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CHSLD: qui parmi nos décideurs accepterait d’y séjourner?

Lettre à Mme Marguerite Blais

Ma femme et moi sommes allés visiter un CHSLD pour ma mère. Pour ne pas nuire à l’établissement concerné, je me contenterai de mentionner qu’il est situé dans l’ouest de l’île de Montréal. Sachez aussi que cet énoncé ne concerne en rien le personnel soignant.

En entrant, la place d’accueil semblait d’une autre époque. Une infrastructure complètement désuète. Tout était fade. Une atmosphère morose et d’une tristesse inouïe. Amplifiée par une odeur quelconque, difficilement descriptible. Le tout sans décor, sans artifice. Un peu comme un mois d’octobre en permanence. Une sorte de monde entre deux mondes.  

Plusieurs chambres doubles sans aucune couleur. Parfois, il fallait passer par la chambre d’une personne pour accéder à une autre. Des salles de bains doubles pour la plupart, mais aussi communautaires pour une unité entière. Hormis la chapelle avec ses vitraux qui revêtait un certain cachet. Même là, il n’y avait aucune ambiance ni âme qui vive. Telle la coquille d’un œuf de Pâques plein de couleurs, mais complètement vide à l’intérieur. Et toujours cette odeur omniprésente !

Honte et pitié  

Est-il normal de sortir d’un endroit en pleurant, complètement déconfit ? Ce sentiment qui nous habite, exacerbé par une pitié quelconque. Comme s’il fallait avoir honte de subir un tel ressenti. Et en même temps, une incapacité de pouvoir faire quoi que ce soit. Et toujours cette sempiternelle question, pourquoi ???

Comment était-ce possible ? Nous qui croyions que l’ère des hospices était révolue. M. Yvan Rochette, nous avons bien lu votre article du 21 juillet, mais il y a tout de même un minimum requis concernant nos établissements. N’y aurait-il pas comme quelque chose entre les deux ?

Parler de milieu de vie est une erreur grotesque. Un camouflet qui sert davantage à dissimuler une réalité. Car qui parmi nos décideurs accepterait d’y séjourner ne serait-ce que quelques jours ? Connaissent-ils vraiment l’ampleur des négligences, que dis-je, des négligés par notre système ?

Où est passé notre sens de la compassion ?  

Comme un crime, le silence est parfois odieux. Personne pour le dénoncer. Les victimes s’étant résignées à leur sort, il faudra bien un jour que se dévoile cette encre sympathique. Il y a peut-être pour certains de quoi pousser d’un cran de plus vers le suicide assisté. Si les mots sont durs, ils sont aussi le reflet d’une réalité.

Mais où donc est passé notre sens de la collectivité, de la bienfaisance et surtout de la compassion ? Car même si l’oubli peut sembler un doux refuge pour notre société, il restera toujours des traces indélébiles. Question de budget, diront certains. On ne lorgne pourtant pas sur les sommes colossales dépensées, certains diront parfois gaspillées depuis le début de cette pandémie. 

Madame Blais, durant notre visite nous avons aussi aperçu des résidents, ou plutôt des êtres humains à part entière. Vous savez ces gens qu’on a trop tendance à mettre en marge, comme s’ils n’existaient plus. Ceux qu’on prénomme aussi les usagers ; existe-t-il un terme plus réducteur ? 

Or, notre conscience collective, s’il en est encore une, nous appelle à faire quelque chose. Et ce que nous devons faire, faisons-le pour eux !

Photo Chantal Poirier

Roger Bérubé

Vaudreuil-Dorion, Fils d’une mère de 89 ans atteinte de la SLA, Ex-travailleur social à la retraite, Ex-préposé aux bénéficiaires

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