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Haïti: l'opposition prend ses distances avec le nouveau premier ministre

Au lendemain de l'installation du gouvernement du nouveau premier ministre haïtien Ariel Henry, des partis politiques de l'opposition et des organisations de la société civile ont regretté mercredi être mis à l'écart et appelé à des discussions en vue d'un accord politique avant les élections.

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«Tout gouvernement mis en place sans un consensus large est illégitime et ne fera qu'envenimer la situation», a déclaré à l'AFP Me André Michel, porte-parole du Secteur démocratique et populaire, un parti d'opposition, en précisant oeuvrer à «une solution haïtienne durable pour éviter le chaos».

L'assassinat le 7 juillet par un commando armé du président Jovenel Moïse a encore plongé davantage Haïti dans la crise, le pays caribéen étant rongé par les violences, la pauvreté et la corruption.

Deux jours avant de mourir, M. Moïse --dont la dérive autoritaire suscitait un large rejet au sein de la population-- avait nommé M. Henry premier ministre. Celui-ci a dévoilé mardi un gouvernement dont plusieurs ténors étaient déjà en place sous le président au destin tragique.

Ariel Henry a bénéficié du soutien du «Core Group», un groupe d'ambassadeurs de différents pays, dont la France et les États-Unis, ainsi que les émissaires de l'Organisation des États américains (OEA) et de l'ONU.

Pour l'ancien sénateur et responsable de parti politique Youri Latortue, le nouveau gouvernement d'Ariel Henry s'inscrit dans la continuité du PHTK, le parti de Jovenel Moïse qu'il combattait.

«C'est la raison pour laquelle mon parti ne fait pas partie du gouvernement», a-t-il fait savoir à l'AFP.

Même position pour Edmonde Supplice Beauzile, membre de l'opposition.

 «Ce gouvernement ne crée pas la confiance pour favoriser un environnement serein pour l'organisation des élections générales», a affirmé l'ancienne sénatrice, présidente du parti Fusion des sociaux-démocrates.

«Nous applaudissons l'inclusion de la société civile dans le cabinet ministériel d'Haïti en tant qu'une voix importante de la société haïtienne», a réagi l'ambassade américaine à Port-au-Prince sur Twitter.

Joseph Domingue Orgella, un responsable d'organisations de la société civile, a en effet reconnu avoir participé à la nomination de trois ministres au sein du nouveau gouvernement.

Mais ces efforts sont jugés insuffisants par d'autres.

«La Commission de recherche de solution à la crise haïtienne ne fait pas de différence entre le gouvernement de Claude Joseph et celui d'Ariel Henry. Ils sont tous les deux des inventions de l'international à travers le BINUH (Bureau local de l'ONU, NDLR). Les puissances internationales associées dans le Core Group agissent de plus en plus en amateurs pour empêcher le peuple haïtien d'exercer sa souveraineté», a dénoncé Jacques Ted Saint Dic, un membre d'organisation de la société civile.