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Pénurie d’infirmières en Estrie: «Le TSO tue le réseau!»

Des infirmières ont tenu à témoigner publiquement de leur quotidien lundi matin devant l’entrée principale du CHUS Fleurimont, à Sherbrooke, en Estrie, et ont réclamé la fin du temps supplémentaire obligatoire (TSO).

Parmi elles, Stéphanie qui est à l’emploi du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie-CHUS depuis bientôt 18 ans et qui travaille comme infirmière dans le département de néonatalogie au CHUS Fleurimont. Jamais elle n’a vu la situation être critique à ce point.

«Je n’ai jamais vu mes collègues en néonat aussi affaissés que ça. Je vous alerte présentement que les soins que vous méritez ne seront plus donnés. Le service de néonatalogie ne fonctionne que sur le temps supplémentaire présentement», a-t-elle témoigné.

La pénurie de main-d’œuvre est telle que 2355 quarts de travail d’infirmière ne sont pas comblés du 18 juillet au 14 août. Chez les infirmières auxiliaires, on en compte 1187.

Une situation qui est donc critique malgré les plans de contingence.

«Moi je songe déjà à quitter le réseau malheureusement», a avoué Marie-Christine, une autre infirmière du département de néonatalogie qui y travaille depuis deux ans. «C’est plate, je n’avais pas imaginé ça en devenant infirmière, mais les conditions qu’on a sont épouvantables et le stress vécu au travail aussi est épouvantable.»

L’accompagnement des jeunes infirmières compromis?

Épouvantable au point où plusieurs jeunes diplômées ont quitté en pleine formation, notamment au département de maternité du CHUS Fleurimont, selon l’infirmière responsable de leur formation.

«Sur sept filles que j’ai formées, il y en a trois qui ont démissionné et une qui a changé de poste. C’est quand même une bonne moyenne!», a-t-elle souligné.

Au bloc opératoire de l’hôpital de Granby, il a même été décidé de ne plus participer à la formation de jeunes infirmières compte tenu du manque d’effectif.

Plusieurs infirmières ont quitté pour le privé au cours des derniers mois quand d’autres sont parties en congé de maladie ou ont pris leurs retraites anticipées.

«Au bloc opératoire de Granby, on devrait être 24. Présentement, nous sommes 12», a expliqué Marie-Ève, qui est infirmière au bloc opératoire depuis 13 ans. «Douze pour desservir une population qui a besoin de soins. Cet été, on a voté à plus de 70% dans notre équipe pour arrêter l’orientation parce que nos infirmières sont épuisées.»

Les infirmières ont raconté leurs récits alors que des grues se trouvaient à quelques mètres d’elles, la construction du Centre mère-enfant étant bien amorcée, tout comme celles de plusieurs maisons des aînés au Québec.

Des projets qui nécessiteront davantage de main d’œuvre et qui laissent perplexe le syndicat des infirmières.

«Ça devient de plus en plus aberrant pour nous de voir les nombreux services qui seront à offrir alors que nous sommes de moins en moins nombreuses à les donner», a avoué Stéphanie Goulet, vice-présidente relation de travail FIQ-Syndicat des professionnels en soins des Cantons de l’Est. «Le gouvernement doit cesser de faire comme si tout va bien aller. Ça ne va pas bien aller. Ça va mal!»

Les infirmières ont aussi demandé à la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS de diminuer le nombre d’activités cliniques à maintenir.

«Les soins de santé et de services sociaux demeurent sécuritaires en Estrie»

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a refusé d’accorder une entrevue à TVA Nouvelles. Elle a cependant précisé par communiqué qu’elle entend bien le cri d’alarme du personnel infirmier et est bien au fait et préoccupée de la situation précaire de la main-d’œuvre en Estrie et dans tout le Québec, sans toutefois partager le constat que le réseau estrien a atteint un point de rupture.

De son côté, le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, dit qu’il va poursuivre ses efforts pour réduire le recours aux agences de placement, qui ne requièrent peu ou pas de disponibilité minimale à leur personnel.

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