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Les frères de l'adolescente enlevée «contrôlaient» sa vie

C’est dans un «contexte de domination familiale» et de contrôle que l’ado de 16 ans qui a fait l’objet d’une alerte Amber aurait été kidnappée lundi soir par deux de ses frères, alors qu’on lui aurait interdit de travailler dans un restaurant.  

« Ils vont se battre avec les employés. lls vont enlever la caissière, qui se trouve à être leur sœur. Et tout en faisant ça, ils vont déclarer aux gens qui résistent : “pourquoi vous résistez ? c’est notre sœur, on a le droit de faire ça”, a expliqué Me Bruno Ménard, le procureur de la couronne. Ce qui est particulier dans la commission de l’infraction, c’est le sentiment d’impunité, de normalité.» 

La toile de fond permettant de mieux comprendre les circonstances derrière l’enlèvement de cette adolescente a été révélée jeudi au palais de justice de Montréal, alors qu’un des frères accusés dans cette affaire a subi son enquête sur remise en liberté.  

On ne peut les identifier en raison d’un interdit de publication visant à protéger l’identité de la victime. 

Le procureur de la couronne a brossé un portrait plutôt sombre de l’accusé de 21 ans, réclamant qu’il demeure détenu en attendant la suite des procédures.  

Une «balle dans la tête»   

La victime a témoigné que ses frères «contrôlaient sa vie» depuis un certain temps, a expliqué Me Ménard. «Elle doit donner son argent à [son frère]. Elle ne peut avoir d’amis, elle ne peut vapoter, elle ne peut s’habiller de façon à laisser entrevoir ses formes. Ses frères contrôlent ses textos et qu’on lui a coupé le Wi-Fi de sa résidence, ce qui lui a causé des échecs scolaires», a-t-il résumé, ajoutant qu’on voulait également la faire examiner afin de s’assurer qu’elle ne faisait pas d’activités sexuelles. 

Un de ses frères se serait même présenté sur son lieu de travail pour aviser qu’elle allait démissionner, alors que ce n’est pas vrai. Il aurait aussi déchiré son uniforme.  

Pendant l’enlèvement, ce dernier aurait menacé de mort sa sœur.  

«Il lui dit :“Si tu vas à la police, inquiète-toi pas, j’ai plus d’une manière de te mettre une balle dans la tête”», a relaté le procureur de la couronne. 

Un «bon bon frère»   

L’accusé de 21 ans a témoigné lors de l’audience, disant comprendre la gravité de la situation et qu’il allait respecter toutes les conditions qui lui seraient imposées, advenant que la juge Joëlle Roy accepte de le remettre en liberté.  

«Si vous voulez demander, je suis un bon bon frère, je leur apprends ce que je peux le plus. J’essaye d’être là le plus possible», a-t-il plaidé. 

L’autre frère, qui est toujours en attente de son enquête sous caution, aurait dit aux policiers ne pas comprendre pourquoi il pouvait être accusé de l’enlèvement de sa sœur.  

«Il compare la situation à une mauvaise blague. Il explique les gestes du fait que sa sœur n’écoutait pas», a affirmé Me Ménard.  

Selon l’avocat de l’accusé, Me Bruno Bouthillier, ce n’est qu’après le déclenchement de l’alerte Amber que son client aurait réalisé l’ampleur de la situation.  

«Ça a pris des proportions immenses et disproportionnées. [...] Pour eux, ils prennent la sœur et la ramène à la maison. On parle d’un jeune homme sans antécédents», a-t-il expliqué.  

La juge Joëlle Roy doit rendre sa décision vendredi après-midi.