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Loyer: quand faut-il faire payer son Tanguy?

Generation gap concept. A young woman and mature female look away from each other during conflict or disagreement. Women have their backs on one another. Vector illustration

Illustration Adobe Stock

La question hante des parents depuis longtemps : devrait-on exiger un loyer à sa progéniture majeure qui ne décolle pas du nid ? Et à cet enfant « boomerang » qui, après avoir goûté à l’indépendance, décide de retrouver le confort de son antre, au sous-sol de la maison familiale ? 

Ce sera bientôt le 20e anniversaire de la sortie du film français Tanguy, cette indémodable comédie dans laquelle un homme de 28 ans habite chez ses « vieux » comme à l’hôtel, et dont les parents cherchent subtilement à se débarrasser. En braquant la caméra sur ce qui semblait encore un enjeu domestique marginal, le film d’Étienne Chatiliez a révélé un véritable phénomène. Soudainement, on s’est tous mis à parler de ces adultes incrustés chez leurs géniteurs, lesquels n’avaient plus qu’un nom : Tanguy ! 

Ç’a aussi alimenté une abondante production d’articles de finances personnelles. L’intérêt pour la question s’est un peu essoufflé avec le temps, mais on remarque aujourd’hui un regain en raison de l’explosion du prix de l’immobilier. 

Quand demander un loyer

Les parents n’appréhendent pas tous le problème de la même manière. Beaucoup refusent de faire participer les enfants aux dépenses de la maison, par principe ou par crainte d’indisposer un petit chéri. D’autres, au contraire, se montrent impatients d’apprendre à leurs rejetons le vrai coût de la vie, par principe ou par plaisir d’indisposer un grand flanc-mou. La plupart se trouvent entre les deux, hésitants. 

Pour alimenter la réflexion, j’ai contacté la planificatrice financière Nathalie Bachand. Coup de chance, elle n’a pas seulement son éclairage d’experte à nous offrir, mais aussi celui d’une mère aux prises avec ce dilemme. 

« Ça fait longtemps que mes enfants paient leurs vêtements et leur facture de cellulaire, mais pour moi, la question de payer un loyer ou une partie de l’épicerie ne se pose pas avant que les jeunes aient terminé leurs études et commencé à travailler à temps plein », croit-elle.

Voilà un repère.  

Justement, une de ses filles est partie vivre en appartement, ce qui lui coûte moins de 900 $ par mois. Son autre fille habite toujours chez elle, elle vient de décrocher son premier vrai job à temps plein, sans manifester d’intention de partir. Le sujet d’une pension n’a pas encore été mis sur la table, « mais je lui ferai lire ton article, ce sera une bonne façon de casser la glace ». 

Pourquoi demander un loyer

Nathalie Bachand habite elle-même dans un appartement en location. Selon elle, c’est une donnée qui entre dans l’équation. « Si j’étais seule, je pourrais facilement downsizer, c’est différent des parents propriétaires d’une maison pour qui le départ des enfants ne change pas le coût du logement », dit-elle. 

Chez les familles où joindre les deux bouts représente un exploit, l’enjeu économique pèse davantage dans la décision. On peut faire comprendre à sa descendance qui gagne des revenus suffisants que sa participation aux dépenses réduirait la pression financière du ménage. 

La raison la plus souvent invoquée est toutefois de nature éducative, un argument qu’on pourrait résumer ainsi : les jeunes doivent réaliser que tout n’est pas gratis, et que le fait de payer pour l’essentiel (se nourrir, se loger, se vêtir) force à faire des choix sur le reste.

(Bémol ici : si on attend que le « petit » ait 21 ans pour entreprendre son éducation financière, la discussion sur le loyer risque de mal tourner.) 

« C’est certainement le moment de pousser plus loin. Sans dévoiler tous les détails de leurs dépenses, c’est l’occasion pour les parents de montrer combien leur coûtent l’hypothèque, les taxes, l’épicerie, l’électricité », affirme Nathalie Bachand.

Et après, c’est combien ?

Un loyer significatif

La contribution d’un jeune qui profite d’un salaire honnête ne devrait pas être symbolique, croit Nathalie Bachand. C’est normal que les parents n’exigent pas à leur enfant sa part réelle de l’épicerie, de loyer, d’électricité et d’internet. Mais 100 $ ? Ça ne répond à aucun objectif.

Alors, 500 $ ? « C’est une aubaine, mais le montant commence à devenir significatif. »

Un autre repère. 

Mais le but ultime des parents, comme ceux de Tanguy, reste de voir leur petit quitter le nid (normalement). Dans ce cas, le loyer ne risque-t-il pas de faire obstacle à l’accumulation d’une mise de fonds, par exemple, ou d’un coussin qui permettrait au jeune de s’émanciper plus vite ?

Sans doute. C’est pourquoi des parents mettent de côté l’argent perçu pour le redonner plus tard.

« Bonne idée, mais ça me paraît paternaliste si on ne le fait pas de manière transparente, pense Nathalie Bachand. On doit expliquer la démarche à l’enfant, pas le faire dans son dos. »

C’est ça, l’éducation. 

L’IMPÔT PARENTAL  

  • Réflexion parallèle : les travailleurs se plaignent de payer beaucoup d’impôt, surtout quand les dollars derniers gagnés provoquent la perte de crédit et autres prestations sociales (les fameux TEMI). Si on augmente le loyer du jeune chaque fois qu’il améliore son revenu, ça revient à la même chose : les parents n’incitent pas trop leur progéniture à faire des heures supplémentaires.   

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