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Agence antidopage russe: Andreï Markov part en croisade

Il n’y a jamais rien de clair et limpide lorsqu’il est question de politique, de sport et de dopage en Russie. La saga dans laquelle est impliqué Andreï Markov depuis quelques semaines en est un autre exemple.

Rappelons que depuis le 29 juin, l’ancien défenseur du Canadien est sous le coup d’une suspension d’un an et demi décernée par la RUSADA, l’agence antidopage russe, sous prétexte qu’il a omis de remplir et de remettre le formulaire officialisant sa retraite de joueur, en avril 2020.

Une sanction qui l’a obligé à renoncer au poste d’entraîneur adjoint qu’il avait déniché en mai dernier avec le HC Vityaz de Podolsk, dans la KHL, et qui l’empêche d’être impliqué de près ou de loin auprès de n’importe quelle association sportive russe, même au niveau mineur.

« Ce bout-là, c’est un peu ma faute. C’est mon erreur », a reconnu Markov en entrevue avec Le Journal, à propos du formulaire.

Une copie du formulaire que l’ancien du Canadien aurait dû remplir.

Photo courtoisie

Une copie du formulaire que l’ancien du Canadien aurait dû remplir.

Mais l’histoire n’est pas si simple. 

Selon lui, les autorités de la RUSADA l’ont dans le collimateur depuis qu’il s’est plaint des procédures lourdes et contraignantes du système de contrôle mis en place par l’agence. Procédures auxquelles il a dû se soumettre dès son retour en Russie, dans l’uniforme du AK Bars de Kazan, à l’automne 2017.

Une chasse aux sorcières 

« Ce genre de personne n’aime pas se faire dire ses quatre vérités ou qu’on lui dise que ses procédures sont stupides. Alors, depuis ce temps-là, on essaie de me prendre en défaut », a-t-il soutenu.

Qu’en est-il exactement de cette procédure ? Chaque athlète qui évolue au sein d’une fédération sportive russe doit s’inscrire au programme ADAMS, un programme dans lequel il doit énumérer dans les moindres détails ses déplacements, ses lieux de résidence et l’endroit où il peut être joint en tout temps pour les trois mois à venir.

L’athlète part en vacances en famille, il doit en aviser le programme. Ses plans changent à la dernière minute, il doit en aviser le programme. Il doit également déterminer une plage horaire quotidienne d’une heure au cours de laquelle il sera disponible pour un test inopiné.

« J’ai fait tout ça, a assuré l’homme de 42 ans. Mais ils n’ont pas aimé que je leur suggère que ça devrait être mieux organisé et qu’ils devraient informer les athlètes plus adéquatement en les rencontrant et en tenant des séances d’information. »

C’est à partir de ce moment, croit-il, que la chasse aux sorcières aurait commencé.

Refoulés par la sécurité 

Au cours des trois ans pendant lesquels il a évolué dans la KHL, tous les tests de dépistage auxquels Markov s’est plié se sont révélés négatifs. En contrepartie, la RUSADA a inscrit deux manquements à son dossier.

« La première fois, les agents se sont présentés à la barrière de sécurité du complexe où j’habite. Ils n’avaient pas de pièces d’identification, alors le garde de sécurité ne les a pas laissés entrer. Au lieu de m’appeler pour que j’avertisse les gardes, ils ont rebroussé chemin et ont inscrit un manquement à mon dossier en soutenant que j’étais absent. Ce qui est faux », a raconté Markov.

« La seconde fois, c’était à mon logement en Floride. Mon nom n’apparaît pas sur les numéros d’appartement dans le hall d’entrée. Ne trouvant pas mon nom, le gars est parti. Ç’aurait été quoi de m’appeler pour que je lui débarre la porte ? C’est pourtant ce qu’il a fait quand il est revenu quelques jours plus tard. »

Un troisième manquement entraîne une suspension automatique de deux ans. Or, puisqu’il se considérait à la retraite, Markov a cessé de produire le rapport de ses déplacements dans le système ADAMS.

Les agents ont décidé de lui rendre visite à Moscou. Il n’y était pas, ce qui lui a valu la troisième tache à son dossier.

« Ils m’ont remis la lettre puis ils ont disparu. Je n’ai plus jamais entendu parler d’eux. »

Jusqu’à ce qu’il accepte le poste d’entraîneur adjoint du HC Vityaz, plus d’un an plus tard. 

Sa cause en appel  

Andrei Markov reconnaît que la Russie marche sur des œufs depuis que l’Agence mondiale antidopage a dévoilé au grand jour le scandale du dopage systémique à la suite des Jeux olympiques de Sotchi. Ce qui ne l’empêche pas de voir une forme de zèle exagéré du côté des commissaires.

« Ce qu’il y a de bizarre, c’est qu’ils ont attendu que j’obtienne le poste avec le HC Vityaz pour me recevoir en audience et déclencher ma suspension », a soutenu Markov, joint chez lui à Voskresensk, en banlieue de Moscou.

La RUSADA lui a fait une fleur en réduisant la sentence à 18 mois, mais Markov s’explique mal pourquoi les autorités ne veulent pas prendre en considération l’annonce de sa retraite, en avril 2020, dans les médias.

Pas suffisant 

Si les agents refusent de retirer le troisième manquement de son dossier, ils pourraient à tout le moins, estime-t-il, instaurer une date rétroactive à la suspension à laquelle il ne resterait alors que cinq mois.

« La nouvelle a fait le tour du monde dans les journaux et sur Internet. Ils l’ont vu. Je le sais, car ils ont essayé de me prendre en défaut par la suite. Pourtant, ils disent que ce n’est pas suffisant, qu’ils ne se fient pas à ce qui est diffusé dans les médias ou sur les réseaux sociaux. »

« Ils auraient quand même pu faire une vérification et me dire de ne pas oublier de remplir le formulaire de retraite », a-t-il poursuivi.

Une longue bataille 

Devant l’entêtement de l’institution, Markov portera sa cause en appel. Pour l’instant, il ignore s’il choisira l’option de se présenter devant un tribunal russe ou s’il se dirigera vers le Tribunal arbitral du sport basé à Lausanne, en Suisse.

« J’attends les documents finaux. On m’a dit que ça devrait prendre un mois ou deux. Une fois que je les aurai reçus, j’irai en cour », a expliqué Markov.

Une chose est certaine. Il s’attend à une longue bataille judiciaire. Une procédure qui pourrait perdurer au-delà de sa suspension.

« Je sais que c’est une possibilité, mais je veux me battre jusqu’au bout. Je n’ai rien fait de mal et je veux que la lumière soit faite sur cette histoire. »