/news/world

Climat: des inégalités régionales dans les prévisions de l'ONU

Les inégalités entre pauvres et riches passent aussi par les prévisions climatiques: au moment où les experts de l'ONU livrent leurs nouvelles projections, difficile pour certaines régions de prévoir le climat à venir, faute de données suffisantes.

• À lire aussi: «Alerte rouge» pour l'humanité

• À lire aussi: Rapport du GIEC: pas de nouvel engagement du Canada

• À lire aussi: Réchauffement: «on ne peut plus retarder les mesures ambitieuses», estime Washington

Les scientifiques de l'ONU réunis au sein du Giec ont dévoilé lundi leurs dernières prévisions climatiques s'appuyant sur les connaissances les plus récentes et les plus pointues.

Dans son rapport de 40 pages à destination des responsables politiques, le Giec présente trois cartes du monde, avec des hexagones représentant différentes parties de la planète. 

Chacun des graphiques illustre les changements observés depuis les années 1950 en terme de canicules, de fortes précipitations et de sécheresses, région par région, avec différents codes couleur.

Si une forte augmentation des canicules est visible quasiment partout, s'agissant des pluies extrêmes et de la sécheresse, de nombreuses zones restent grisées faute de données ou de certitudes suffisantes de la part des scientifiques.

C'est notamment le cas pour plusieurs régions en Afrique, en Amérique centrale et du Sud concernant les pluies et pour d'autres régions en Amérique centrale et du Sud, ainsi qu'en Asie, pour les sécheresses.

«Nous pouvons uniquement utiliser et évaluer la littérature (scientifique) disponible», rappelle à l'AFP Paola Arias, de l'université colombienne d'Antioquia et une des auteurs du rapport. Le Giec ne mène pas ses propres recherches, mais se base sur les études scientifiques existantes.

«L'Amérique du Sud a un rôle très important à jouer dans le climat régional et est une source importante d'humidité pour l'Amérique centrale», explique-t-elle.

Or «nous avons besoin de plus de données d'observation. Nous n'en avons pas assez pour étudier les événements climatiques extrêmes», poursuit la scientifique.

Injustice

Le manque de données est aussi flagrant concernant le continent africain.

Mohamed Adow, président du think tank sur le climat Power Shift Africa, basé à Nairobi, fait le parallèle entre ce manque de data et un vieil adage: si un arbre tombe dans la forêt, mais que personne n'est là pour l'entendre, sa chute fera-t-elle du bruit?

«Les gens en Afrique ont conscience de la chaleur accablante, de la montée des océans et des événements extrêmes sur le continent. Mais si ces données ne sont pas enregistrées par des scientifiques, cela va rendre beaucoup plus difficile la tâche pour les voix africaines de se faire entendre dans le débat sur la lutte contre le changement climatique», poursuit-il.

Le rapport du Giec insiste sur la responsabilité des «activités humaines» dans le réchauffement climatique de 1,1°C depuis la période préindustrielle.

Mais ce chiffre global cache une injustice: les pays les plus vulnérables sont les plus pauvres, qui contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre, souligne Mohamed Adow.

Dans le cas de l'Afrique, «c'est aussi là où il y a le moins de recherches scientifiques et ce manque impacte la capacité du continent à s'adapter», regrette-t-il.

«Nous devons résoudre cela rapidement et nous assurer que les chercheurs et les donateurs investissent pour combler ces trous dans la recherche climatique», poursuit-il.

La répartition des auteurs du rapport du Giec est aussi déséquilibrée, aussi bien géographiquement qu'en terme de genre. Sur 116 auteurs crédités, seulement 13 viennent de nations hors G20. 72% du total des auteurs du rapport sont des hommes.

Des efforts ont pourtant été faits. «Ils ont vraiment essayé d'avoir plus de femmes et une représentation régionale plus large», raconte Maisa Rojas Corradi, auteure principale du premier chapitre de ce rapport.

Parmi les obstacles qui persistent, des études ne sont pas rédigées en anglais ou ne sont pas publiées dans des revues scientifiques traditionnelles, explique-t-elle. 

Une meilleure représentation au sein des auteurs du Giec n'est pas qu'une question d'équité. Elle permettrait également d'avoir des résultats scientifiques de meilleure qualité, avec plus d'informations et de perspectives régionales, souligne-t-elle.

«Vous ne pouvez pas surveiller ce que vous n'observez pas», conclut la scientifique.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.