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50 ans de divertissement: la fabuleuse histoire du p’tit Simard

Photo Jocelyn Michel, byconsulat.com

À l’été 1971, un petit gars de l’île d’Orléans charmait, avec une chanson, tout le Québec. L’Oiseau, son premier album, fête son 50e anniversaire. Un disque qui est le point de départ d’une carrière qui se poursuit et qui a amené René Simard à toucher toutes les sphères du divertissement. 

Une carrière sur disque avec 52 albums et un 53e en chantier, de l’animation à la télévision, de l’humour, des comédies musicales, de la danse, du cinéma, du music-hall, de la direction artistique, René Simard a tout fait.

L’Oiseau est le début de tout pour ce natif de Chicoutimi, qui a grandi à Sainte-Pétronille, sur l’île d’Orléans. Un album qui s’est vendu à 200 000 exemplaires.

« C’est avec ce disque, sans faire de jeu de mots, que ma carrière a pris son envol. Et c’est pour cette raison que c’est un de mes albums préférés. C’était comme une période magique pour moi. C’est ce que je me rappelle », a-t-il lancé, lors d’un entretien.

Guy Cloutier a découvert René Simard, le 17 juillet 1971. Patrick Zabé qui avait vu le jeune chanteur à l’occasion d’un concours à la télé, à Québec, avait invité l’enfant à chanter l’Ave Maria de Schubert au mariage de son gérant, à Saint-Léonard.

« Le lendemain de son voyage de noces, il arrivait chez nous avec sa Cadillac et ses gros bijoux », se rappelle René en riant.

Pas impressionné

René Simard avait dix ans lorsqu’il s’est retrouvé au studio RCA Victor, à Montréal, à l’été 1971, pour enregistrer les 10 chansons de L’Oiseau

« On a fait ça en trois heures et avec une seule prise pour les chansons. Je n’étais pas du tout impressionné. J’étais content », a-t-il évoqué.

Les souvenirs associés à l’enregistrement de ce disque sont clairs et précis. René se rappelle les petites fioles cassantes achetées, avec son frère Régis, dans un magasin de farces et attrapes, rue Sainte-Catherine.

« On cassait la fiole et ça faisait pleurer les gens. Il avait fallu arrêter la séance d’enregistrement durant une heure », a-t-il lancé, fier encore, 50 ans plus tard, de son coup.

Le « gamin » de l’île n’était pas impressionné non plus d’entendre L’Oiseau à la radio. Il faut dire qu’il avait déjà, à dix ans, quelques années d’expérience de chant derrière lui.

Le chant était omniprésent dans la famille Simard. Le garçon qui rêvait de devenir architecte chantait à l’école, à l’église, à la fête des Mères et dans des baptêmes. 

« Nous étions la famille Trapp de l’île. Le bateau Le Duc d’Orléans amenait, tous les dimanches, des touristes à Sainte-Pétronille. On s’installait, toute la famille, au deuxième étage et on chantait pour eux. M’entendre à la radio, c’était spécial, mais ce n’est pas quelque chose qui m’impressionnait. C’est aussi quelque part l’insouciance de la jeunesse », précise-t-il.

À 100 milles à l’heure

Le succès de L’Oiseau a permis à la famille Simard, qui avait déménagé dans un logement à Charlesbourg, de retourner sur l’île d’Orléans. Avec les profits générés par les ventes de l’album, René a acheté pour sa famille la maison du capitaine Plante sur le chemin du Bout-de-l’Île. 

Les premières années de sa carrière, il les a vécues à cent milles à l’heure : des concerts devant de grosses foules, la folle campagne publicitaire des petits puddings Laura Secord, le tournage d’un film documentaire sur sa vie et d’un long métrage avec Dominique Michel et Jean Rochefort, le concours qu’il a remporté au Festival international de la chanson de Tokyo, sa présence sur les planches de l’Olympia de Paris et des spectacles avec Liberace aux États-Unis.

« Ce n’était pas trop. J’étais capable de maîtriser la situation malgré mon jeune âge », a-t-il fait remarquer.

Conscient que sa voix devait muer, il a rapidement préparé, dès l’âge de 15 ans, avec son gérant Guy Cloutier, la deuxième partie de sa carrière.

« Je me suis garroché à Los Angeles pour suivre des cours de chant, des cours de danse tous les jours et j’ai appris l’anglais. J’ai aussi profité de l’occasion pour aller me faire couper les cheveux. J’étais tanné de ma coupe de cheveux et je ne l’avais pas dit à Guy Cloutier. J’ai toujours essayé de parfaire mon métier. C’était mon université à moi. J’ai été chanceux. J’ai touché à toutes sortes de sphères de ce métier », a-t-il dit.

Il avoue que les allers-retours presque hebdomadaires pour animer le René Simard Show à Vancouver de 1977 à 1979, à l’âge de 16 ans, ont été difficiles.

« J’étais toujours dans l’avion. J’ai trouvé ça tough. C’est la seule fois où je me suis approché d’une dépression », a-t-il admis.

Un éternel positif

Cinquante ans plus tard, à l’âge de 60 ans, René Simard, travaille sur un 53e opus. Un album de duos avec des chansons originales.

René Simard a des projets devant lui. Un nouvel album, son 53e, constitué de chansons originales, l’animation d’un gala ComediHa! à Québec, le 19 août et un projet de music-hall que l’on souhaite faire rayonner dans la francophonie à l’international et qui a été ralenti par la pandémie.

« C’est une de mes idées. Je travaille là-dessus avec les gens de ComediHa! C’est un gros show et je ne peux pas dire le thème. C’est quelque chose qui m’emballe beaucoup. J’adore faire de la mise en scène et travailler en équipe. C’est là que je me vois. C’est mon avenir », a-t-il fait remarquer, ajoutant qu’il aimerait, un jour, se faire proposer un rôle de bandit, au cinéma, qui pourrait lui permettre de sortir un peu de sa peau.

Il compare une carrière à des montagnes russes avec des hauts et des bas. 

« Il y a eu, pour moi, plus de pour que de contre. Je suis un éternel positif. J’ai le bonheur facile. J’aime que les gens se sentent bien. J’ai toujours dit que j’étais un artiste de divertissement. Je ne veux pas changer le monde. Je suis là pour divertir les gens. C’est un métier qu’il faut faire sérieusement sans se prendre au sérieux », a-t-il conclu. 

« Je n’ai pas envie de fouiller dans la litière »   

Photo Jocelyn Michel, byconsulat.com

Le 25 mars 2004, une bombe secoue la colonie artistique québécoise. Guy Cloutier est arrêté. Il est accusé d’avoir agressé sexuellement Nathalie Simard et un autre enfant dont l’identité n’a jamais été dévoilée. Seize ans après la condamnation de son ex-gérant, René Simard n’a pas envie de revenir sur les événements entourant cette triste période.

René Simard s’est rarement exprimé sur les gestes commis par Guy Cloutier, qui a été condamné, le 20 décembre 2004, à une peine de 42 mois de prison. 

Les chemins avec celui qui gérait sa carrière depuis 33 ans se sont séparés peu après l’arrestation. L’impresario s’occupait de la carrière de sa sœur depuis le printemps 1979.

« Je n’ai pas envie de commencer à fouiller dans la litière à chat. Ça ne me tente pas », a-t-il lancé lors de l’entretien. 

René Simard avait fait une déclaration publique, le 17 novembre 2005, après la publication du livre Briser le silence, de Michel Vastel, où Nathalie Simard raconte le calvaire qu’elle a vécu. 

« Ma petite sœur, Nathalie, je l’aime, je l’ai toujours aimée et j’ai toujours été fier d’elle et de ses succès. Guy Cloutier a touché à ce que j’avais de plus précieux au monde. Il y a peu de familles qui sortiraient indemnes d’un tel drame, mais je crois que nous nous aimons suffisamment pour passer à travers », avait-il dit, qualifiant les agressions commises de violentes.

En mai 2016, après 30 ans d’absence sur une même scène, René et Nathalie s’étaient retrouvés lors d’un spectacle, à Trois-Rivières, pour chanter le succès Tourne la page. La réconciliation était maintenant publique et officielle.

Une bonne mémoire

René Simard a choisi de mettre ces moments douloureux derrière lui. Il abordera ce sujet hautement délicat en faisant référence à la résilience de sa mère, Gabrielle, décédée il y a six ans. 

« Ma mère a eu des moments très tough dans sa vie. Elle a toujours été une survivante. Avant que l’informatique arrive dans nos vies, elle avait déjà un bouton Delete sur son clavier. Je ne voulais pas traîner tout ce que j’ai vécu et qui était néfaste comme un boulet pour que ça m’empêche d’avancer et que ça envenime la vie de mes enfants », a-t-il confié.

L’ex-gérant demeure celui qui lui a permis de lancer sa carrière et de gagner sa vie depuis 50 ans. Est-ce que ces événements ont terni, d’une certaine façon, son parcours ? L’artiste aux mille chapeaux hésite. Il explique qu’il n’a pas du tout envie d’aller dans cette direction. 

« Ce sont de grandes questions et je ne suis pas sûr que je veux répondre à ça. C’est très complexe comme événement dans nos vies. Je dirais juste une chose. Je crois sincèrement que Guy a bien commencé sa carrière, avec nous, mais qu’il a ensuite fait de mauvais choix. C’est tout ce que je peux dire là-dessus », a-t-il commenté, précisant qu’il a une bonne mémoire et qu’il n’a pas oublié.

« Ma vie, ajoute-t-il, ne se limite pas à Guy Cloutier. Ma vie est autre chose. Je suis passé de l’enfant à l’ado, à l’homme, au père, et maintenant au grand-père. »

René Simard en 30 dates  

1. La naissance

René Simard voit le jour le 28 février 1961, à 3 h 33, à l’Hôtel-Dieu de Chicoutimi. Il passe ses premières années dans une résidence sur le boulevard Saint-Ignace, avant de déménager à l’île d’Orléans. 

2. Les découvertes de Jen Roger (1969)

René Simard

Photo d’archives

Après avoir accédé à la finale de l’émission Les découvertes de Jen Roger, sur les ondes de CFCM (Télé‐4) avec l’Ave Maria de Schubert, il remporte le concours, dans la catégorie adolescent, avec Toute la pluie tombe sur moi.

3. Guy Cloutier le découvre

Patrick Zabé offre un cadeau à son gérant, Guy Cloutier. Il invite René Simard à chanter à son mariage, le 17 juillet 1971, à Saint-Léonard. Guy Cloutier se retourne pour voir qui chante durant l’interprétation de l’Ave Maria de Schubert. Au retour de son voyage de noces, il débarque chez René Simard et lui propose de devenir son gérant.

4. Parution de L’Oiseau

René Simard

Photo d’archives

La date est imprécise, mais c’est en août 1971 que sa carrière prend son envol avec le lancement du 45 tours et de l’album L’Oiseau.

5. Un album de Noël

Quelques mois après L’Oiseau, en octobre 1971, René Simard lance un album de chansons de Noël intitulé Ave Maria. On y retrouve cette œuvre de Schubert, J’ai vu maman embrasser le père Noël, Petit papa Noël, Vive le vent, Minuit, chrétiens et autres classiques du temps des fêtes. 

6. Salle comble à la Place des Arts

Les 22 et 23 janvier 1972, René Simard donne trois spectacles à guichets fermés à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Il n’est pas impressionné du tout. « Tout le monde me disait que c’était grand sans bon sens. Lorsque j’ai vu la salle, du haut de mes quatre pieds et neuf, je ne trouvais pas ça si grand que ça. Je voyais le fond de la salle, et pour moi, ce n’était pas si grand que ça », a-t-il dit.

7. Les puddings Laura Secord

En 1972, Laura Secord lance une campagne publicitaire qui connaîtra un immense succès pour ses petits puddings, avec une ritournelle, Qu’est-ce qui fait donc chanter les p’tits Simard ?, qui restera gravée dans les mémoires. René, ses frères, Régis et Martin, Nathalie et Marie-Josée Taillefer font partie de la distribution de la vidéo.

8. Un enfant comme les autres

Lancé en 1972, le film documentaire Un enfant comme les autres, réalisé par Denis Héroux, raconte, de façon un peu romancée, les débuts du petit chanteur de l’île d’Orléans.

9. Au Colisée de Québec

Il fait -20° et 30 000 personnes se pointent au Colisée de Québec, en février 1972, pour applaudir le phénomène de l’heure. René devra faire le trajet Sainte-Pétronille–Québec en motoneige en raison de l’abondance de neige.

10. J’ai mon voyage

René Simard

Photo d’archives

Rene Simard

Photo d’archives

René et son frère, Régis, font partie de la distribution du long métrage J’ai mon voyage, de Denis Héroux, lancé en 1973. Ils jouent les fils d’un couple de Français, joué par Jean Lefebvre et Dominique Michel, qui quittent le Québec, en autocaravane, pour se rendre à Vancouver.

11. Le Japon

René Simard

Photo d’archives

René Simard

Photo d’archives

René remporte, le 20 juin 1974, le Grand-Prix du Festival international de la chanson de Tokyo, avec son interprétation de la chanson Midori Iro No Yane. Il reçoit son prix des mains de Frank Sinatra. Le gala est vu par 107 millions de téléspectateurs. Une distinction qui lancera sa carrière à l’international. 

12. L’Olympia de Paris

Le 5 décembre 1974, René Simard chante à l’Olympia de Paris. Il fait la première partie du spectacle de Daniel Guichard. Le public lui réserve un accueil extraordinaire. Serge Lama, Sylvie Vartan, George Guétary, Claude François et Tino Rossi assistent à cette soirée.

13. La télé américaine

René Simard

Photo d’archives

Parrainé par Frank Sinatra, René Simard fait ses débuts à la télé américaine, le 20 mars 1975, à l’émission The Mike Douglas Show. On le verra aussi au Merv Griffin Show, au Howard Cossel Show, où il rencontrera Mohammed Ali.

14. Tournée américaine

En 1976, Liberace présente René Simard à son public lors d’une série de spectacles à Las Vegas. René se produit à Las Vegas. Il effectuera ensuite une tournée américaine avec le pianiste Liberace.

15. Le René Simard Show

Durant deux ans, de 1977 à 1979, René animera le René Simard Show à Vancouver. L’émission de variétés est diffusée sur les ondes de la CBC et dominera les cotes d’écoute au Canada.

16. Un Félix

ADISQ

Photo d’archives

René Simard remporte le Félix du 45 tours le plus vendu, au gala de l’Adisq, le 28 octobre 1984, avec la chanson Comment ça va ? 

17. Le mariage

Marie-Josée Taillefer

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René Simard et Marie-Josée Taillefer se marient, le 8 août 1987, à Saint-Sauveur, dans les Laurentides. Des milliers de curieux envahissent les lieux. Le couple a deux enfants, Olivier et Rosalie.

18. Tourne la page

Nathalie Simard

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En 1988, René et sa sœur sont réunis sur la chanson Tourne la page, qui deviendra un mégasuccès. Ils remporteront le Félix du 45 tours le plus vendu et du vidéoclip de l’année.

19. Les Bye Bye

Bye Bye 1991

Photo d’archives

René participe aux revues de fin d’année Bye Bye 1990 et 1991 diffusées en direct. Il fera aussi une apparition dans celle de 2018.

20. Il anime le gala de l’ADISQ

Gala de l ADISQ 1991

Photo d’archives

René Simard anime le gala de l’ADISQ en 1991 et 1992. Il fera de même, à l’occasion du 20e anniversaire, en 1998, en compagnie de Céline Dion, Jean-Pierre Ferland et André-Philippe Gagnon.

21. Jeanne-la-Pucelle

Il tient, au printemps 1997, le rôle du roi Charles dans la comédie musicale Jeanne-la-Pucelle, le drame de Jeanne D’Arc, présenté au Théâtre Maisonneuve. 

22. Le fantôme de l’opéra

René Simard joue le rôle du fantôme, en anglais, dans la comédie musicale Phantom of the Opera, entre le 2 avril et le 23 mai 1999, au Pantages Theatre à Toronto. La cadence est de huit spectacles par semaine. Il sera ensuite remplacé par Paul Stanley, du groupe Kiss.

23. Mises en scène

Night Fever

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En 2002, il signe la mise en scène du spectacle Génération Motown qui sera à l’affiche au Capitole de Québec. Il fera de même, ensuite, en 2005 et 2006, avec les productions Night Fever et Elvis Story présentées au même endroit.

24. Le Cirque du Soleil

Il sera consultant, de 2004 à 2008, pour le Cirque du Soleil. Il avait travaillé à la mise en scène d’une revue musicale qui devait être présentée à Macao et qui n’a pas été menée à terme.

25. La séparation

René Simard met fin, en 2004, à son association avec son gérant, Guy Cloutier, qui dure depuis 33 ans, à la suite de son arrestation pour avoir agressé sa sœur, Nathalie.

26. La réconciliation

René et sa sœur, Nathalie, se réconcilient publiquement sur scène, au cours d’un spectacle présenté à Trois-Rivières. Ils chantent le succès Tourne la page pour marquer ce retour sur scène, ensemble, après une pause de 30 ans. 

27. Chantons sous la pluie

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À l’été 2012, il joue le rôle de Cosmo Brown dans la comédie musicale Chantons sous la pluie, mise en scène par Denise Filiatrault, au Théâtre St-Denis, dans le cadre du festival Juste pour rire.

28. L’Ordre du Canada

Le 30 juin 2014, il est décoré de l’insigne de l’Ordre du Canada, pour sa contribution à l’essor de la culture québécoise en tant qu’interprète, mais aussi comme animateur et metteur en scène.

29. Mary Poppins

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En 2015, il obtient le rôle de Monsieur Banks dans la comédie musicale Mary Poppins, produite par Juste pour rire, mise en scène par Serge Postigo.

30. Le retour sur les planches

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René Simard fait un retour sur scène, en 2016, après 25 ans d’absence. Il part en tournée avec son album Nouveau rêve. Il devait, à l’origine, faire 20 spectacles. Il en fera 65. Sa fille, Rosalie, participe au spectacle. « C’est un moment que je chéris énormément », a-t-il mentionné.

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