mme Sirois dit avoir observé notamment une «perte complète de routine, perte de contrôle parental».

Avec le confinement, «beaucoup, beaucoup de dépendance aux écrans s’est développée, mentionne-t-elle. Les gens ne savent plus comment retourner à un encadrement avec des limites claires».

Pas qualifiés

La recrudescence des enfants obèses rappelle que les professionnels de la santé, toutes disciplines confondues, doivent être mieux formés en matière de nutrition, croit Dre Julie St-Pierre.

«Il faut éduquer la population [sur le fait] que [l’obésité] est une maladie respectable, comme toutes les autres», dit-elle.

«Quand tu regardes les études, un médecin sur deux se dit “pas qualifié” pour conseiller ses patients en nutrition. Ils ne remplacent pas les nutritionnistes, mais c’est juste pour initier l’intérêt du patient», affirme la professeure à l’Université McGill.

D’ailleurs, pour une première fois au Québec, avance Dre St-Pierre, cette notion sera intégrée sous forme de cours au programme de formation des médecins à l’Université McGill, en abordant, notamment, l’activité physique, le sommeil et le temps d’écran.

Dès septembre, des étudiants apprendront à conseiller des patients au rythme d’une journée par semaine à la Maison de santé prévention, qui serait unique en son genre au Québec.

Le Collège des médecins précise qu’«en ce qui concerne la résidence en médecine de famille, le trouble alimentaire fait partie des sujets prioritaires établis par le Collège des médecins de famille du Canada et qui doivent être couverts lors de la résidence», soutient-on.

Quand la honte fait place à la fierté de son corps  

Une adolescente de 16 ans veut lancer un message d’espoir aux jeunes Québécois souffrant d’obésité infantile qui ont dû composer avec l’isolement durant la pandémie, nuisant à leur estime de soi et à leur santé mentale.

Marième Sagna.
Adolescente

Photo courtoisie, Marième Sagna

Marième Sagna. Adolescente

Marième Sagna dit avoir vécu des moments vraiment difficiles durant la pandémie.

«Des fois, je me regardais dans le miroir et je ne me trouvais pas belle et que je n’avais pas un bon poids, alors que j’étais en santé», dit l’ado dont le diagnostic d’obésité infantile remonte à août 2019.

«On est beaucoup sur les réseaux sociaux de nos jours. Voir les Kylie Jenner de ce monde, voir toutes ces filles-là, ce n’est pas tant facile que ça, parce qu’au fond, ce n’est pas ça la beauté. [...] Toutes les formes de corps sont belles, tant que t’es en santé», ajoute-t-elle.

Tenir bon

Si le diagnostic d’obésité peut être un coup dur pour plusieurs, Marième Sagna veut se faire rassurante pour les ados qui se remettent en question.

«On va vraiment avoir honte au début, mais c’est de voir le positif dans toute cette situation, mentionne-t-elle. J’ai la chance d’être atteinte d’une maladie que je peux guérir facilement.»

En plus d’aller chercher l’aide d’experts à la Maison de santé prévention, la résidente de Saint-Césaire a traversé cette période trouble avec l’aide de ses parents et de ses amis.

Effets

Le surpoids en bas âge peut devenir un fardeau à court comme à long terme, tant sur le plan psychologique que physique.

«Sur la santé mentale, il y a des jeunes qui se font beaucoup plus intimider, indique l’infirmière clinicienne Maude Sirois. On sait qu’à l’âge adulte, il va y avoir plus d’invalidité, plus de difficulté à se trouver un emploi.»

L’accompagnement d’experts permet de ramener l’enfant sur le droit chemin.

«On focus davantage sur l’acquisition de bonnes habitudes, que [sur] qu’est-ce qu’on voit sur une courbe de santé comme la diminution de poids. Tout ça fait que le jeune prend confiance en lui», fait savoir la pédiatre Dre Julie St-Pierre.

Survol   

  • En 2020, environ 33% des Québécois estimaient que la pandémie avait eu des conséquences négatives sur leurs habitudes de vie et leur préoccupation face à leur poids.  
  • Les personnes dont le revenu du ménage a diminué considérablement depuis le début de la crise sanitaire, les jeunes adultes et les femmes de la grande région de Montréal étaient plus nombreux à être préoccupés par leurs poids, entre le 21 mai et le 31 mai 2020.  
  • Selon des données publiées l’été dernier, 4 millions d’adultes québécois sont en surpoids, et 1,7 million d’entre eux serait obèse.    

Source : INSPQ et Coalition poids 

  

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