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Un délateur touchera 26 000 $ par an en résidence pour aînés

Une photo de Réjean-Claude Juneau prise par les policiers au cours des années 1990.

Photo d'archives

Une photo de Réjean-Claude Juneau prise par les policiers au cours des années 1990.

Âgé de 78 ans, un ex-complice du tueur à gages Gérald Gallant commencera finalement à empocher son salaire de délateur tout en vivant incognito dans une résidence pour personnes âgées.

Réjean-Claude Juneau a obtenu sa libération conditionnelle totale le mois dernier, après avoir passé l’essentiel des 20 dernières années errière les barreaux, a appris notre Bureau d’enquête. 

Le reportage publié dans <em>Le Journal de Québec</em> du 18 février 1984 mentionnait que la victime du meurtre, Marcel Lefrançois, avait déjà fait de la prison pour son rôle dans un assassinat remontant à 1961.

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Le reportage publié dans Le Journal de Québec du 18 février 1984 mentionnait que la victime du meurtre, Marcel Lefrançois, avait déjà fait de la prison pour son rôle dans un assassinat remontant à 1961.

Le témoin repenti, qui avait accepté d’attendre de recouvrer sa liberté avant d’être payé, aura donc droit au modeste salaire annuel de 26 000 $ que l’État lui avait promis quand il a accepté de collaborer avec la justice en novembre 2009.

L’ex-garagiste de Sainte-Madeleine purgeait des peines pour un meurtre au deuxième degré qu’il a commis avec Gérald Gallant en 1984 dans la région de Québec, ainsi qu’une quarantaine de vols à main armée dans des banques et des commerces.

Durant son incarcération, l’État lui a tout de même octroyé 50 $ par mois pour ses achats à la cantine du pénitencier où il était enfermé. 

Nouvelle identité

L’État s’était aussi engagé à assurer « les frais d’une réinstallation sécuritaire » à Juneau au moment de recouvrer sa liberté, ce qui signifie que le délateur a réintégré la société sous une nouvelle identité, selon l’entente signée par les parties.

Le septuagénaire a fait « un cheminement considérable » depuis qu’il a consenti à collaborer avec la justice, a souligné la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) dans sa décision du 25 juin dernier.

Juneau, qui commettait ses délits pour pouvoir financer sa consommation abusive de cocaïne, est maintenant abstinent.

Il sait également qu’il a intérêt à se tenir loin du monde criminel, car sa vie en dépend. 

Résidence pour aînés

L’hiver dernier, la CLCC a testé les progrès de Juneau en lui permettant de quitter le pénitencier pour aller séjourner dans une résidence pour personnes âgées dont l’emplacement est gardé secret pour des questions de sécurité. 

Juneau devait y respecter plusieurs conditions, comme se soumettre à des tests d’urine pour le dépistage de toute trace de drogue et observer un couvre-feu.

L’expérience a été « positive » et aucun manquement disciplinaire n’a été relevé.

« Votre âge, votre état de santé et votre saturation de la vie criminelle semblent constituer en soi des facteurs qui ont contribué à diminuer le risque que vous pourriez représenter pour la société », lui a écrit la CLCC en lui accordant sa libération complète.  

Gallant l’a décrit comme un vrai pro  

Gérald Gallant était un grand amateur de vélo avant son arrestation en 2006.

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Gérald Gallant était un grand amateur de vélo avant son arrestation en 2006.

Gérald Gallant a dit de Réjean-Claude Juneau qu’il était un vrai « pro » en relatant le meurtre qu’ils ont commis ensemble en plein trafic à Sainte-Foy, en 1984.

« J’ai pas eu besoin de lui dire quoi faire. C’était un type d’expérience. Un pro. Il me l’a prouvé », a relaté le tueur à gages au sujet de Juneau, le 6 novembre 2006, dans l’une de ses déclarations aux policiers obtenues par notre Bureau d’enquête.

L’après-midi du 17 février 1984, Marcel Lefrançois est devenu la victime du quatrième des 28 meurtres que Gallant a confessés en devenant délateur.

Lefrançois, un propriétaire de salons de massage que Gallant a connu en prison, lui avait passé un contrat de meurtre en 1982. Gallant a rempli sa part du marché et devait toucher 15 000 $ en échange.

Mais deux ans plus tard, Lefrançois lui devait toujours 12 000 $ et Gallant craignait que l’homme d’affaires le fasse tuer pour effacer sa dette. 

«Excellent conducteur»

Gallant a donc réglé le problème de façon radicale. Il a demandé à son patron de l’époque, Raymond Desfossés, alors un membre influent du Gang de l’ouest, de lui prêter un de ses hommes pour l’aider. 

Juneau lui a été désigné comme chauffeur. Et c’était « un excellent conducteur », a précisé Gallant en parlant de son complice qui allait corroborer sa version en devenant lui aussi délateur.

Quand Lefrançois a quitté son commerce, Juneau et Gallant l’ont suivi à bord d’un véhicule volé. Le tireur, muni d’une arme longue de calibre .12, prenait place sur la banquette arrière et avait baissé sa vitre.

Par la fenêtre

Lorsque la victime a ralenti sur le boulevard Hochelaga, « Réjean s’est placé juste à côté pour que ma vitre donne sur celle de Lefrançois », a raconté Gallant, en précisant qu’il se trouvait à moins d’un mètre de la victime lorsqu’il a fait feu et l’a atteinte en plein front. 

Le duo a ensuite abandonné le véhicule volé et l’arme dans le stationnement de l’Auberge des Gouverneurs, à Sainte-Foy, où ils avaient laissé leurs voitures respectives en planifiant le coup.

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