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Un «baby-boom» au pire moment pour le CHU de Québec

Un nombre d’accouchements anormalement élevé, avec de six à huit naissances de plus par jour, et le manque de personnel créent une situation bien précaire dans les hôpitaux de Québec

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Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec-Université Laval a dénombré 24 accouchements en moyenne dans ses hôpitaux en juin, en nombre qui supplante la moyenne de 18 accouchements par jour qui prévalait à pareille date en 2020.

La présidente-directrice générale adjointe du CHU de Québec, Danielle Goulet, s’attend à ce que les chiffres soient similaires en juillet et août.

Cette situation survient en pleine période de vacances estivales, où les employés sont partis faire le plein d’énergie. Il n’est cependant pas question de changer les plans de vacances.

«Les gens, après la COVID, avaient besoin de recharger leur batterie. C’est important pour nous de ne pas mettre d’obligation à rester au travail quand ils n’en pouvaient plus», a commenté Mme Goulet.

Le manque de personnel et la hausse des naissances ont cependant des répercussions sur le terrain, a assuré Jasmine Fugère, vice-présidente du Syndicat interprofessionnel du CHU de Québec (SICHU) pour l’hôpital Saint-François- d'Assise.

«Il manque de monde pour prendre les patientes en travail, pour assurer la qualité des soins. Ça, c’est clair. Elles sont inquiètes, les filles sur le terrain, elles le disent», a-t-elle affirmé.

Malgré les assurances de la direction, la responsable syndicale dénonce deux à trois cas de temps supplémentaire obligatoire (TSO) par semaine, par infirmière. Une mesure qui selon elle devrait être prise pour des situations urgentes seulement, selon elle, et qui affecte les infirmières en obstétrique.

«Elles sont extenuées, elles sont étourdies, elles ont des symptômes physiques. Il y a beaucoup de cas, dans beaucoup de situations où elles ne sont pas aptes à assurer un soin sécuritaire», a dénoncé Mme Fugère.

La direction du CHU de Québec admet que la situation est fragile. L’équipe médicale donne des coups de main autant qu’elle le peut pour être capable d’amoindrir la charge. On n’est pas en bris de service, mais on surveille tous les jours de façon systématique», a affirmé Danielle Goulet.

L'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec a mis en place des solutions pour jongler avec les bris de service en obstétrique dans différentes régions du Québec. La problématique avait d’abord été observée dans des municipalités éloignées, mais elle s’observe maintenant dans de grands centres, ce qui inquiète le président de l’organisation, le Dr Dario Garcia.

D’ailleurs, des médecins de l’Association vont prêter main-forte dans d’autres hôpitaux, mais ils ne suffisent pas à remplacer les infirmières spécialisées. Le CHU de Québec aussi a de la difficulté.

«Ces gens-la sont hautement spécialisés, hautement compétents pis ça ne se remplace pas sur un claquement de doigts. Ça prend vraiment une infirmière spécialisée, comme aux soins intensifs, parce que c’est la sécurité du bébé et de la maman qui en dépend», a expliqué le Dr Garcia.

Le gouvernement est à nouveau interpellé pour former et retenir les infirmières dans les hôpitaux, mais le syndicat fait un appel également aux médecins

«Ils doivent arrimer leur méthode de travail en fonction de la main-d’œuvre qui est disponible», a avancé Jasmine Fugère.

Celle-ci propose notamment de diminuer le nombre de déclenchements d’accouchement en obstétrique, ainsi que le ratio de 1 pour 1.

Une idée impossible pour le Dr Dario Garcia. «On est dans un pays du premier monde, la qualité des soins doit passer avant tout», s’est-il exclamé en misant plutôt sur une réorganisation du travail et sur l’apport de sages-femmes.

La direction du CHU de Québec croit que le retour des vacances va permettre aux équipes de souffler. Le syndicat en doute, comme la problématique n’est pas nouvelle.

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