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Aide médicale à mourir: décider de sa mort avant d'être malade, plaident les médecins

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec a plaidé pour un élargissement de l’aide médicale à mourir, lundi, dans le cadre de la révision de la Loi concernant les soins de fin de vie. Son président, Dr Louis Godin, souligne que la démarche devrait être encadrée strictement.

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La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec a plaidé pour un élargissement de l’aide médicale à mourir, lundi, dans le cadre de la révision de la Loi concernant les soins de fin de vie. Son président, Dr Louis Godin, souligne que la démarche devrait être encadrée strictement.

Une personne en santé devrait pouvoir réclamer à l’avance de recevoir l’aide médicale à mourir si un AVC ou un traumatisme crânien sévère la laisse incapable d’en formuler la demande, plaide la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

La position de la FMOQ présentée en commission parlementaire lundi lance un débat important dans le cadre de la révision de la Loi concernant les soins de fin de vie. 

Alors que les élus à Québec étudient la possibilité d’étendre l’aide médicale à mourir aux malades qui pourraient devenir inaptes à donner leur consentement (comme les patients atteints d’Alzheimer) et aux personnes souffrant de troubles mentaux sévères, les médecins de famille proposent d’en élargir la portée à tous les Québécois dans le cadre de directives médicales anticipées.  

Ainsi, une personne pourrait indiquer son souhait de recevoir l’aide médicale à mourir advenant un accident vasculaire cérébral ou un traumatisme crânien sévère qui la laisserait dans un état végétatif, par exemple. 

D’autres cas de figure, comme l’Alzheimer, pourraient également être prévus, même s’il demeure plus simple d’attendre un diagnostic pour de telles maladies.

« Vous savez probablement, pour avoir suivi nos travaux, que vous êtes un des rares groupes témoins à aller là », a souligné le député solidaire Vincent Marissal, qui interrogeait le président de la FMOQ.

« L’expérience de nos membres » 

En entrevue avec notre Bureau parlementaire, le président de la fédération explique que la proposition répond à « l’expérience de nos membres, qui ont déjà vécu ces situations-là ». 

« Ils se disent : pourquoi je le permettrais dans le cas d’une démence d’Alzheimer, par exemple, mais pas dans ces cas-là, où les deux patients sont à peu près dans le même état, sur le plan fonctionnel », résume le Dr Louis Godin.  

Encadrement strict 

Le Dr Godin souligne toutefois qu’une telle démarche devrait être encadrée strictement. 

« Il faut que la directive soit claire et que les critères qui vont être évoqués pour amener ce droit-là soient aussi très clairement exprimés et accessibles pour que le médecin qui va juger si, oui ou non, il procède à l’aide médicale à mourir puisse avoir tous les renseignements nécessaires », dit-il. 

Le président de la FMOQ suggère aussi que les directives soient réévaluées sur une base périodique et qu’une « structure » permette d’accéder rapidement aux demandes du patient. 

Et surtout, pas question que la famille ait son mot à dire sur le moment d’administrer ces derniers soins. 

Notion de souffrance 

Toutefois, la notion de « souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées » demeure pour le moment un critère central pour obtenir un accès aux soins de fin de vie. 

Peut-on considérer qu’une personne dans un état végétatif est souffrante ?

Le Dr Godin fait remarquer que ce critère deviendra forcément difficile à évaluer pour tout patient jugé inapte au moment de recevoir l’aide médicale à mourir, qu’il s’agisse d’une personne atteinte d’une maladie neurodégénérative ou d’une autre incapable de communiquer à la suite d’un accident. 

« Autant pour la démence que pour n’importe quelle autre condition, ce qu’on dit, c’est : quand je vais avoir cet état fonctionnel là, je voudrais avoir l’aide médicale à mourir. Parce que je présume que je vais souffrir beaucoup à ce moment-là. Mais il y aura toujours un flou par rapport au niveau de souffrance d’une personne inapte, parce qu’elle n’est pas capable de nous l’exprimer ».

Évolution de la loi sur l’aide médicale à mourir  

En 2019, le jugement dans la cause Truchon-Gladu est venu invalider les lois fédérale et québécoise sur l’aide médicale à mourir (AMM).       

La juge a invalidé les principes de mort « raisonnablement prévisible » et de « fin de vie » prévus dans les deux lois.       

En conséquence, les élus québécois doivent décider si l’AMM doit s’appliquer aux personnes qui deviendront inaptes dans le cadre de leur maladie et à celles souffrant de troubles mentaux sévères.       

Dans les deux cas, la notion de souffrance soutenue et insupportable demeure.       

La Commission spéciale sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie a terminé ses travaux lundi et doit déposer un rapport en novembre.       

Le gouvernement Legault devrait ensuite déposer un projet de loi pour modifier la Loi concernant les soins de fin de vie.