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Richard Latendresse: toujours le feu sacré

Photo Courtoisie, TVA Nouvelles

Les années Trump sont loin d’avoir usé le correspondant de TVA à Washington, Richard Latendresse. Bien au contraire! La flamme pour son métier toujours ardemment brûlante après 15 ans de reportages à la Maison-Blanche et 30 ans à TVA, le journaliste – qui remplace Pierre Bruneau aux bulletins de TVA Nouvelles de 12 h et 17 h pendant l’été – se confie sur son rôle, sur l’ancien président qui l’a forcé à «se réinventer» et sur sa famille.

Richard, vous êtes de retour au Québec, comme à tous les étés. Êtes-vous heureux de renouer avec l’actualité locale, le temps d’une saison?

«Ça fait du bien de reconnecter avec le Québec. À Washington, j’ai plein d’autres éléments d’actualité à suivre. J’essaie de garder les grandes manchettes à l’œil, mais j’en échappe beaucoup. De revenir, ça me permet de replonger dans l’actualité québécoise et canadienne, et de reconnecter avec mes collègues de la salle de nouvelles. C’est important, pour avoir le sentiment de continuer à faire partie de cette équipe. D’être ici me permet aussi passer du temps avec mon frère et ma mère.»

Comment décrivez-vous le climat qui règne aux États-Unis actuellement, après un an et demi de pandémie et la tumultueuse élection de Joe Biden?

«Ç’a été une année qui aura marqué les Américains, et qui m’aura marqué, personnellement et professionnellement. La campagne présidentielle a été très déchirante pour la société américaine. Déjà, Donald Trump, que j’ai couvert tout au long de ses quatre années, avait une façon de gérer le pays qui était très chaotique, très imprévisible. Au lendemain des élections, il continue à contester. Tout ça s’est produit en parallèle de la pandémie, qui a vraiment massacré les États-Unis, qui a fait plus de victimes là que partout ailleurs dans le monde. Alors, on était constamment sur le qui-vive. Malgré tout, les Américains ont envie de passer à autre chose. Même s’il y a une hausse des cas liée au variant Delta, les Américains ont une volonté et une énergie de vivre, même dans l’adversité, qui ressort encore plus ces temps-ci.»

Photo Courtoisie, TVA Nouvelles

Comme journaliste, avez-vous trouvé difficiles les années de présidence de Donald Trump, qui, disons-le, faisait souvent la vie dure aux médias?

«Facile, ce ne l’était pas. Mais, intéressant? C’était passionnant! C’était un autre type de gestion. Moi, j’ai connu la présidence de George W. Bush, les huit années de Barack Obama, Trump et Biden. C’était le jour et la nuit, par rapport à la présidence de Barack Obama. Trump gérait le pays à lui seul. Tout dépendait d’un homme, de son humeur, de ses états d’âme, de ce qu’il avait regardé le matin même à la télévision... On était toujours maintenus sur le qui-vive. Comme journaliste et comme être humain, ce n’est pas une vie; je suis sorti de ces quatre années, vidé, épuisé, mais en contrepartie, complètement excité chaque jour de recommencer, parce que rien n’était prévisible!»

«Quand Joe Biden commence la semaine, on sait de quoi il va parler du lundi au vendredi. On a des rapports, des dossiers, des études. Moi, je lis ça, j’analyse, je fais des appels téléphoniques à des experts, j’écoute ce qui se raconte au Congrès par rapport aux dossiers mis de l’avant... Tout ça est prévisible. Mais, avec Donald Trump... j’avais arrêté de préparer mes journées! Même si je le faisais, si, à 6 h du matin, il disait que la chancelière allemande est une idiote, on mettait tout de côté pour parler des relations entre les États-Unis et l’Allemagne. On dépendait tellement de lui que ça ne valait plus la peine de fonctionner normalement. C’est fascinant de voir comment un seul homme a réussi à gérer l’agenda de 300 000 millions d’Américains pendant quatre ans, de cette façon-là.»

Vous n’êtes donc pas las de votre mandat de correspondant à Washington, même après toutes ces années?

«Couvrir la Maison-Blanche, c’est certainement l’affectation la plus extraordinaire qu’on puisse avoir comme reporter. On est au cœur de la capitale de la plus grande superpuissance. Qu’il se passe quoi que ce soit à travers le monde, ç’a des échos à Washington. Moi, je le dis sincèrement, non seulement je suis passionné, mais je ne suis jamais à court d’éléments d’admiration avec ce qui se passe là-bas. C’est une société extrêmement dynamique. On reproche beaucoup de choses aux Américains, mais ce sont des gens qui essaient des affaires. Il y a des idiots et des génies, des avant-gardistes et des rétrogrades finis, des racistes dangereux et des progressistes qui nous font évoluer différemment... Je trouve que c’est une société tellement dynamique, qui n’arrête pas de poser des défis à quiconque veut la comprendre. Moi, j’ai le privilège de travailler à l a Maison-Blanche même, entouré de gens qui ont impact sur la vie des autres. C’est un privilège exceptionnel.»

Photo Courtoisie, TVA Nouvelles

On discute beaucoup du sort des médias depuis quelques années. Êtes-vous inquiet pour l’avenir de votre profession?

«Non. Moi, j’ai vu, au fil des décennies, les changements au sein du métier. Le journaliste que j’étais il y a 30 ans serait complètement perdu, aujourd’hui. Les jeunes journalistes que je côtoie aujourd’hui sont déjà familiers avec tous les outils et plateformes disponibles. Il faut comprendre que les Québécois qui veulent s’informer ne vont pas seulement sur le "Journal de Montréal", le "Journal de Québec" et TVA. Ils vont sur Tik Tok, Instagram et autres SnapChat pour aller chercher de l’information. C’est toujours un virage difficile à prendre, mais il y a quelque chose de ce côté-là. Moi, je ne suis pas inquiet, parce que tout est une question d’adaptation, de volonté de suivre les gens là où ils sont, et je sens que, par exemple, à TVA, il y a une conscience de ça. Est-ce que c’est facile? Non. Est-ce que moi, je serai au cœur de ça pendant 15 ans? Certainement pas. Mais pendant que ça se passe, moi, je trouve ça intéressant. Les gens ont soif d’information; il s’agit de trouver comment les satisfaire sur ce plan-là.»

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui voudraient suivre vos traces?

«Je ne peux pas donner de conseils techniques. La première chose que je dis, d’abord et avant tout, la valeur de base, c’est la persévérance. Il ne faut pas se laisser décourager parce que ça ne va pas assez vite, parce que quelqu’un nous dit qu’on n’a pas notre place. Moi, avant d’arriver à TVA, on m’avait refusé cet emploi, et j’avais été travailler à Chicoutimi, avant de revenir à Montréal. La persévérance est l’élément central de toute personnalité qui veut persister en journalisme. Et, aujourd’hui, encore plus qu’il y a 15 ou 20 ans, soyez flexibles. Se lever tôt le matin pour travailler sur tel ou tel sujet, s’exprimer assez clairement pour être à l’aise à la radio ou à la caméra, pour publier sur n’importe quelle application à la mode. Cette flexibilité-là, il faut toujours la garder au bout des doigts. Il ne faut pas non plus hésiter à sortir de ce qui nous rend à l’aise. Même si on rêve de devenir correspondant à Washington, ce qu’on fait à Rimouski, Sherbrooke ou Trois-Rivières, c’est tout aussi bon. Ce que j’ai appris en région avant, je l’ai appliqué au fil des ans, ailleurs. Il y a des atouts fondamentaux : maîtriser plusieurs langues, savoir ce qui se passe à l’étranger... C’est une discipline normale pour un journaliste intéressé par l’actualité internationale, mais être capable de se revirer sur un 10 sous et aller parler à des gens dans un centre d’accueil, obligés de déménager, ou poser une question cohérente en conférence de presse avec le président des États-Unis, c’est la même dynamique, la nécessité de se prendre en main et de se faire confiance. Ça s’apprend avec l’expérience et après avoir relevé un certain nombre de défis...»

Est-ce que vos trois enfants sont aussi intéressés par une carrière dans le journalisme?

«Ma plus vieille, Claire, 22 ans, est diplômée à McGill en microbiologie et immunologie, et s’en va faire une maîtrise à Yale. Ma deuxième, Laura, 20 ans, est en sciences environnementales à McGill. Et mon fils, Thomas, 18 ans, entre en sciences politiques à l’université de Toronto. Ils sont curieux comme moi. On a habitué les enfants à regarder les bulletins de nouvelles avec nous. Suivre l’actualité pour eux, c’est complètement normal. Ils sont dans le coup. Mais de là à dire qu’ils vont suivre mon exemple... Pas sûr! Je les laisse plutôt découvrir leurs propres passions. Ma femme, Tracey, est journaliste aussi. Elle était à CBC auparavant, et maintenant, elle fait du "media training", de la formation médiatique aux États-Unis. Elle vient d’une famille de journalistes.»

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