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Une accusée a agi en «bon soldat»

Une femme accusée d’avoir aidé la mafia à faire disparaître deux cadavres a affirmé avoir exécuté des ordres « comme un bon soldat », alors qu’elle était enregistrée à son insu par son complice allégué, qui est devenu collaborateur avec la police. 

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« Moi tout ce que j’ai fait, c’est comme un bon soldat, j’ai fait ce qu’on m’a demandé, point ! On m’a demandé d’éliminer, liquider, de nettoyer », a soutenu Marie-Josée Viau. « J’ai fait tout ce qu’ils m’ont demandé. Come on. »

C’est ce qu’a pu entendre le jury vendredi, alors que la femme de 45 ans et son conjoint, Guy Dion, 49 ans, subissent leur procès au Centre judiciaire Gouin de Montréal, pour complot et meurtres prémédités. Ils auraient aidé à assassiner les frères Giuseppe et Vincenzo Falduto en juin 2016.

Un agent d’infiltration (AI), qu’on ne peut identifier pour protéger sa réelle identité, a amorcé son témoignage mardi concernant cinq « scénarios préétablis », dans le cadre d’une opération d’envergure de la Sûreté du Québec dans l’espoir de soutirer des aveux au couple.

En plein mystère

Désigné aux jurés sous son matricule d’agent, soit le 1203, il a précisé qu’il devait accompagner un tueur à gages de la mafia qui a retourné sa veste alors que les policiers nageaient en plein mystère, afin d’aider à coincer Viau et Dion.

Le délateur, considéré comme un agent civil d’infiltration (ACI), et l’AI 1203 portaient lors des rencontres des dispositifs d’enregistrement, et les audios sont présentés au jury un à un.

Vendredi, les membres du jury ont pu entendre l’ensemble du troisième scénario, qui a eu lieu le 14 juillet 2019. 

Les deux accusés sont à leur domicile en compagnie du duo et discutent, après être allés déjeuner au restaurant ensemble. 

Dion dit alors qu’il veut parler des « vraies affaires » avec le délateur, semblant faire référence aux événements où les deux frères ont été assassinés.  

Le secret des dieux

« Ce moment-là, je vais m’en rappeler toute ma vie. Marie se penche et me regarde dans les yeux, avec le sourire et me dit : “Là tu rentres dans le secret des dieux, tu sais que ta vie est en danger”, a relaté l’AI 1203 lors de son témoignage. Elle dit : “tu sais que je suis capable, j’ai pas peur”. »

L’accusé s’était montré méfiant au début du scénario. Visiblement encore sur ses gardes, il a demandé à ce qu’il pensait être son complice de confirmer ses intentions, sans savoir qu’il travaillait pour la police. « Qu’est-ce que t’as à gagner, à venir nous voir ? » s’est-il enquis. 

« Moi, la vérité. Pas seulement la vérité, mais à me protéger, moi avec », lui a-t-il répondu.

Le délateur, semblant avoir mis le couple en confiance, a ensuite voulu avoir des détails de ce qu’ils auraient fait des preuves une fois les meurtres commis. 

« J’ai brûlé le char, je l’ai pas torché, mais je l’ai brûlé », a assuré Marie-Josée Viau, mentionnant encore qu’elle aurait utilisé de l’eau de javel.

« C’était pur », a confirmé Guy Dion.

« Le son dans le fond »

Le couple aurait aussi déployé le maximum d’effort pour couvrir le son des armes à feu pendant que les deux frères se seraient fait abattre dans leur garage, a pu entendre le jury.

« La porte était même pas fucking descendue calice. [...] On avait crissé le son dans le fond, a rappelé Viau. Plus le tracteur qui runnait proche. [...] J’ai tout vu. »

« Moi je coupais le bois avec la chain saw dans le fond », a renchéri Dion. 

Ce qu’ont dit les accusés 

« Y’a un moment donné, le soir, on s’est regardé et on a dit : “esti, on l’a fait”. Mais jamais, jamais tu vas retrouver rien. »

– Guy Dion

« Après ça, y’en avait en tabarnac du tapon. [...] J’ai passé une boîte juste de guenilles. Des gants, osti, je m’avais “tapé” les gants ici avec du “tape” gris pour être sûre et certaine. C’était ben trop fort, [l’eau de javel]. »

– Marie-Josée Viau

« Qu’est-ce qui voulait que je fasse, c’est faire du bruit. J’fais du bruit. »

 – Guy Dion 

Le procès fait relâche la semaine prochaine et va reprendre le 2 août. 

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